:/\\é-s:^M ^ V. v -'%-ff^/-* "A lo a c i A gaooig. %ihxïiï]2 of i\n £titsaim OP COMPARATIVE ZOÔLOGY, AT HARVARD COLLEGE, CAÎIBRIICE, MASS. jjounîicïi bv prîbatc siibscrfptfon, in 1861. Depositedby ALEX. AGASSIZ. No. HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS ou iCHTUYOLOoiË 0mm TOME PREMIER pive:miè:xi£: partie BAR-SLR-SEINE. — IMP. SAILLARD. HISTOIRE NATURELLE DES P "r r- r ICHTHYOLOGIE GENERALE PAR AUG. DUMERIL PROFESSEUR-ADMINISTRATEUR AU MUSÉUM d'hISTOIRE NATURELLE DE PARIS. OUVRAGE ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES TOME PREMIER ÉLASMOBRANGHES PLAGIOSTOMES ET HOLOCÉPHALES OU CHIMÈRES. I»RE]VIIEIIE JPARTIB -t=0=B=3IÎ=0=a=3— PARIS LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET, RUE HAUTEFEUILLE, 12. 1865 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS Les animaux que cet ouvrage a pour but de faire connaître forment une classe extrêmement nombreuse, très-distincte de toutes les autres par un ensemble de caractères généraux qui, énoncés dans les termes suivants, établissent les diffé- rences les plus tranchées entre les Poissons et les divers groupes de la série zoologique : Animaux vertébrés, à sang rouge, à circulation simple, mais complète; à respiration branchiale et ne respirant que par l'intermédiaire de l'eau. Les concordances de leur genre de vie aquatique avec leur structure sont rendues manifestes par les modifications Poissom. Tome 1. i 2 HISTOIRE NATURELLE que les organes du mouvemenl onl subies en raison de la nature du milieu où les Poissons ont été placés, et Tétude de leur organisation démontre qu'ils doivent occuper, parmi les animaux à vertèbres, le cinquième et dernier rang à la suite de la classe des Batraciens. Si, cependant, le type fondamental se retrouve bien dans la classe tout entière, il y subit des variations assez impor- tantes, qui ne permettent pas au naturaliste de méconnaître qu'elle renferme différents ordres plus ou moins nettement séparés, mais toujours reliés entre eux par la communauté des caractères essentiels. Ici donc, commence le travail du classificateur, hérissé de mille difficultés, tantôt basé sur la recherche des rapports naturels et des véritables affinités des Poissons entre eux, tantôt, au contraire, ayant pour point de départ un arran- gement systématique. Cuvier, dans l'histoire des progrès de richthyologie, depuis son origine jusqu'à l'époque où il pu- blia, en 1828, le premier volume de son Histoire naturelle des Poissons, a tracé un savant tableau des divers arrange- ments proposés par les zoologistes. Pendant les trente- cinq années qui ont suivi la publication du commencement de ce grand ouvrage, des tentatives ont encore été faites, et quelques-unes même ont imprimé une direction nouvelle, et féconde en progrès, à cette partie de la science. Je m'at- tacherai plus tard à compléter l'historique des efforts qui ont eu pour but le perfectionnement des classifications. Je veux, en ce moment, me borner à indiquer la marche que je compte suivre dans l'étude des Poissons. DES POISSONS. 3 La grande division de ces animaux en Cartilagineux et en Osseux étant admise, la première question est celle de la place relative à leur assigner. Il me semble évident que les Cartilagineux, dont il faut absolument séparer les Cyclo- stomes, à cause de l'imperfection de leur structure, doi- vent être rangés en tête de la classe, car les Raies et les Squa- les, comme Cuvier Ta dit {Hist. nat. Poiss., t. I, p. 568), « s'élèvent fort au-dessus du commun des Poissons, et par la complication de quelques-uns de leurs organes des sens, et par celle de leurs organes de la génération plus développés dans quelques-unes de leurs parties que ceux mêmes des oi- seaux. » Je commence donc par la sous-classe des Cartilagineux, dits Élasmobranches, c'est-à-dire des Plagiostomes ou Séla- ciens et des Chimères , en donnant sur l'organisation si remarquable de ces Poissons plus de détails que je n'en pourrai présenter quand je passerai en revue les autres di- visions de la classe. Je réserve pour plus tard l'histoire des Cyclostomes qui forment la sous-classe des Marsipobranches, à la suite des- quels il faut placer celle des Leptocardiens, dont le type est YAmphioxus. Après les Cartilagineux, vient la sous-classe des Ganoïdes, telle qu'elle a été limitée par J. Mûller; puis celle des Pois- sons osseux ou Téléostieiss. Parmi ces derniers, de grandes coupes sont à établir, d'abord pour les Lophobr anches, puis pour les Plectognathes, et enfin pour les poissons qui, clas- sés 1" en Malacoptèrygiens, soit apodes , soit jugulaires et 4 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. thoraciques ou suhhrachiens , soit abdominaux, 2° en Acan- thopténjgiens, doivent subir de nombreuses subdivisions basées sur les résultats des beaux travaux de M. Âgassiz et de J. Millier, mais dont je n'ai point , en ce moment , à dis- cuter le classement définitif. CLASSE DES POISSONS Ire SOUS-CLASSE. ÉLASMOBRANCHES '". 1" ORDRE. PLAGIOSTOMES (2) ou SÉLACIENS (3). L'ordre des Plagiostomes comprend les poissons cartilagi- neux, Chondropténjgiens ou Chondrichthes (4) les plus parfaits, qui présentent un certain nombre de caractères bien tranchés qu'on peut énoncer dans les termes suivants : Squelette intérieur cartilagineux ou en partie ossitié. Squelette extérieur placoïde. Branchies fixes, s'ouvrant à l'extérieur par 5 ou, exception- (1) "EXa^t^a, lame, ppày/ta, branchies; dénomination tirée de la confor- mation des organes respiratoires, et introduite dans la nomenclature ich- thyologique par le prince Ch. Bonaparte. (2) riXàvio;, transversal, (rrôiJLa, bouche; nom proposé par mon père en 1806 {Zoologie analytique, p. 103), et universellement adopté. Les Plagio- stomes et les Cyclostomes (xûxXo;, cercle, CTT6[j.a, bouche, nom employé également par mon père dans ce même ouvrage pour les Lamproies), y forment (p. 101) les deux familles de son ordre des Trématopnés (xp9i[xa, aToç, trou, Tcvéo;, qui respire). (3) Is),ây;o (toc), mot dont l'étymologie est rreXa;, lumière, employé par Aristote pour désigner les poissons cartilagineux, et dont Cuvier a fait Sélaciens {Règne anim., 1" édit., 1817). Les faits qui ont pu motiver cette dénomination, sont discutés dans le chapitre consacré à l'étude du sens du toucher et des téguments, où je parle de la phosphorescence des Squales. (4) XôvSpo;, cartilage, et lyOù;, poisson; nom proposé par mon père dans ses cours, et plus tard dans son Ichthyologie analytique [Mém. de l'Inst.. Ac. des se, 1856, t. XXVII, p. 94). Le mot XovopàxavOâ se trouve dans Aristote comme épithète des Sélaques, livre III, chap. VI, p. 138 du t. I de redit, de Camus; mais Pline {Nafuralis historia, lib. IX, cap. XL) a le premier désigné ces poissons comme cartilaginen. C'est ce même caractère tiré du squelette qu'on a voulu exprimer en formant le mot c/iondropté- rygiens par la réunion de Xôv^o; et de TCTep^yia, nageoires. 6 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. nellement, par 6 ou 7 orifices, soit latéraux (Pleurotrêmes ou Squales), soit inférieurs (Hypotrêmes (1) ou Raies). Pas de vessie natatoire. Arc scapulaire détaché de la tête. Nageoires paires antérieures libres en avant, ou réunies aux cartilages du crâne; nageoires paires postérieures abdominales. Intestin à valvule en spirale ou enroulée sur elle-même dans le sens de la longueur du tube digestif. Femelles ovipares, à œufs revêtus d'une enveloppe cornée, ou, le plus souvent, ovo-vivipares, et fécondées au moyen d'un ac- couplement facilité par les appendices que les mâles portent au bord interne des ventrales. L'histoire zoologique proprement dite de ces poissons doit être précédée de l'étude de leur organisation et du mode sui- vant lequel leurs fonctions s'accomplissent. L'ordre à suivi'e dans cette revue anatomique et physiologique, me semble in- diqué par la nécessité de signaler d'abord les particularités de structure les plus frappantes dans la comparaison des Plagio- stomes avec les autres poissons. Or, les modifications essen- tielles et si remarquables que le squelette présente devant être placées en tête des caractères propres à cette sous-classe d'a- nimaux, c'est par l'examen des fonctions de la vie de relation qu'il convient de commencer. Il faut donc s'occuper d'abord des organes du mouvement et de la motilité, puis du système nerveux et des phénomènes de l'innervation. FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. I. MOTILITÉ. L'étonnante énergie des puissances musculaires des Squales, si bien construits pour l'accomplissement le plus parfait des résultats que ces organes actifs du mouvement peuvent pro- duire, place ces poissons parmi les plus infatigables et les plus rapides nageurs. Sous ce rapport, comme sous bien d'autres, ils diffèrent beaucoup des Raies. Avant de faire connaître, avec les détails qu'elles exigent, (1) Yuô, en dessous, 7i:>,sup6v, cûté, et xpfipLa, trou. Ces deux mots que mon père a imprimés seulement dans la 4« édit. de ses Elém. des se. natur., l. II, p. 189, § 993, étaient depuis longtemps mis en usage par lui dans son enseignement. (Voy. son Ichth. anulyt., p. 120 et 136.) MOTILITÉ. squelette; COLONNE VERTÉBRALE. 7 ces dissemblances importantes, il est nécessaire d'étudier les organes passifs du mouvement, c'est-à-dire la charpente in- térieure, qui fournit aux muscles les surfaces d'insertion. SQUELETTE. Quand on compare le squelette des Plagiostomes h. celui des autres poissons cartilagineux, on y constate de notables diffé- rences. Ce n'est ni la simplicité si remarquable du squelette des Leptocardicns [Aînphioxus] et des Cyclostomes, soit des Myxines, soit des Lamproies, étudiées avec soin par mon père en 1812, et depuis par Jean MûUer, ni la structure, relative- ment assez compliquée, de celui des Esturgeons. Pour se bien rendre compte de la disposition de cette char- pente intérieure chez les Plagiostomes, il convient d'examiner successivement la colonne vertébrale, le crâne, puis les mem- bres ou nageoires. I. COLONNE VERTÉBRALE. Forme générale. — Le rachis offre chez les Plagiostomes, ainsi que nous le verrons plus tard en étudiant sa structure, des dif- férences importantes, suivant les divers groupes auxquels ils appartiennent. Si donc, on le considère à un point de vue gé- néral, comme étant la tige centrale du squelette , il n'y a pas lieu de s'arrêter longtemps à le décrire dans son ensemble. Quelque modifiées que soient les pièces qui le composent, il représente toujours un axe cylindrique. En dessus, cet axe est creusé d'un canal destiné à loger la moelle épinière ; le long de la région abdominale, car, de même que chez les autres poissons, il n'y a ici ni cou ni thorax, et le long de la région caudale, il porte des apophyses transverses paires, rapprochées à leur extrémité inférieure, sous la queue, pour former un étui protecteur des gros vaisseaux. En haut et en bas, la colonne vertébrale est plus ou moins unie aux na- geoires impaires dites dorsales, anale et caudale (épiptères, hy- poptère et uroptère) et sert de support aux latérales, pectorales et abdominales (pleuropes et catopes) (1). A son extrémité antérieure, la colonne vertébrale présente (1) Ces dénominations ont été proposées par mon père. Je cherche plus loin, en parlant des nageoires, à démontrer l'utilité qu'il y aurait, en vue de la précision du langage, à se servir de ces laots simples qui indiquent pjus exactement la position des organes qu'ils servent à désigner. 8 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. chez les Plagiostomes, comme chez les Chimères, une disposi- tion remarquable des surfaces articulaires destinées à son union avec la tète. Il n'y a pas seulement ici Tamphiarthrose au moyen de laquelle est jointe, de même que chez les pois- sons osseux, l'extrémité antérieure du corps de la première vertèbre avec l'apophyse médiane, également creuse, que porte, en arrière, la région occipitale. Il y a, en outre, des connexions latérales. Celles-ci diffèrent dans les Squales ordinaires et dans les Raies, dont il faut rapprocher, sous ce rapport comme sous plusieurs autres, le singulier genre Squatme. Je mentionne, en décrivant ce genre, la conformation des surfaces articu- laires, je n'ai donc point à m'en occuper ici. Chez les premiers, voici quelle est la disposition des parties, très-bien décrite par Meckel [Anat. comp., tr. fr., t. II, p. 280) : « Il existe, de cha- que côté de la face antérieure de l'apophyse transverse de la première vertèbre, un léger enfoncement arrondi, dirigé d'a- vant en arrière, et de dedans en dehors, qui correspond à une éminence semblable saillante sur le côté de la facette articulaire moyenne de l'occiput. Ces parties sont entièrement séparées l'une de l'autre et de la facette articulaire dont il vient d'être question; elles sont retenues ensemble par des ligaments courts et raides. » Il résulte de cette union des cartilages entre eux, une fixité assez notable de la tête sur la colonne vertébrale. Chez les Raies, où la mobilité est plus grande que chez les Squales, il y a, de chaque côté de la région occipitale, un vérita- ble condyle tout-à-fait isolé de l'apophyse médiane. Il est plus large que haut, légèrement convexe en dedans, puis un peu creux en dehors, d'où résulte une légère saillie de son bord ex- terne. Dans les points correspondants, sur les apophyses trans- verses de la première vertèbre ou plutôt sur le plan anté- rieur des deux pièces qui, dans les Raies, résultent de la sou- dure de ces apophyses avec les suivantes, il y a des surfaces absolument identiques à celles du crâne , mais convexes et concaves en sens inverse (1). Ces surfaces, destinées à se mou- voir l'une sur l'autre, sont séparées par un tibro-cartilage inter- articulaire plus épais sur les bords qu'au centre, qui complète l'emboîtement des surfaces. Il est tout-à-fait comparable à ceux qu'on rencontre au milieu de plusieurs articulations des (1) Je ne trouve pas que, dans les Raies, les surfaces opposées soient l'une et l'autre fortement ronveios, commf* le dit Meckel, [Anut. cœnp., t. 11, p. 281, ti-ad. franc.). , MOTILITÉ. squelette; COLONNE VERTÉBRALE. 9 animaux vertébrés supérieurs, el chez riiomme en particulier, dans la temporo-maxillaire, la sterno-clavirulaire, etc. Un fort ligament capsulaire permettant plus de mobilité dans les Raies et les Chimères que dans les Squales, consolide, de chaque côté, cette articulation. Elle est donc beaucoup plus parfaite que ne Test celle qui, dans les poissons ordinaires, maintient les apophyses transverses de la vei'tèbre antérieure rapprochées de l'occipital. Enfin, à la partie supérieure, un ligament se porte de la colonne vertébrale à la tête ; et recouvrant l'espace vide qui les sépare chez les Raies, il protège, dans ce point, la tige médullaire; mais les Squales ne présentent pas cette la- cune : il y a contact immédiat sur la ligne médiane entre les vertèbres et le crâne. h' extrémité terminale du rachis doit à peine nous occuper ici, car l'étude de sa structure se rattache plus particulièrement à l'histoire du mode de formation de la nageoire caudale ou urop- tère. Je rappellerai les recherches dont elle a été l'objet, en par- lant de cette nageoire et en indiquant les différences qu'elle présente. Chez les poissons cartilagineux, son irrégularité per- manente est désignée par le mot hétérocercie, tandis que les poissons osseux, oi^i elle est formée de deux lobes égaux, sont dits homocerques, bien qu'il y ait, chez les uns et chez les au- tres, une singulière analogie sous ce rapport, comme je le montrerai plus loin. Nous verrons alors comment M. Vogt, par ses investigations dans le domaine de l'embryologie, et comment M. Agassiz, en dirigeant ses travaux vers la détermi- nation des poissons fossiles, ont, avec M. de Raër, appelé sur ce point l'attention des anatomistes Heckel, J. Millier, Rich. Owen, Stannius et Huxley, auxquels on doit d'intéressants dé- tails relatifs au mode de terminaison de la corde dorsale. Dans ce moment, laissant de côté ce qui concerne la na- geoire, il me suffit de faire connaître d'une façon très-sommaire les résultats auxquels M. Koelliker a été conduit récemment par une étude nouvelle de ce sujet {Ueberdes Encle der Wirbel- saille der Ganoidenundeiniger Teleostier, 1860, in-4", fig.). D'après les caractères différents que présente le mode de terminaison de la corde dorsale, l'habile professeur de Wurz- bourg propose (p. 21) de partager tous les poissons en deux grands groupes, 1° selon que l'extrémité de cette corde n'est pas entièrement ossifiée, ou, 2" au contraire, que son ossifica- tion est complète. 10 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. 1° Dans le premier, sont placés les genres Polyptère, Lépi- dostée et Amie, puis certains Malacoptérygiens (Esoce, Sau- mon, Alose, EIops et Cyprin) qui présentent quelques diffé- rences prises pour bases de subdivisions inutiles à indiquer actuellement, mais qui seront signalées dans Tétude des pois- sons osseux. 2" L'autre groupe comprend, d'une part, les Acanthoptéry- giens (probablement en totalité), et les Malacoptérygiens, moins ceux que je viens de nommer, lesquels portent, vers le bout de la colonne vertébrale, la gaîne osseuse de la portion terminale de la corde dorsale nommée urostyle par M. Huxley, puis, d'autre part, les Plagiostomes, dont le rachis se termine par un corps de vertèbre tout-à-fait simple et entièrement ossifié. Il est possible, au reste, comme l'a fait observer M. Koelliker, qu'il y ait plus tard, par suite de recherches spéciales sur et; point de Tanatomie des poissons cartilagineux, quelques sub- divisions à établir dans ce second groupe. Le mode d'unioii des vertèbres des Plagiostomes est compa- rable à celui des autres poissons. Les corps se touchent par les bords des cavités coniques dont elles sont creusées en avant et en arrière, et qui sont généralement assez profondes pour qu'un très-petit intervalle seulement en sépare les sommets. Un bourrelet fibreux à lames circulaires interposé à ces bords, clôt l'espace formé par la réunion, base à base, des cônes creux, et en augmente la capacité. Celle-ci peut être considé- rable, car Ev. Home, dans sa description du Pèlerin [An ana- tom. account of the Squalus maximus in Philosoph. Transact., 1809, p. 208), estime que l'un de ces espaces pouvait con- tenir à peu près trois pintes de liquide (mesure anglaise), c'est- à-dire un litre et demi environ. De Blainville, qui rapporte cette évaluation dans l'analyse qu'il a donnée du ti-avail de l'a- natomiste anglais [J ourn. de physique , sept. 1810), parle égale- ment dans son Mém. sur le Squale pèlerin [Ann. du Mus., t. XVIII, p. 127), d'une contenance de trois pintes et demie (1). (1) S'il s'agit ici, comme il y a lieu de le supposer, de notre ancienne mesure française, qui représente un litre et un vingtième, j'ai peine à con- cevoir comment, malgré le volume des vertèbres, l'une des cavités pour- rait renfermer plus de trois litres de liquide. En mesurant la capacité de Tune d'elles, d'après une vertèbre conservée dans les collections du Mu- séum, et qui provient de l'animal étudié par de Blainville, le bourrelet fibreux ayant, je le suppose, les dimensions qu'il a signalées, je cons- tate qu'elle peut recevoir 1 litre, 7 de liquide, quantité sensiblement ét:ale à celle dont Ev. Home fait mention. MOTILITÉ. squelette; COLONNE VERTÉBRALE. il Cette liqueur, analogue pour la consistance, à de la synovie, a été étudiée d'abord en Angleterre par W. Brande, sur la de- mande de Ev. Home, puis, plus tard, par M. Chevreul [Ann. du Mus., t. XVIII, p. 154), qui la considère comme formée, non de gélatine, mais de la matière animale du cartilage. En conséquence, dit-il, on doit la ranger dans la classe des fluides animaux qui offrent le mucus à l'état liquide, conclusion très- analogue à celle du chimiste anglais. Elle contient en outre, ajoute-t-il, une huile semblable à la substance de même nature qu'on rencontre dans les cartilages de ce Squale (1). Quant au rôle de ce liquide dans le mécanisme des mouve- ments de la colonne vertébrale, Ev. Home l'a si bien fait com- prendre dans sa leçon sur les articulations (Lect. comp. anat., 1814, 1. 1, p. 84, Lect. VI), que je dois exposer ici les conclusions auxquelles il a été amené, en étudiant, à l'état frais, les grosses vertèbres du Pèlerin. 1" Le liquide qui occupe la cavité intervertébrale dont les parois sont en partie fibreuses, les maintient dans un état de distension continue, et elle en est si complètement remplie, qu'il peut s'échapper de son intérieur sous forme de jet, le lançant à plus d'un mètre de distance , comme Clift l'a vu , au moment de la pénétration de l'instrument tranchant dans l'intérieur de cette cavité. Il contribue donc, avec les fibres ligamenteuses élastiques, à l'écartement nécessaire des ver- tèbres. 2° En raison même de son incompressibilité, il forme une sphère que déplacent les pièces osseuses, et comme les molé- cules dont elle se compose n'ont entre elles aucune cohésion, le centre du mouvement est toujours adapté aux changements de position des vertèbres; de cette façon, tout frottement se trouve évité : en d'autres termes, cette sphère liquide est leur pivot de rotation. 3" De cet ensemble d'articulations, résultent la rectitude du rachis quand il n'est soumis à aucune contraction musculaire, et son retour à la position normale dès l'instant où la puissance qui l'avait fléchi d'un côté ou de l'autre cesse d'agir. Ce n'est pas seulement chez ce gigantesque Plagiostome que ce liquide se trouve, et Ev. Home l'a signalé chez les autres poissons. Sa présence est facile à constater peu de temps après (1) J. Millier, dans ses études sur la corde dorsale (Vergleich. Anat. Myxin., etc., p. 139), n'adopte pas complètement l'opinion émise par Ev. Home sur la nature de ce liquide intervertébral. 12 ORGAMS.VriON DES FM.AGIOSTOMES. leur mort, quand on procède rapidement, à cause de l'extrême tendance à la coagulation. On ne doit pas perdre de vue non plus qu'il pénètre facilement entre les lames du fibro-cartilage après leur section. Quelques légères traces de la disposition anatomiquo dont il s'agit, se voient dans les articulations in- tervertébrales de l'homme, ainsi que des animaux terrestres, mais plus particulièrement encore (fait bizarre et difficile à expliquer) chez le lapin et chez le porc. Là, le centre du fi- bro-cartilage destiné à remplir l'espace qui sépare les surfaces planes des corps de vertèbres est mou, pulpeux et presque li- quide (1). Ce mode d'articulation si remarquable, et par la forme même des vertèbres, et par hi présence de cette sphère liquide, dont le rôle a une grande importance, est certainement, comme Ev. Home le fait observer, le plus favorable qu'il soit possible d'imaginer pour les poissons. Les mouvements de latéralité que la natation exige, se succédant ainsi sans cesse, ne produisent pas la fatigue qu'amèneraient des contractions musculaires non interrompues (12). Pour en revenir au bourrelet tlbreux intervertébral qui, chez l'individu de l'énorme espèce étudiée par de Blaiuville avait, entre les vertèbres les plus volumineuses, une épaisseur de 0"'.045 environ, et une hauteur de près de 0'".06 [loc. cit., p. 125), il est, par son adhérence intime au pourtour des ex- trémités de la pièce centrale, l'un des principaux moyens d'u- nion des vertèbres. De plus, elles portent en dessus et en des- sous, un ligament dans toute la longueur du tronc et de la queue. Cette double bande ligamenteuse^ qui revêt, l'une, le plancher du canal spinal, et l'autre, la face inférieure de l'échiné, représente tout-à-fait les ligaments vertébraux communs des autres animaux. L'union des vertèbres entre elles est assurée encore par le mode d'origine des cartilages intercruraux, par la conti- guïté des arcs vertébi-aux su})érieurs entre eux, et avec ces pièces intermédiaires, ainsi que par celle des apophyses trans- it) Riclial, fil ISOl, dans son Traité d'annt. descr., où abondent les con- sidérations piiysiologiqucs , a insisté sur l'importance de ce tissu mou relativement à la tlexibilité de la colonne vertébrale (t. I, p. 144). (2) Chez la baleine, dit encore Ev. Kome (loc. cit., p. 88), cette disposi- tion n'était pas nécessaire, leur natation s'exécutant non comme chez les poissons, par des inflexions latérales successives du tronc, mais par les mouvements de leur puissante queue horizontale. Il en est de même pour tous les Cétacés. MOTILITÉ. squelette; COLONISE VERTÉBRALE. 13 verses, réunies en bas ii leur extrémité terminale sur la li- gne médiane le long de la queue (Voy. Atlas, pi. 1, et plus loin les détails concernant la structure même de la vertèbre). Enfin, on retrouve l'analogue du ligament surépineu\ dans le cordon fibreux qui règne le long du bord supérieur du canal rachidien, et manque seulement dans les points d'où partent les rayons des nageoires impaires. Il contient, dans son épaisseur, du tissu jaune élastique, et en est même quelquefois entière- ment formé. On constate facilement cette structure dans les différents Squales, mais nulle part elle n'a pu être mieux étu- diée que sur le Pèlerin disséqué au Musée de Paris, où ce cordon ligamenteux avait près de 0"'.03 de circonférence (de Blainville, loc. cit., p. 128). Il y a un autre mode de consolidation du rachis très-remar- quable, mais je ne puis l'indiquer ici que brièvement, la dispo- sition anatomique dont il résulte devant être décrite plus tard avec détails. Il consiste dans une enveloppe du corps des vertèbres soit cartilagineuse, soit ossifiée, comme cela a lieu chez les Rhino- bates (Atlas, pi. 1, fig. 5 et 6) et chez les Raies. Cette sorte de gaîne, plus ou moins complète, est formée par la réunion, 1" sur les parties latérales, de la base des arcs supérieur et inférieur ; 2" en dessous, de prolongements de ces derniers, ou de pièces qui en sont distinctes. Après cette étude du rachis, considéré dans son ensemble, si nous cherchons quel est le notiibri' des vertèbres dont il se com- pose, nous trouvons une assez grande irrégularité. Les chiffres donnés par les anatomistes qui les ont comptées, en fournissent la preuve. Car char ias ijlancus. . . . Scyllium catiilus Squatina lœvis Ilnja oxyrhxjnchus liaja bâtis Torpédo narke [T. oculaLa) Chimœra arctica Squatina lœvis En tout. Dors. Caiid. 132 33 09 l±2 37 85 12i 41 83 110-115 25 85-90 120 25 95 97 35 (i2 500 )) )) 117 » )) Schultzc (I) Van der Hoeven(2). (1) Ueber die ersten Spuren der Knochensyst. und die Entwickel. der Wirbelsaiik in dein Thieren (Meck. Deutsches arch., 1818, t. IV, p. 370). (2) Dissert, de sceleto ftiscium, 1822, p. 30. 14 0RGAiNlSAT10^ DES PLAGIOSTOMES. En tout. Dors. Caud. 129 ol 72 36o 9o 270 loO 70 80 147 40 407 1S4 48 106 125 44 81 128 57 71 117 » )) 123 » )> 94 » 1) Petite roussette (Se. cat.). . 129 57 72 Cuvier (1). Sq. faulx [Alojjias vulpes). . Sq. nez [Lamna cornuhica) Pantoutlier [Zycjœiia tiburo] Raie blanche (Raja?). . . . Scyllium catulus ■ 125 44 81 Aug. Duméril. Lamna cornubica. . . Sguatina lœvis Raia asterias Raia hatis Pour la Squatine seulement, il y a eu parité dans la numéra- tion. Ces exemples corroborent donc l'assertion suivante de Vicq- d'Azyr : « Le nombre des vertèbres n'est pas constant, et je puis assurer, après l'avoir compté dans plusieurs cartilagi- neux de la même espèce, que je ne l'ai pas trouvé le même dans tous » (!•■'' Méîïi. pour servir à Uhist. anat. des Poiss., in Mém. sav. étr. à l'Ac. des se. pour l'année 1773, t. VII, p. 23). A peine est-il nécessaire de rappeler ici, à cette occasion, l'o- pinion singulière de Schultze [Ueber die erstenSpuren, etc., Meck. Deutsch Arch., t. IV, p. 343), que le nombre des vertè- bres de la queue, chez les animaux à température variable, aug- mente à mesure que l'animal vieillit. Chez les Raies, on les compte difficilement, comme M. van der Hoeven [De sceleto fisc, p. 32) le fait observer avec raison, à cause de l'extrême petitesse de celles qui occupent l'extrémité de la queue. Une particularité très-notable de l'organisation des Raies, consiste dans la substitution d'une tige indivise aux premiers segments de la colonne vertébrale. La longueur de cette tige est de 0"\095 dans deux Raies dont l'épine dorsale mesure chez l'une, qui est une femelle, 0'".570, et chez l'autre, de sexe mâle, 0"'.665; elle est donc égale au sixième ou au septième des di- mensions totales du rachis. Elle commence derrière le crâne, auquel elle tient par le mode d'articulation remarquable que j'ai décrit plus haut (p. 8), et dépasse un peu la ceinture scapulaire qui, suivant le degré d'ossification de ses cartilages, lui est plus ou moins adhérente au niveau du bord supérieur de la crête médiane. Cette crête, dont la saillie est plus con- sidérable en avant, constitue une lame solide dont la base (1) Ltç. anal, comp., 2* édil., t. 1, p. 232. MOTILITÉ. squelette; COLONNE VERTÉBRALE. IB élargie forme la voûte du canal rachidien. Elle représente, dans son ensemble, les arcs supérieurs des vertèbres soudées, comme la lame osseuse qui s'élève de chaque côté de la tige centrale en représente les cartilages transverses. La hauteur de cette lame latérale, qui augmente d'avant en arrière, atteint son maxi- mum au niveau du dernier arc branchial; son bord postérieur est échancré, et, de sa réunion avec l'extrémité libre du bord su- périeur, résulte un angle aigu (Atlas, pi. 1, fig. 9, k, /). Chez les Squatines, qui sont les Squales dont l'organisation se rapproche le plus de celle des Raies, il n'y a pas soudure des premières vertèbres, mais les quatre ou cinq antérieures diffèrent des mêmes pièces de la colonne vertébrale des Squa- les. En effet, leurs prolongements transversaux étant beaucoup plus considérables que dans les suivantes, cette disposition rappelle un peu l'aspect offert par la tige indivise des Raies. Cette particularité, au reste, a été signalée par Meckel [Anat. comp., tr. fr., t. II, p. 278). Pour bien apprécier les différences que présente la structure des vertèbres chez les différents Plagiostomes, il faut se rappe- ler comment est composée, dans sa plus grande perfection, une vertèbre de poisson osseux. On y trouve les pièces suivantes : 1" un corps ou centre : 2° un aîx vertébral supérieur formé de deux branches qui, se réunissant pour constituer le canal vertébral où est logée la moelle épinière, peuvent être nommées neurapophyses, comme le propose M. Rich. Owen, à qui sont empruntées les autres dénominations qui suivent. Cet arc se termine d'ordinaire en une apophyse épineuse plus ou moins longue [neurépine] ; 3" un arc vertébral inférieur composé également de deux branches nées des régions latérales et dites, pour ce moûï, par apophyses. Elles peuvent être considérées comme des apophyses trans- verses. Souvent, dans la partie antérieure du corps, jusqu'à l'origine de la queue, elles supportent par leur extrémité libre une pièce osseuse comparable à une côte. A partir de la ré-- gion anale, ces branches se rapprochent mutuellement le long de la ligne médiane et forment ainsi un canal destiné à recevoir les gros vaisseaux. De là, vient la dénomination dliœmapophîj- ses qui sert alors à les désigner. Comme les branches de l'arc supérieur, elles peuvent se terminer par une apophyse épi- neuse obliquement dirigée de haut en bas et d'avant en arrière {hémépine). Il y a donc dans cette vertèbre, comme on le voit, cinq 16 OUGAMSATIO.N DES PLAGIOSTOMES. pièces : 1° une médiane ou corps, terminée à chacune de ses ex- trémités en un cône, et présentant par conséquent la forme d'un sablier percé plus ou moins manifestement, dans le sens de son axe, d'un trou, vestige permanent du lieu où se trou- vait, dans les premiers temps de la vie, la corde dorsale autour de laquelle s'est développée la pièce centrale ; 2" quatre pro- longements pairs, deux supérieurs réunis en arc dans toute Té- tendue du rachis et formant ainsi l'étui protecteur de la tige médullaire du système nerveux cérébro-spinal; et deux infé- rieurs, dont la réunion sur la ligne médiane a lieu seulement dans la région caudale, pour protéger les vaisseaux. Quatre pièces supplémentaires s'ajoutent aux précédentes : l'apophyse épineuse supérieure et l'inférieure, puis les prolongements cos- taux. Examinons maintenant, en nous servant de ces termes de comparaison, la structure de la colonne vertébrale des Plagio- stomes, et d'abord des Squales. Ces derniers ont été étudiés, sous ce rapport, avec un grand soin par J. MûUer, dont les observations sont consignées dans son Aiiat. des Myxinoïdes (1" partie, Ostéologie et Myologie, in Mém. de l'Acad. de Berlin, 1834, p. 142 et suiv.), et par M. Agassiz, dans la lo'^ livraison de ses Rech. sur les Poiss. fossiles. C'est seulement en suivant la voie nouvelle ouverte par l'ha- bile anatomiste de Berlin, qu'on peut arriver à bien compren- dre la composition des vertèbres des Poissons cartilagineux. Treviranus ni Vicq-d'Azyr, dans le Mémoire cité plus haut, à l'occasion du nombre des pièces du rachis, ni les anatomistes qui les ont suivis, ni même Cuvier [Leç. Aiiat. comp.), n'a- vaient tixé leur attention sur la diversité et la relation mutuelle des pièces dont se compose chaque segment du rachis. Muller est également le premier qui ait comparé les vertèbres d'un nombre suffisant d'espèces bien déterminées, de manière à pou- voir présenter des considérations générales sur les ressem- blances ou les différences qu'on remarque dans le squelette des divers groupes de Plagiostomes. On comprend, par cela même, l'incertitude dans laquelle restait M. Agassiz, quand il voulait comparer les vertèbres clés Poissons cartilagineux fossiles à celles des espèces de la faune actuelle. C'est donc à l'appel fait à Muller par cet ardent paléontologiste [Notice sur les vert, des Squales vivants et fossiles, in Rech. sur les Poiss. fossiles, 1843, t. III, p. 360-369, pi. 40 B), que l'on doit les plus pré- cieuses indications sur ce sujet intéressant. MOTILITÉ. squelette; COLO^^E VERTÉBRALE. 17 Le corps ou centre, avec des dimensions variables en hauteur et en largeur, d'où résultent des différences dans sa conforma- tion générale, est toujours creusé, comme chez les autres pois- sons, de deux cavités coniques terminales ; mais il n'offre ja- mais aussi manifestement la forme de sablier. Souvent même, toute dépression circulaire sur le milieu de sa longueur man- que, et alors si les vertèbres ont une consistance osseuse et sont plus larges que longues, comme chez le Sqtiale renard, entre autres (Atlas, pi. 1, tig. 1 et 2, a), elles ressemblent un peu à une série de dames de jeu de trictrac, empilées les unes à la suite des autres. On ne trouve pas, dans l'état frais, au centre des cônes creux, l'ouverture quelquefois très-petite, mais caractéristique des poissons osseux (1), la corde dorsale se trouvant ainsi complètement détruite au niveau du corps de chaque vertèbre. Il résulte delà, suivant l'observation de J. Mûller ( Yergleich. Anat. Myx., etc., p. 139 et 240), contrairement à l'assertion de Carus, que la colonne vertébrale des Plagiostomes s'éloigne plus encore de l'état fœtal que celle des poissons osseux. Mill- ier parle également de cette interruption de la corde dorsale à la page 145. De la région supérieure du corps naissent, en laissant entre eux un certain intervalle, deux cartilages dits cruraux (Atlas, pi. 1, fig. 1-4, 7 et 8, b), parce qu'ils jouent le rôle de jambes ou de piliers de la voiîte formée par l'arc vertébral supérieur, dont ils représentent les deux moitiés latérales (2). Entre ces cartilages, d'autres s'intercalent; ils partent, k droite comme k gauche, de l'espace rempli de tissu tibro-géla- tineux qui sépare les vertèbres, et portent le nom de cartilages intercruraux (Atlas, pi. 1, fig. 1-5, c). En raison môme de leur (1) La macération seule détruit sur les squelettes préparés le tissu cen- tral moins résistant que le reste, et qui, étant plus transparent, laisse passer la lumière quand on place devant l'œil une vertèbre fraîche. Cette portion plus claire se présente sous l'apparence d'un disque de très-petit diamètre non perforé. (Atlas, pi. 1, fig. 7 et 8.) (2) C'est à J. Millier qu'appartient la détermination si précise de toutes les pièces dont une vertèbre de Plagiostome se compose; mais déjà Schultze, en 1818, sans l'avoir devancé dans l'interprétation que j'expose ici, a bien figuré ces ditférents cartilages [Ueber die ersten Spuren... Ent- wickelung der Wlrhelsaule, etc. in Meck. Deutsch. Arcli., t. IV, pi. IV, fig. 4 et ô, p. 350;; Kiihl (Beitr. zw Zuul. iind verglekh. Anat.,\?)20), a représenté tab. VI, fig. 3, 4 et 6, les cruraux, sous le nom de processus spaiosi (1), les inlercruraux, sous celui de process. obliqui (2), et les infé- rieurs, comme process. transversi sur la Squat, et sur VAcanihias. Poissons. Tome I. 2 18 ORGAMSATION DES PLAGIOSTOMES. origine, ils sont étroits ii leur base, puisqu elle correspond à l'espace intervertébral. Ils vont en sï-largissant et sont même quelquefois plus larges que les cruraux (Atlas, pi. l,fig. 1-3 et 5, c). Leur conformation dépend de celle des cartilages cruraux auxquels ils sont interposés. Ces dei-niers ont-ils la forme d'un triangle à base inférieure et à sommet dirigé en haut, les inter- cruraux représentent, en sens inverse, un triangle semblable. On comprend aisément la raison de ces analogies ; il est donc inutile d'en donner d'autres exemples. J'ajoute seulement que si les dimensions des pièces intermédiaires l'emportent, chez certains Plagiostomes, sur celles des cartilages cruraux, il n'tîu est cependant pas toujours ainsi; souvent, en effet, les cruraux sont plus volumineux. Les uns et les autres se portent vers la ligne médiane. Tantôt, il y a sur cette ligne médiane, au sommet de la voûte constituée par les arcs vertébraux, jonction des cartilages cru- raux et intercruraux d'un côté, avec les cartilages correspon- dants du côté opposé, et le canal vertébral se trouve ainsi fermé à sa région supérieure. Tantôt, au contraire, ils ne se rejoignent pas, et la réunion se fait au moyen d'une série de pièces carti- lagineuses impaires, nommées cartilages surcruraux (Atlas, pi. 1, fig. 3 et 4 d), disposées en série longitudinale. J. Millier les nomme Cartilagines intercalares seu Ossa intcrcalaria spinal ia corporum vertebrariim superiora, les distinguant ainsi des car- tilages intercruraux, Ossa intercalia crurum. Ces derniers viennent-ils se rejoindre sur la ligne médiane supérieure, les cruraux offrant moins d'élévation, il y aura au- tant de surcruraux que de cartilages intercruraux, car ils rem- plissent les espaces que ceux-ci laissent vides entre eux. Un exemple de cette première disposition se voit à la région an- térieure de la colonne vertébrale de la Squatine (Atlas, pi. 1, fig. 3, c, d). Si, au contraire, comme cela a lieu sur des points de la colonne vertébrale de ce même poisson plus éloignés de la tête, les intercruraux, pas plus que les cruraux, ne se réu- nissent en dessus, avec ceux du côté opi)osé, sur la ligne mé- diane, on compte une fois plus de surcrui-aux que d(; cartilages intercruraux (Atlas, pi. 1, lig. 4, c, d). Je n'insiste pas davantage sur ces différences, qui sont \)vu. importantes. Parmi les différents Squales dont les vertèbres ont été étu- diées et dessinées par J. Mûller, celles des genres Scyllium et Squatina, puis celles des genres à membrane nictitante {Muste- MOÏILITÉ. squelette; COLO^ISE VERTÉBRALE. 19 lus, Galeus, Carcharias, Zygœna) sont munies de ces cartilages impairs supérieurs. Pour les bien voir, il faut les chercher sur des squelettes où les cartilages sont revêtus de granulations os- seuses. Il n'y a pas à' apophyses épineuses ; seulement, et c'est ici la première indication d'une structure propre aux véritables Raies, on trouve chez la Squatine, dans une assez petite étendue, en avant de la première épiptère, puis entre celle-ci et la seconde, un certain nombre de pièces minces, obliquement dirigées en arrière. Elles ont toutes une même hauteur, qui est le double de leur largeur, et sont plus élevées que les cartilages formant la base des nageoires du dos. Il y a une représentation de ces pièces confirmative de la description de Meckel [Aïiat. comp., tr. fr., t. II, p. 272), sur la planche VII du mémoire de M. Raph. Molin {Sullo scheletro degli Squalï) in Mem. del Vlnst. Veneto, etc., t. VIII. (Voy. Atlas, pi. 1, tîg. 4, e.) Au premier abord, ces cartilages impairs semblent être, en raison de leur position et de leur forme, de véritables apophyses ; mais ils ne font point partie du rachis et ne lui sont unis que par du tissu fibreux. Leur nombre, d'ailleurs, ne dépasse pas la moitié de celui des vertèbres au-dessus desquelles ils sont placés, et le milieu du bord inférieur de chacun d'eux correspond à un espace inter- vertébral. Ce sont des pièces surajoutées, analogues aux précé- dentes, que porte, à sa région supérieure, la colonne verté- brale du Rhynchobatus lœvis, dont les cartilages intercruraux très-développés ont une forme un peu irrégulière (Atlas, pi. 1, fig. S, e). Chez les Raies, d'ailleurs, dont les genres Squatine et Rhyn- chobate se rapprochent beaucoup, particulièrement le dernier, qui est un Hypotrôme, il y a de même, 'sur la ligne médiane supérieure, des cartilages accessoires qui sont très-développés chez les Myliobates, comme Meckel l'a noté {Anat. comp., tr. fr., t. II, p. 269). A la portion inférieure du corps de la vertèbre, on voit une paire de cartilages dont la position correspond k celle des car- tilages cruraux, et qui, comme ceux-ci, ont leur racine plongée dans l'épaisseur même de la pièce centrale : ce sont les carti- lages transverses ou parapophyses (Atlas, pi. 1, fig. i à 8, f). Dirigés en bas et en dehors dans toute la l'égion antérieure, ils se rapprochent au-delà du cloaque pour constituer, par leur réunion sur la ligne médiane, le canal des gros vaisseaux, comme chez les poissons osseux (Id., fig. 7 et 8) , et devien- 20 ORGAMSATION DES PLAGIOSTOMES. lient, par cela même, de véritables hœmapopJnjses, selon Tex- pressioii de M. Rich. Owen. Ils forment k la région caudale, et cette disposition se voit par- faitement chez le Sq. renard (iig. i,/"), des apophyses qui n'ont pas partout la même longueur, et au sommet desquelles se fixe rextrémité supérieure des rayons de la nageoire. Ces derniers (tig. i, g) étant en nombre égal à celui des vertèbres, pourraient être considérés comme étant leurs apophyses épineuses; mais cependant ils ne font pas corps avec elles, puisqu'ils s'articu- lent avec la carène qui résulte de la jonction, sur la ligne mé- diane, des deux, portions latérales de chaque arc vertébral infé- rieur. Sur le squelette frais d'un Alopias de grande taille, j'ai vu cette carène creusée d'un sillon dont la profondeur et la lar- geur vont en diminuant à mesure que les rayons de la nageoire s'approchent davantage de l'extrémité de la queue etdeviennent plus minces et plus courts. Cette sorte d'articulation est con- solidée par du tissu fibreux. Je reviens plus loin, au reste, sur cette disposition anatomique, à l'occasion de l'étude des na- geoires impaires. Les cartilages costaux se présentent avec une apparence dif- férente, selon les Squales chez lesquels on les étudie. Dans le genre Alopias, par exemple, ils méritent tout-à-fait le nom de pleurapoplujses, car ih sont une dépendance de la colonne ver- tébrale, avec laquelle ils entrent en contact immédiat. A la région ventrale, appuyant leur angle le plus élevé sur le tissu tibro-cartilagineux intervertébral, ils remplissent, par leur portion supérieure, les espaces triangulaires restés libnvs entre les cartilages transverses dont la forme est précisément celle d'un triangle k sommet renversé. Ils se prolongent au- delk de ces derniers, se portent en bas et en avant, et présen- tent k leur bord inférieur, qui est horizontal et libre, un peu d'épaississement, d'où résulte, au niveau de ce bord, l'appa- rence d'une petite tigekjieu près cylindrique, parallèle k l'axe longitudinal du rachis. Celle-ci, au premier aspect, semblerait pouvoir être considérée comme constituant k elle seule la côte, mais, en réalité, on doit nommer appendice costal, la pièce car- tilagineuse tout entière que je viens de décrire, et qui offre, dans son ensemble, la forme d'un quadrilatère k côtés iné- gaux (Atlas, ])1. 1, Iig. 2, //). A la région caudale (lu., Iig. 1, //), lorsque les cartilages iransvcrses se sont allongés et réunis de manière à constituer MOTILITÉ. squelette; COLONNE VERTÉBRALE. 21 le canal des vaisseaux, la disposition n'est plus la même. Entre ces longs cartilages inférieurs, dans les intervalles étroits et triangulaires qui les séparent an moment de leur émergence du corps des vertèbres, on voit, en effet, de petites pièces car- tilagineuses triangulaires commencer au niveau des espaces intervertébraux, et se terminer promptement en une pointe di- rigée en bas. Ce sont les cartilages costaux excessivement ré- duits, en raison du développement considérable des hœmapo- physcs. Une disposition analogue à celle que présente VAlopias, mais avec des différences dans la forme et dans la longueur des car- tilages costaux, se remarque sur plusieurs Squales. Ainsi, ils sont courts et dépassent à peine les transverses [Carch arias), ou longs, soit verticaux [lU'ptandms]^ soit obliques et oflilés à leur extrémité libre [Scyiuuus; Squatina^ à la région antérieure du rachis, Id. fig. 3, h). Chez d'autres, les Roussettes en particulier, il n'y a plus cette union entre l'extrémité supérieure des cartilages costaux et les corps des vertèbres ; ils s'articulent uniquement avec le sommet du cartilage transverse ; de là, ils se dirigent en bas, mais en même temps un peu en arrière et en dehors. La forme de leur prolongement latéral, comme chez le Rhyncho- bate, par exemple (Atlas, pi. 1, fig. 5 et 6, //), et comme chez les Raies, rappelle un peu celle des côtes que portent les pois- sons osseux. Ces appendices costaux, malgré leur brièveté, représentent les rudiments d'un thorax, mais d'autant i)lus im- parfait, que le sternum manque. Après les détails qui précèdent sur les cartilages dont chaque vertèbre est composée, il importe de signaler rapidement les différences que l'on remarque chez les Raies quand on les compare aux Squales. La plus notable consiste dans cette par- ticularité que les vertèbres ne sont pas composées du même nombre de pièces aux régions antérieure et postérieure du ra- chis. En avant, à partir de la tige indivise qui commence der- rière le crâne et dépasse un peu la ceinture scapulaire, les car- tilages cruraux sont peu développés; les intercruraux, au contraire, sont très-volumineux, et se portant en haut et en dedans, ils forment l'arc vertébral supérieur. Au-delà des catopes, jusqu'à l'extrémité de la queue, il n'en est plus de même : les cartilages intercruraux, en effet, dis- paraissent, et il n'y a plus que des prolongements de la croûte calcaire des vertèbres qui, partant du corps même, représen- 22 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. tent les cartilages cruraux; ils se touchent par leurs bords et constituent ainsi de larges anneaux entre lesquels aurun inter- valle ne reste libre. Le canal vertébral est fermé en dessus par des cartilages surcruraux. A la région inférieure (il ne s'agit toujours ici que de la por- tion de répine dorsale où les vertèbres sont distinctes), les cartilages transverses se présentent avec un aspect très-diffé- rent, selon la région où on les examine. Jusqu'au commence- ment du canal sous-caudal, ils ont une forme particulière très- facile à saisir, si, à défaut d'une colonne vertébrale de Raie, on examine, en lisant la description qui suit, la tig. 6 de la pi. 1 de TAtlas. Elle montre les cartilages dont il s'agit sur le Rhynchobatus lœvis, où ils se prolongent, il est vrai, sur la face inférieure des corps de vertèbres, mais sans autre dis- semblance avec l'aspect qu'ils présentent chez les Raies propre- ment dites. Chacun de ces cartilages se dirige obliquement en avant, franchit l'espace intervertébral et empiète ainsi sur la vertèbre antérieure. Use recourbe alors assez brusquement en arrière; de là, résulte un angle saillant en avant (/"), mais ren- trant dans le sens opposé, où il se trouve en contact avec le sommet de l'angle qui le suit, tandis que lui-même se loge par son propre sommet dans l'enfoncement de l'angle précé- dent. Après le cloaque, ces cartilages sont tous dirigés ])erpendi- culairement en bas. Les douze premiers environ sont i-éunis deux à' deux : l'un devant, l'autre derrière; ils forment, en quelque sorte, six paires à droite et six à gauche, auxquelles correspondent six prolongements inférieurs et médians, consis- tant chacun en une seule pièce qui est la continuation des car- tilages antérieurs de chaque paire et se porte au-dessous du bord libre des seconds. Ces prolongements en quadrilatères constituant ainsi quelques arcs vertébraux inférieurs , perdent promptement leur régularité. Leur hauteur diminue; le canal des vaisseaux, alors, n'est plus fermé et ne tarde pas à dispa- raître, car ils se soudent sur la ligne médiane, d'où résulte un aplatissement remarquable de la région inférieure de la queue, dont les deux plans latéraux formés par la réunion des carti- lages transverses dans leur portion verticale rejoignent, à angle droit, les bords du plan sous-caudal. Par suite de cette disposition, qui est spéciale aux Raies pro- prement dites, et par suite aussi de l'ossification complète de MOTILITB, squelette; colonne VERTEBRALE. 23 toutes les pièces des vertèbres, leur queue représente une tige osseuse non arrondie, mais à trois pans. Les deux latéraux, ainsi que le bord supérieur, servent le plus habituellement de supports à des aiguillons courts et recourbés dont il est rare de ne trouver qu'une seule rangée. Enfin, une autre singularité de la structure des vertèbres des Raies, se remarque chez le Rliynclwbatus lœvis (Atlas, pi. 1, fig. 5, b). Elle consiste en ce que le cartilage crural envoie un prolongement sur la face latérale du corps de la vertèbre qu'il recouvre en partie, ne laissant à nu que le bord antérieur et le bord postérieur de ce corps, ainsi que Tcspace intervertébral. Delà, résulte Taspecttenestré de cette sorte de gaine du rachis, car il est recouvert de la môme manière à sa face inférieure (fig. 6), à cause du reploiement en dedans du cartilage trans- verse, qui va presque rejoindre le cartilage correspondant de l'autre coté. Les cartilages costaux assez forts, mais courts et à peu près cylindriques^ se dirigent obliquement vers l'extrémité postérieure. Je ne dois pas achever l'énumération des pièces dont la réu- nion constitue le canal oîi la moelle épinière est logée, sans mentionner les orifices latéraux de ce canal destinés à la sortie des nerfs rachidiens (Atlas, pi. 1, fig. 1, 2 et 5, ?', i'). Sans antici- per ici sur la description que je donne plus loin de ces nerfs et de leur mode d'émergence, il importe cependant de rappeler l'indépendance remarquable des deux racines de chaque cor- don nerveux chez les Plagiostomes. Ce n'est plus par un seul trou que le nerf abandonne l'étui protecteur de la moelle épinière, comme chez les animaux ver- tébrés supérieurs et chez le plus grand nombre des poissons osseux (excepté les genres Perça, Pleuronectes, Silurus, Cy- PRiNus, Esox et Salmo, Stannius, Handbuch der Zoot.; Zoot. der Fische, 1854, p. 140). Chacune des deux racines traverse, l'une, le cartilage crural, l'autre, l'intercrural par un orifice particulier, qui est le plus ordinairement un trou, mais quelquefois une simple échancrure marginale des cartilages. En raison de l'inégalité de niveau de ces racines, les ouver- tures des cartilages cruraux [i'), destinées aux inférieures, sont situées plus bas que celles des intercruraux (i), traversées par les supérieures. Il en résulte que, de chaque côté, au-des- sus du corps des vertèbres, le rachis porte deux rangées très- régulières de trous, placées l'une au-dessus de l'autre ; mais ils sont alternes comme les cartilages eux-mêmes. A la région cau-^ 24 ORGANISATION DES PI.AGIOSTOMES. dalfi, les nerfs, et par conséquent les trous destinés à la sortie de leurs racines, sont moins nombreux, tout eu conservant la même régularité (Atlas, pi. 1, tig. 1, 2, i'). Dans cette même région, au-dessous des coi'ps de vertèbres, il y a, de chaque côté, une rangée unique de trous ou d'échan- crures. C'est par ces oritices que sortent les artérioles émanant du tronc logé dans le canal formé par les arcs vertébraux infé- rieurs, et que pénètrent les branches destinées aux deux veines qui accompagnent l'artère (Id., fig. 1,;). Après ces détails sur la composition de la vertèbre, il im- porte d'étudier le tissu même dont elle est formée. Or, il pré- sente, suivant les genres, des dissemblances très-notables. Aussi peut-on, selon cette texture, grâce surtout aux re- cherches de J. Millier, dresser un tableau du perfectionnement progressif des pièces du rachis. I. Vertèbres cartilagineuses pendant toute la durée de la vie, sans aucune trace de tissu osseux : Eclnnorhinus, Notidanus [Hexanclms ei Heptanchus). II. Vertèbres oîi le tissu osseux forme : 1" Des couches à demi-ossifiées alternant avec des couches cartilagineuses : Squatina; 2° La partie centrale du corps enveloppée par du cartilage, et la couche mince qui limite h^s cavités coniques antérieure et postérieure du corps : Acanthias, Spinax, Centrina; 3" Un recouvrement ou une sorte d'écorce pour tous les car- tilages : Scymnus. III. Vertèbres dont le corps serait complètement osseux, si les racines des cruraux et transverses ne restaient cartilagi- neuses. Tantôt, il est lisse et dépourvu de sillons longitudi- naux : Scijllium, Carcharias, Zygœna, Mustelas, Galeus, Galeo- cerdo. Tantôt il est sillonné, sur toute sa périphérie, par de nombreuses fissures longitudinales remplies de cartilage : Lamna,Selache, Alopias, Oxijrhina? Carcharodon? Dans ce dernier groupe, où Tossification du corps de la ver- tèbre est presque complète, celle des arcs vertébraux Test beau- coup moins. Ils sont, en effet, cartilagineux, ou ne présentent de chaque côté, dans leur épaisseur, qu'un point d'ossification de volume variable (Atlas, pi. 1, tig. 2). Leurs racines restent toujours à l'état mou. Si l'on pratique une coupe verticale du corps (Atlas, pi. 1, tig. 8), on les voit se prolonger jusque vers son centre. Par suite de leur direction oblique de dehors en dedans, et de haut en bas pour celles des cartilages cruraux. MOTII.ITE. squelette; colonne VERTEBRALE. iio mais de bas en haut pour celles des transverses, elles repré- sentent assez exactement une croix de Saint-André, dont la couleur d'un blanc bleuâtre propre au tissu cartilagineux, tranche sur la teinte jaunâtre de Tos. A Taide de cette même coupe, on voit, chez le Squale renard [Alopias vulpes) par exemple, un grand nombre de rayons os- seux, séparés les uns des autres par du cartilage, et partant du centre pour gagner la circonférence. Ils résultent de la section des cloisons osseuses dont se compose le corps de la vertèbre, et entre lesquelles persiste le tissu cartilagineux. Enfin, la coupe qui offre la structure la plus remarquable h. étudier, est celle des vertèbres de rénorme Pèlerin [Selache maximà). Sur les pièces du Musée de Paris provenant du grand individu soumis aux dissections de Blainville [Ann. du Mus., t. XVIII, p. 88), on reconnaît Texactilude des descriptions don- nées par J. Millier [Vergl. Anat. (1er Mijxin., in Méni. Ac. Ber- lin, 1834, p. 131), et par M. Rich. Owen, qui y a ajouté {Lect. of comparât, anat., Fishes, p. 55) un dessin très-net. On y voit des couches osseuses cylindriques, emboîtées les unes dans les autres, interrompues au niveau des quatre grandes ouvertures par lesquelles pénètrent les racines des cartilages cruraux et transverses. Ces couches ne forment que les deux tiers de Fé- paisseur même du corps, dont le tiers externe est constitué par des lames parallèles les unes aux autres, dirigées suivant le diamètre antéro-postérieur de la vertèbre, et perpendicu- laires aux cylindres osseux. Entre ceux-ci et entre les lames longitudinales, se trouve du tissu cartilagineux, dont la des- truction, sur des vertèbres desséchées, laisse de nombreux es- paces vides plus ou moins irréguliers. Il y a peu d'exemples dans l'économie animale, M. Rich. Owen le fait observer avec raison, d'une structure semblable, où une quantité aussi petite que possible de substance calcaire soit disposée cependant d'une façon si conforme aux principes de la mécanique. Les vertèbres assez légères et à demi-ossifiées de ce grand Squale se trouvent ainsi douées de toute la force et de toute la résistance qu'exigent les vigoureuses infl(;xions dont sa colonne vertébrale est le siège pendant les efforts qu'il est obligé de faire, n'ayant pas de vessie natatoire, pour se maintenir à la sur- face de l'eau. Les mouvements du rachis, d'ailleurs, sont extrê- mement facilités, comme nous l'avons vu plus haut, par le re- marquable mode d'articulation des vertèbres entre elles (p. 10). 26 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. La description de cette volmiiiiieuse vertèbre, où se voit un mélange de la structure cylindrique et de la structure lamel- laire, ce qui est, au reste, l'arrangement le plus habituel, dé- montre qu'il ne faut pas admettre comme règle générale que toutes les vertèbres des Squales sont formées de cylindres con- centriques. Il y a môme, d'après M. Rich. Owen [Lect., etc., p. 56), une disposition remarquable, chez le Cestracionte, dont le Musée de Paris ne possède que des individus montés sur lesquels je n'ai pas pu l'étudier : ce Squale à aiguillon, si diffé- rent de tous les autres par son singulier système dentaire, a des vertèbres dépourvues de toute couche osseuse cylindrique. On n'y voit que des lames longitudinales se portant du centre à la circonférence, et qui envoient, çà et là, de petites jetées os- seuses. H. CRANE. L'extrémité céphalique des Poissons cartilagineux, et parti- culièrement des Plagiostomes, est beaucoup plus simple que celle des Poissons osseux. Nous ne trouvons plus ici, en effet, cette multiplicité de pièces dont la détermination est quelque- fois si difficile quand on veut les comparer aux os de la même région chez les animaux vertébrés supérieurs, et y chercher les analogies qui ont tant préoccupé les anatomistes. Le crâne des Plagiostomes est une sorte de boîte tout d'une pièce, plus ou moins dure, selon l'abondance ou la rareté des grains osseux répandus dans l'épaisseur de la trame cartilagi- neuse. Sa forme est variable : court et large dans les Roussettes et dans le genre Squatine, et chez certaines Raies, telles que les Torpilles, les Pastenagues, les Céphaloptèrcs, etc., il est, au contraire, prolongé en avant dans la plupart des Raies et des Squales, ou singulièrement agrandi dans le sens transversal chez les espèces auxquelles la bizarre conformation du crâne, résultant de sa double extension latérale, a valu la dénomina- tion vulgaire de Marteau. A ne considérer que l'espace destiné à loger rencéjjhale, la cavité crânienne est bien moins considérable encore qu'on ne serait tenté de le croire en voyant le volume de la tète, dû sur- tout aux saillies de sa surface externe. Cette faible capacité de la boîte du ci-âne proprement dite est, au reste, un caractère comnmn à tous les Poissons, où même elle n'est jamais entiè- rement remplie par l'épanouissement encéphalique de l'axe cérébro-spinal. MOTILITÉ. squelette; CRANE. 27 La région médiane, qui répond à la voûte du crâne, est plus ou moins relevée. On y voit une fontanelle, de dimensions va- l'iables, convertie le plus habituellement en trou sur les sque- lettes préparés, par suite de la destruction des parties molles. Après cette fontanelle, tout-k-fait en arrière, la région médiane est percée de deux petites ouvertures rapprochées Tune de raiUre, donnant accès aux cavités auditives et restant en com- munication avec l'extérieur, comme je l'indique plus loin, h. Foccasion de la structure de Forgane de Fouie. Cette même région médiane porte à sa face inférieure, qui peut être nommée région sphénoïdienne, un sillon très-pro- noncé chez cei'tains Squales, mais presque nul chez les Rous- settes et chez la Squatine : il est placé au-dessous de la fosse pituitaire ou selle turcique. Le crâne présente, de chaque côté, une fosse profonde qui loge Fœil dans sa portion antérieure, et dont la paroi interne est percée d'une ouverture par laquelle le nerf optique y pé- nètre. Cette cavité orbitaire manque presque complètement de ])aroi inférieure, à moins que, comme chez le Lamna comubica, mais surtout chez les Roussettes, il n'y ait, à droite et à gauche, une expansion latérale de la région sphénoïdienne. Elle est limitée en avant par une saillie latérale plus ou moins })roéminente, ou apophyse orbitaire antérieure, ou cartilage nasal, constituant pour l'orbite une paroi tantôt simplement ru- dimentaire {Squatina, etc.), tantôt, au contraire, plus ou moins complète (Roussettes, Squale-nez, etc.). A la base de cette apophyse, on voit la fossette olfactive. La limite postérieure de cette cavité orbitaire si imparfaite est habituellement peu prononcée. Elle consiste en un prolongement analogue au ])récédent, mais beaucoup plus court, ou apophyse orbitairepos- térieure. Ce sont ces deux apophyses qui, en se prolongeant plus ou moins, suivant les espèces du genre Zygœna, forment les branches du marteau, à l'extrémité externe desquelles se trouve Fœil. La cavité nasale est ouverte sur le bord antéi'ieur de ces branches. L'apophyse orbitaire postérieure est moins l'udimentaire chez la Squatine que chez beaucoup d'autres Pla- giostomes. J'ajoute que, chez les Raies, Fantérieure soutient le cartilage qui, se portant vers la nageoire, réunit cette der- nière, en avant des branchies, au crâne, dont elle va rejoindre, à son extrémité tout-à-fait antérieure, la pointe du prolongement rostral. L'apophyse orbitaire postérieure sépare d'une façon fort in- ZO OItGAMSATlON DES PI.AGKtSTOMES. comj)lrlc, iiiriHC (|ii;in(l cllo offre quelque développeiuent, la cavité de rorbite, d'une sorte de fosse tcmjioï'ah' où s'ouvre, derrière Tœil, Tévent qui est limité à son bord postérieur par le suspensoriuni, et le plus souvent, à ranlérieur, par un cartilage propre, dit cartilage de Tévent, parfois divisé en pièces secon- daires. En arrière, le crâne est muni des surfaces destinées à son articulation avec la colonne vertébrale, articulation que j'ai précédemment décrite, et sur laquelle, par conséquent, je n'ai point à revenir. De chaque côté de la région postérieure, une autre surface reçoit l'extrémité interne du susvcnsoriuDi dont je parle plus loin, à l'occasion des cartilages dentaires inférieurs, qui, par l'intermédiaire de cette pièce, analogue à l'os carré des oiseaux et des serjients, s'articulent avec le crâne. En avant, à la base de la proéminence rostrale et de l'apophyse orbitaire antérieure, on voit deux cavités souvent bien distinctes du crâne, comme chez le Lamna cornubica, lar- gement ouvertes à leur paroi antérieure, et n'ayant d'autre ori- fice postérieur que celui qui livre passage soit au processus olfactif quand il est long, comme chez les Raies, par exemple, soit seulement aux nerfs olfactifs eux-mêmes» si le lobule n'est séparé de l'encéphale que par un pédicule très-court. Ce sont les fosses nasales. Elles sont creusées à la base de l'apophyse orbitaire antérieure qui constitue ainsi le cartilage nasal. Dans les espèces à museau pointu, et parmi les Squales, il n'y a pas de meilleur exemple à choisir que le Lamna cornubica, la proéminence rostrale est formée par trois prolongements. Le moyen ou inférieur est une dépendance de ce qu'on pourrait nommer, dans cette capsule cartilagineuse, qui constitue le crâne, la région vomérienne. Les supérieurs proviennent des parties antérieures et latérales, c'est-à-dire de celles qui représentent la région ethnioïdo-frontale. Ces trois pièces cartilagineuses, chez le Lamna, par exemple, viennent se réunir à leur extré- mité antérieure, et constituent ainsi les trois arêtes d'une pyra- mide triangulaire, dont les faces sont formées par les parties molles. Les deux branches supérieures restent (luelquefois pa- rallèles, comme cela se voit, par exemple, chez le Pantoutlier {Zygœna tiburo), où elles viennent se fixer aux extrémités anté- rieures et latérales de la pièce médiane inférieure très-élargie en avant. Celle-ci appuie son bord antérieur sur un prolonge- ment du cartilage où est creusée la narine, lequel, en se réu- nissant à celui du côté opposé, constitue une bandelette carti- MOTILITÉ. squelette; MACHOIRES. 29 lagineuse courbe qui donne, au bord antérieur de la tète, la forme si caractéristique de cette espèce. Chez les Raies, les trois cartilages se portent plus ou moins en avant, selon la longueur du museau, qui est variable chez les différentes espèces. Distincts à leur origine, ils ne tardent pas à se rejoindre et à se confondre presque pour se terminer en une pointe plus ou moins aiguë. Relativement aux. Scies, je donne, en décrivant ces singuliers Plagiostomes, des détails sur le développement considérable de ces cartilages qui for- ment leur bec, et dont on voit une coupe sur TAtlas, pi. 7, fig. 7. Chez les Chimères, il y a également des cartilages du museau, mais avec cette différence notable, que le supérieur est unique et par conséquent médian. Il est plus fort que les deux infé- rieurs et attaché par sa base au-dessus des fosses nasales. Les inférieurs sont latéraux et ont chacun une double racine, comme on le voit sur la fig. 2 de la pi. V annexée au Mé- moire de J. Millier [Vergleich. Anat. Myxin., etc., Ost.), etc. Je dois rappeler, après ces indications sommaires sur ces car- tilages remarquables des Plagiostomes, que J. Millier, à la suite d'un examen des hypothèses émises sur leur signification réelle comme pièces du squelette, conclut qu'ils ne peuvent être com- parés qu'aux os du groin de certains Pachvdermes [lue. cit., chap. VII, p.228). Telle est la description générale du crâne des Plagiostomes; je la crois suffisante, ne pouvant pas entrer dans les détails que des indications plus spéciales exigeraient s'il fallait signa- ler toutes les différences qui se remarquent dans cette région, selon le genre ou même selon l'espèce qu'on étudie. A défaut de squelettes, on peut consulter les planches III-VIII, X et XII du Mémoire de M. Raph. Molin {Sull'schel. Sq. in Mém. Inst. Veneto, t. VIII). Elles donnent de bonnes représentations du crâne de diverses espèces. III. MACHOIRES. Les pièces du squelette qui sont en raj)port médiat avec les dents portent le nom de cartilages dentaires. Bien différents des os des mâchoires auxquels, chez les autres animaux, elles adhèrent, ces cartilages servent seulement de support aux té- guments dont elles sont une dépendance. 30 ORGAISISATION DES PLAGIOSTOMES. Rien de plus simple que Varc dentaire inférieur : il se com- pose de deux cartilages réunis sur la ligne médiane. Tantôt, comme dans les Raies, ils constituent une pièce presque trans- versale, dont la jonction disparaît complètement sous les dents qui la recouvrent. Tantôt, au contraii'C, comme chez les Squa- les, ils ont une forme plus ou moins parabolique, et sont munis ou privés de dents sur la ligne médiane, selon les genres ou môme selon les espèces. Cet arc dentaire est suspendu au crâne, de chaque côté, par un cartilage comparable, jusqu'à un certain point, à cette dépendance du temporal nommée os jugal chez les poissons osseux. On le désigne simplement par la dénomi- nation de smpensorium. Toujours unique chez les Squales, ce cartilage est, au contraire, quelquefois composé chez les Raies, suivant les groupes, de pièces placées bout à bout. Quant ;\ Varc dentaire supérieîir, résultant de la réunion de deux cartilages plus ou moins élargis, il ne peut être considéré que comme la simplification la plus absolue des pièces diverses (maxillaires, internmxillaires, palatins et ptérygoïdiens) qui, chez les animaux à squelette osseux, constituent la mâchoire supérieure. Je dois faire observer que chez les Torpilles proprement dites, il y a, de plus que chez les autres Plagiostomes, trois pe- tites pièces cartilagineuses séparées et distinctes qu'il n'est pas inadmissible de comparer aux ptérygoïdiens (i). Il résulte de la présence, chez \aNarcine brasit., de cartilages ptérygoïdiens et palatins bien distincts, et, en même temps, de ceux tout-à-fait antérieurs et dits labiaux, que les cartilages dentaires ne correspondent pas aux palatins eux-mêmes. Telle n'était cependant pas l'opinion de Cuvier [Leç. anat. comp., '2" édit., t. II, p. 667). Dans la description des arcades buccales de la Squatine, dont je donne une représentation (Atlas, pi. 6, fig. 4), il nomme, 1" palatins, les cartilages qui portent les dents sujjérieures {a) ; 2" intermaxillaires {b) et maxillaires (c), les deux cartilages antérieurs placés l'un au devant de l'autre et posés obliquement sur la face externe des cartilages dentaires, mais qui, dans le langage actuel, sont nommés labiaux supe- nVuns. Le troisième, ou labial inférieur [d] qui, par une de ses (I) Un fait qui paraît unique jusqu'à ce jour, a été constaté par M. Henle sur le squelette de la Narcine brasilieusis, où une autre paire de cartilages distincts semble pouvoir être assimilée aux palatins {i'eùcr .\arcinr, 1834, p. 10, pi. IV, flg. 2 et 3k, k). — Voyez, en outre, sur la même planche, fig. 5, t, i', i\ la représentation de cette chaîne cartilagineuse. MOTILITÉ. squelette; MACHOIRES. 31 extrémités s'articule avec le second labial supérieur ou maxil- laire proprement dit de Cuvier (c), et se fixe par son autre ex- trémité sur la face externe de la mâchoire inférieure (g), n'est, selon cet anatomiste, qu'une subdivision du maxillaire infé- rieur. Quant à la portion dentée elle n'est, d'après sa manière de voir, que la partie articulaire de la mâchoire inférieure. « Leurs palatins et leurs post-mandibulaires seuls armés de dents [R. an. 2*= édit., t. II, p. 383, Sélaciens) leur tiennent lieu de mâchoires, et les os ordinaires des mâchoires n'existent qu'en vestiges. » Kuhl [Beitr.zur Zool. und vergkich. Aiiat., 1820, l''' partie, p. 184, tab. VIII, fig. 1), en représentant la tète de la Squa- tine, admet les mêmes dénominations que Cuvier, pour les carti- lages labiaux supérieurs, qui sont également pour lui les maxil- laires et inter-maxillaires. Quant au labial inférieur, il le con- sidère, non comme une partie de la mâchoire inférieure, mais comme une pièce accessoire. J. Mûller surtout {Vcrgicich. Anat. mijxin.; Ost., etc., Mém. de Berlin, 1834, p. 208 et 221) a com- battu celte interprétation, et l'on doit admettre, en effet, que les cartilages dentaires sont les analogues : 1° les supérieurs (a), des vrais maxillaires et des intermaxillaires confondus; 2° les inférieurs (e), des portions articulaire et dentaire également confondues des branches du sous-maxillaire. Enfin, les pré- tendus cartilages intermaxillaires [b] ei maxillaires (c) dont la présence n'est pas constante ou manque chez certaines es- pèces, presque complètement, sont, comme je l'ai dit, les carti- lages labiaux supérieurs. L'inférieur consiste en cette pièce cartilagineuse [d] assimilée par Cuvier à une portion du sous- maxillaire. Notons enfin que les cartilages a cl e portent des dents sur presque toute leur longueur. IVy a^tout-à-fait lieu d'admettre ces homologies, car si l'on adoptait belles de Cuvier, il faudrait supposer, comme M. Rich. Owen le fait observer avec raison [Odontogr., t. I, p. 25) que, contrairement à ce qui a lieu chez tous les autres vertébrés, la portion post-mandibulaire ou articulaire est dentée. De plus, chez le Cestracion où les cartilages labiaux ont dis- paru, et que M. Owen a pris aussi comme exemple à opposer à l'opinion de Cuvier, je constate que sur le maxillaire inférieur, qui ressemble beaucoup par sa forme à celui des vertébrés os- seux, on peut parfaitement distinguer une portion dentaire al- longée et une autre postérieure, l'articulaire, privée de dents, réunie à la précédente sous un angle très-prononcé. 32 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Quant aux deuls, clh's sont robjct d'une ôtudi; spéciale dans le chapitre relatif à la fonction de la digestion ; je n'ai donc point à en parler ici. IV. NAGEOIRES. I. NAGEOIRES PAIRES. A. Nageoires paires antérieures, pectorales ou pleuropes. Leur disposition est fort simple. Elle fournit même un caractère distinctif essentiel : contrairement, en effet, à ce qui a lieu chez les poissons osseux. Tare scapulaire est détaché de la tète. Celui des Raies qui a besoin d'un point d'appui solide, en raison de l'énorme développement de leurs nageoires pectora- les, s'attache à la colonne vertébrale, et forme ainsi un anneau ou une ceinture; mais, dans les Squales, cet arc est ouvert à sa partie supérieure. Squales. — Si nous étudions d'abord l'arc scapulaire chez ceux-ci, nous y trouvons : i" une portion comco«/e beaucoup plus considéraiile que la suivante, et qui s'élargit plus ou moins au-dessous de la région du cœur, pour se réunir à celle du côté opposé, de manière à constituer, par leur ensemble, un support protecteur de cet organe; 2" une portion scapulaire ou omoplate bien moins étendue ; unie à la portion coracoïde par un ligament, elle se projette en dehors, en arrière et en haut, et ne vient se mettre en contact ni avec celle de l'autre côté, ni avec la colonne vertébrale. La portion coracoïde porte en arrière une proéminence que, par analogie avec ce qui se voit chez les poissons osseux, on est en droit de considérer comme représentant le radius et le cubitus soudés l'un à l'autre. Cette proéminence supporte trois pièces unies entre elles, mais dont les limites restent généralement bien distinctes : ce sont les analogues des os du carpe (1). Le (l) Telle est la tliHormination adoptée par Cuvier (Hist. nat. des Poiss., t. I, p. 372), lorsq\i'il paile des os qui, cliez les poissons osseux, soutien- nent les rayons de la nageoire. Je la considère comme la plus exacte. Elle est acceptée par M. Ricli. Owen {Lecf. of comp. cnat. Fishes, t. II, p. 128). On doitcependant noter que Cuvicr {Leçons d'à iialumie comparée, 2' édit., t. I, p. 161) dit, en parlant de ces mêmes os, à l'occasion des poissons os- seux : « Les os du carpe, ou mieux du métacar[)e (car l'exemple des oi- seaux nous montre que le carpe et le tarse disparaissent avant le méta- carpe et le métatarse)... » C'est encore aux métacarpiens qu'il compare plus loin (p. 465) les pièces du squelette dont il s'agit ici. MOTILITÉ. squelette; NAGEOIRES. 33 plus volumineux est le médian. Ces cartilages en supportent d'autres ayant la forme de rayons et disposés en trois rangées successives d'inégale longueur. Ce sont, jusqu'à un certain point, les analogues du métacarpe et des doigts. Chacun des rayons de la rangée la plus externe se termine par trois ou quatre autres extrêmement tins, plus semblables à de la corne qu'à du cartilage; ils paraissent se perdre dans l'épaisseur des téguments de la nageoire. En continuant à chercher les analogies entre les membres antérieurs des Squales et ceux des animaux plus élevés, on pourrait peut-être, ainsi que le proposent Meckel [Tr. d'Anat. comp., trad. franc., t. II, p. 376) et M. Rich. Owcn [Lect., etc., t. II, p. 128), considérer ces prolongements d'aspect corné comme rappelant les ongles. Raies. — La structure de leurs pleuropes offre certaines dif- férences. Ainsi, la portion scapulaire prend une plus grande importance, en raison de son union, au moyen d'un cartilage sus-scapulaire., avec la colonne vertébrale, d'où résulte, ainsi que je l'ai dit plus haut, la formation d'une ceinture scapulaire complète. (Atlas, pi. 1, tig. 9, m.) Cette pièce supplémentaire qui manque chez les Rhinobates, dont le cartilage scapulaire se prolonge davantage, est distincte dans les Raies, où elle représente un quadrilatère plus long que large. Par son côté interne, elle s'appuie sur le rachis, ainsi que sur la pièce correspondante de l'autre moitié de la ceinture, et l'adhérence est consolidée par du tissu fibreux. En dehors, un ligament rattache ce cartilage au scapulaire. Je dois faire observer que si l'ossification est complète, comme il arrive souvent, on ne peut plus distinguer l'un de l'autre les cartilages scapulaire et sus-scapulaire. Ils forment ensemble une seule pièce transversale plus large au milieu qu'elle ne l'est à ses extrémités, et tout-à-fait confondue sur la ligne médiane avec le bord supérieur de la crête qui surmonte, dans toute son étendue, la portion indivise de la colonne verté- brale. A la région inférieure, les deux cartilages coracoïdes, le droit et le gauche, forment, en se confondant, une pièce ou barre transversale résistante. Les cartilages scapulaire et coracoïde s'élargissant et se di- rigeant de dedans en dehors, le premier de haut en bas et le second de bas en haut, se divisent bientôt chacun en trois bran- ches qui s'articulent entre elles par leurs extrémités. La sou- Poissons. Tome 1. 3 34 ORGANISAÏIOM DES PLAGIOSTOMES. dure complète de ces six branches externes et terminales cons- titue, en quelque sorte, le sommet d'une voûte latérale, dont les deux piliers, Tun supérieur et l'autre inférieur, trouvent, comme on le comprend par les détails qui précèdent, un point d'appui solide contre les piliers correspondants du côté opposé, puisqu'il y a jonction mutuelle de ces piliers au niveau de la ligne médiane. C'est avec le sommet de cette voûte que s'articulent les trois cartilages qui, je l'ai déjà dit en parlant des Squales, peuvent être considérés comme les analogues des os du carpe (Atlas, pi. 1, fig. 9). Ils sont ici beaucoup plus étendus en raison des grandes dimensions des nageoires dont ils supportent les nom- breux rayons. Celui du milieu [n] est le moins considérable; mais le postérieur, composé de deux pièces qui se suivent (o, p), et l'antérieur de trois pièces [q, r, s) également placées bout à bout (1), décrivent chacun une courbe à concavité interne, et se portent l'un en arrière et l'autre en avant. L'antérieur se dirige vers le cartilage médian de la tête ou cartilage rostral, dont il est séparé par un ou plusieurs carti- lages. La disposition de ces pièces, qui varie suivant les genres, amène des différences caractéristiques dans la forme du bord antérieur delà tête. Voyez, au reste, ce que je dis plus loin de la nageoire du crâne. Quant aux rayons eux-mêmes, ils sont en quantité beaucoup plus considérable que chez les Squales. Il y en a davantage dans chaque rangée, et les rangées elles-mêmes sont très-mul- tipliées, car ce n'est plus de trois seulement que chaque na- geoire se compose, mais de vingt et au-delà. Ces rayons sont fort courts, puisque dans la nageoire d'une Raie ronce^ qui mesure en travers 0'".23 depuis son angle externe jusqu'au point opposé, là où ils commencent la plupart, ils ont 0"'.013, si ce n'est ceux des rangées les plus externes qui se raccourcissent de plus en plus à mesure qu'ils s'approchent davantage du bord lilDre. Ces petites tiges cartilagineuses portent à leurs extrémités un renflement par lequel elles s'articulent bout à bout, de manière à former de longues tiges noueuses comme des joncs, et ré- gulièrement espacées. Les plus longues sont celles du milieu (1) Outre les trois cartilages principaux articulés avec la ceinture sca- pulairc, il y en a donc trois antres, ce qui porterait à six le nombre des pièces conespondanles au carpe. MOTILITÉ. squelette; iNAGEOlKES. 35 que porte le cartilage médian du carpe ; mais les antérieures d'une part, et les postérieures de l'autre, présentent une diminution graduelle d'où résulte la forme arrondie ou anguleuse de l'aile. Dès la troisième rangée, quelques rayons, ceux qui en occu- pent les extrémités, se bifurquent à leur bout externe et présen- tent ainsi une double articulation pour les rayons correspon- dants de la quatrième rangée, qui sont dédoublés dans le sens de la longueur sur toute leur étendue, et s'articulent, à la rangée suivante, uniquement avec des rayons soumis au môme dédou- blement. De plus, sur cette quatrième rangée, et en dedans de ces rayons dédoublés, c'est-à-dire plus près de l'axe transversal de la nageoire, quelques autres se bifurquent à leur tour et s'unissent à des rayons complètement dédoublés de la cinquième rangée. Cette cinquième rangée, par conséquent, en contient un plus grand nombre que la quatrième, mais moins que la sixième et que chacune des suivantes, la même disposition se présentant avec une assez grande régularité. Il résulte de là que les dernières rangées ne sont plus formées que de rayons dé- doublés beaucoup plus rapprochés entre eux que ne le sont les longues tiges les unes par rapport aux autres (1). Ces rayons sont recouverts, en dessus comme en dessous, par les muscles qui s'y insèrent. J'ai dit, en parlant du crâne (p. 27 et 28), comment l'apophyse orbitaire antérieure, qui peut être considérée comme un cartilage nasal, puisque la fosse olfactive est creusée à sa base, se porte en dehors et vient se mettre en contact avec la nageoire pecto- rale par l'intermédiaire d'un cartilage particulier, dont la forme n'est pas la même chez les différentes espèces. Cette pièce, spéciale aux poissons du groupe des Raies, a reçu le nom de cartilage de \r nageoire du crâne. C'est par suite de la présence de cette paire de cartilages, que la peau des nageoires pecto- rales se continue, sans interruption, jusqu'à la tète. (1) Le petit tableau suivant fait aisément comprendre cet arrangement. Il indique la disposition des rayons à l'extrémité de la moitié postérieure d'une nageoire pectorale chez une Raie ronce. On compte les rangées de de- dans en dehors. Rangées. Rayons dédoublés. Rayons bifurques. Rayons simples. 3» " 10 31 4» 10 5 26 5» 15 3 23 6» 18 5 18 7e 23 4 li et ainsi de suite, les rayons simples Unissant par disparaître. 36 ORGANISATION DES PI.AGIOSTOMES. Chez les Torpilles, on trouve ces cartilages bien distincts, un de chaque côté, représentés par M. Henle {Ueber Narcine, t. IV, fig. 5, E, Torp. marmorata). Ils s'articulent par leur bout interne avec le cartilage nasal, puis se dirigent en dehors et un peu en arrière, pour aller rejoindre Textrémité antérieure des nageoires pectorales. De cette disposition et de la brièveté des cartilages antérieurs de la tète, résulte la forme toute spéciale du disque. Chez la Narcine brasiliensis, où les cartilages de la nageoire du crâne ont une forme toute particulière, M. Henle a constaté la présence, i\ droite comme à gauche, entre ces der- niers et la région antérieure de la tête, de deux petits cartilages supplémentaires logés dans l'épaisseur de la peau, l'interne beaucoup plus volumineux que l'externe, et situés l'un à côté de l'autre (t. IV, fig. 1, E,F,G, p. 5). Chez les Myliobates, il y a une véritable nageoire de la tête dont les rayons ne s'appuient que sur l'extrémité de la racine des pectorales. C'est elle qui forme la saillie remarquable que portent ces poissons à la région antérieure de la tête. J. Mill- ier l'a bien fait connaître le premier [Verghich. Anal. Myxin., etc., Ost., etc., p. 237-239, pi. IX, fig. 12, 13A, 13B). Les nageoires céphaliquessont tout-à-fait remarquables dans les Cephaloptères , où elles forment les prolongements en oreilles. En définitive, comme J. Mùller l'a bien établi [loc. cit.), con- trairement à l'opinion de Cuvier, les cartilages des nageoires de la tête, chez les Raies, ne sont pas les analogues des carti- lages labiaux des Squales, car ils se voient, en même temps que ces derniers, dans la Narcine brasiliensis. B. Les catopes ou nageoires paires postérieures, qui peuvent conserver, chez tous les Plagiostomes, le nom de ventrales, en raison de leur position reculée, mériteraient cependant bien mieux celui d'anales, puisqu'elles entourent le cloaque (1). Elles sont bien développées, particulièrement chez les mâles, où se voient les appendices copulateurs dont je n'ai point à m'occuper en ce moment. La ce/nfM/ï7;<'/t'/t'»»<', à laquelle cesnageoires sont suspendues, (1) Ce serait encore ici le cas d'insister sur les avantages que présente- rait l'adoption, pour ces nageoires paires inférieures, du nom plus explicite de catopes, ou pieds en dessous, et de celui de plcuroi)CS, ou pieds luiéraiix, pour les pectorales. De plus, ou désignant par ladénomination cVhypoptère la médiane inCérieuro, on éviteiait do se servir du m(it «««/e pour une na- geoire qui n'a plus de rapports avec l'anus chez les Plagiostomes, MOTILITÉ. squelette; NAGEOIRES. 37 est moins complèto chez les Squales et môme chez les Raies que la ceinture scapulaire. Comme cette dernière, elle est constituée en dessous par une barre transversale en forme de quadrilatère al- longé, composée d'abord de deux pièces latérales réunies sur la ligne médiane par une symphyse dont la trace même finit par dis- paraître. On serait tenté, ainsi que l'ont fait différents anatomistes, de les comparer aux pubis ; il semble cependant plus juste d'y voir les analogues des ischions et de considérer comme repré- sentant \es pubis, deux apophyses qui partent chacune du bord antérieur et aux extrémités de cette barre transversale. Derrière ces apophyses, sur le bord postérieur de cette même pièce, naît, de chaque côté, un autre prolongement cartilagineux qui, se dirigeant en haut et en dedans, est réuni par des ligaments à la colonne vertébrale; c'est bien là, en réalité, une sorte d'iléon qui sert à l'union peu solide du bassin au rachis. Tout à fait en dehors, entre les apophyses pubienne et iliaque, la pièce ischiatique présente, à chacune de ses extrémités, un condyle sur lequel s'articule, par une cavité de même diamètre, «un os long qui a, dit Cuvier [Leç., 2''édit., 1. 1, p. 573), laforme générale d'un fémur (1), et qui se dirige en arrière. » Cet os sup- porte quelquefois deux ou trois rayons de la nageoire. D'autres, au nombre de quinze à vingt, sont fixés au bord externe d'un se- cond os plus long que le précédent et qui ressemble un peu, selon la remarque de Cuvier [Id.], à un tibia. Il s'articule éga- lement avec la barre transversale ; il précède deux cartilages beaucoup plus courts, placés l'un à la suite de l'autre, et qu'on pourrait, en suivant la même comparaison avec le membre pos- térieur, \\omvi\QiV cartilages tarsiens. Ils servent d'appui aux cinq ou six derniers rayons. Les rayons se portent de dedans en dehors, ainsi que d'avant en arrière, et d'autant plus obliquement qu'ils occupent une situation plus reculée. Beaucoup moins nombreux que dans les nageoires pectorales, ils sont formés, dans leur moitié interne, par une longue tige, et, dans leur autre moitié, par quatre ou cinq tiges articulées bout à bout entre elles et avec la longue portion. Il n'y a point dans ces nageoires, chez les Raies, les bifurca- tions et les dédoublements que j'ai signalés en décrivant leurs pleuropes. Les rangées, chez les Squales, sont au nombre de (1) La dureté et la force de résistance de ces cartilages, imprégnés d'une quantité assez considérable de matière calcaire, justifient remploi^ quand on veut les désigner, du mot os, qui pourrait être également bien appliqué à la barre transversale des ceintures pelvienne et scapulaire. 38 ORGANISATION DES Pl.AGlOSTOMES. deux ou de ti'ois au plus. La dernière supporte, comme aux pleuropes, de petites tiges cornées très-fines. II. NAGEOIRES IMPAIRES. Ces nageoires, et je ne parle en ce moment que des dorsales ou épiptères, et de Y anale ou hypopîère, ne 'sont pas unies au squelette comme chez les poissons osseux. Il n'y a point ici les rayons ou os interépineux qui, simulant en quelque sorte des apophyses épineuses accessoires, pénètrent par une de leurs extrémités entre les véritables apophyses de ce nom, et sup- portent chacune par leur extrémité opposée Fun des rayons de la nageoire. A. Si nous étudions d'abord ces organes du mouvement chez les Squales, où ils sont beaucoup plus développés que chez les Raies, voici comment ils sont unis d'une façon médiate ;i la co- lonne vertébrale. Le plus habituellement, une membrane fibreuse, partant de la ligne médiane, est étendue jusqu'à la base des nageoires dorsales et anale, et supporte la première série des rayons dont elles se composent. C'est donc à l'aide de ce tissu fibreux qu'elles sont attachées à l'épine dorsale, mais sans contracter avec elle d'adhérence intime. Les rayons forment trois séries horizontales superposées. Leur nombre, toujours très-supérieur à celui des vertèbres aux- quelles ils correspondent, varie suivant la longueur des na- geoires. Leur hauteur n'est pas semblable dans toute l'étendue d'une même série, et sous ce rapport, elles sont toutes les trois dissemblables entre elles. Chez d'autres Squales à épiptères munies de rayons épineux dont je parle plus loin (p. 44), chez VAcanthias vulgaris en particulier, ces petites tiges cartilagineuses sont remplacées par des lames de même substance, ou par une grande pièce sur- montée de cartilages plus petits, de forme quadrilatérale. Dans la Sqiiatine vulgaire, qui manque également de nageoire anale, la base des épiptères est formée par des prolongements ana- logues à ceux qui précèdent ces nageoires, et qui, comme je l'ai déjà dit (p. 19), constituent en quelque sorte des apophyses épineuses ; mais ceux des nageoires sont plus larges et moins hauts que ces derniers. Leur extrémité supérieure supporte les petites plaques cartilagineuses disposées sur trois rangs, et te- nant lieu des rayons grêles qui constituent la charpente de ces MOTILITÉ. squelette; NAGEOIRES. 39 mêmes nageoires dans les autres Squales. Chez la Squatine, chez VAcanthias et autres Spinaciens, il y a, entre la colonne vertébrale et les nageoires, une union plus parfaite que dans les Squales ordinaires. Chez ceux-ci, en effet, leurs rayons sont maintenus contre le rachis uniquement par du tissu fibreux, tandis que les grandes pièces cartilagineuses qui viennent d'être décrites se fixent parleur base à la colonne vertébrale. La nageoire caudale ou uroptère est formée par une seule série de rayons en dessus comme en dessous de la colonne verté- brale. Ceux du lobe inférieur, égaux en nombre aux vertèbres, sont comme les apophyses épineuses des arcs inférieurs, ainsi que je Tai dit plus haut (p. 20). Dans Tautre lobe, ce sont des cartilages indépendants de Taxe central du squelette, et qu'on peut d'autant moins considé- rer comme des apophyses épineuses supérieures, que, le plus habituellement, leur nombre ne correspond pas à celui des ver- tèbres. Ces rayons, tant les inférieurs que les supérieurs, présentent entre eux, suivant les genres et même aussi suivant les espèces, des différences dont il est important de tenir compte pour les déterminations zoologiques. Ce qui frappe tout d'abord dans l'apparence générale de l'u- roptère des Plagiostomes, c'est que, comme celle des Chimères, des Sturioniens et de tous les poissons antérieurs à l'époque jurassique, elle est irrégulière. En d'autres termes, elle n'est point formée de deux moitiés parfaitement semblables, com- posées chacune au-dessus, comme au-dessous de la ligne mé- diane, d'un nombre égal de rayons offrant entre eux, quand ils occupent la môme position soit en haut, soit en bas, une si- militude parfaite de longueur et de volume. Il n'y a donc pas chez eux, à l'état adulte du moins, Vhomo- cercie longtemps considérée comme un caractère absolu des poissons osseux, mais à tort, ainsi que M. Huxley, dont je fais connaître plus loin les recherches, l'a démontré. L'irrégularité de la nageoire caudale a été nommée par opposition hétérocercie. Elle résulte du changement de direction de la portion postérieure du rachis, dont les dernières pièces diminuent de plus en plus de volume. Cette région terminale ainsi déviée et de longueur variable suivant les genres, décrit une courbe plus ou moins fermée, dont la concavité, dirigée en bas, supporte le plus grand nombre des rayons de la nageoire caudale. M. Vogt [Embryologie des Salmones, in Hist. des poiss. d'eau douce de 40 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. M. Agassiz,1842,p. 257) et ce dernier [Récit, sur les poiss. fossi- les, 1833-43, 1. 1, p. 102) ont été trop loin en considérant le bord supérieur de la colonne vertébrale, comme ne portant aucun des rayons de celte nageoire. Il est positif, selon la remarque de MûUer, que chez quelques Plagiostomes, et je citerai en particulier la Squatine comme étant à peu près homocerque, on voit des rayons s'insérer sur le bord convexe de Tare formé par le bout postérieur de l'épine dorsale. Le plus souvent, cependant, il n'y en a qu'à son extré- mité la plus reculée et en petit nombre; il est alors surmonté, dans presque toute son étendue , par un simple repli cutané mou et sans rayons, ne représentant donc pas une véritable nageoire. Celle-ci surtout, en réalité, est constituée par les rayons inférieurs et par la portion des téguments qui les re- couvre. Presque nulle chez les Raies, et médiocrement haute chez les Roussettes, oîi elle est assez allongée, mais sans lobe inférieur bien manifeste, l'uroptère offre les dimensions les plus considérables dans les Requins proprement dits. Là, par suite de la longueur des premiers rayons, il se forme, vers l'ori- gine de la nageoire, un prolongement qui, se portant en bas et un peu en arrière, devient le lobe inférieur et antérieur. II a, chez certaines espèces, une hauteur presque égale à l'étendue de la portion horizontale de la nageoire ; quelquefois même il la dépasse. Souvent, le lobe longitudinal présente une ou plusieurs échancrures. Je me borne ici à des indications très- sommaires, mais dans l'histoire de chaque genre, l'uroptère devra être décrite avec soin, en raison des caractères distinctifs qu'elle fournit. Dans ce moment, il importe surtout de cons- tater que, par sa forme, la nageoire caudale est fort différente de celle des poissons osseux de l'époque actuelle. Cependant, ces dissemblances très-manifestes ne sont pas si absolues qu'on est porté à le supposer quand on se borne à l'examen de cette portion du squelette chez les animaux adultes. Ainsi, dans l'embryon des Cyprins qu'il a soumis à son observation, M. de Baër, dont les travaux ont si bien fait connaître le mode de formation et la marche du développement des organes, a noté une déviation delapoi'lion terminale de la corde dorsale tout-à-fait comparable au changement de direc- tion du rachis qui vient de nous occuper; c'est-à-dire qu'au 5" jour de l'éclosion, il a vu l'extrémité terminale s'infléchir en haut, ce qui, dit-il, rappelle la disposition permanente chez MOTILITÉ. squelette; NAGEOIRES. 41 les cartilagineux [Untersiich. EntwickehDigsgcadi, Fische, etc., 4833, p. 86). La môme courbure de l'extrémité de la corde dor- sale a été observée par M. Vogt dans Fembryon de la Palée [Coregonuspalœa), quelques jours avant Téclosion, et en six se- maines à peu près, elle atteint sa plus grande hauteur [Embr. des Salmones, p. 256). Ce fait a été bien étudié également par Heckcl [Ueber das Wirbelsaiilen Ende bei Ganoiden iind Teleostiern in Sitzungs- berichte dermath. naturwiss. Classe Akad. Wissensch., Wien, 1850, p. 143-148). S'attachant à Texamen du mode de termi- naison de la corde dorsale, non-seulement chez les poissons os- seux de notre époque, mais chez ceux des terrains anciens, il a vu l'extrémité de cette corde se dévier. De plus, il a constaté que, parfois, elle reste nue et n'est pas protégée par du tissu osseux, dont l'absence est prouvée dans les fossiles par l'es- pace vide qu'a laissé entre les pièces solides la destruction du tissu qui, pendant la vie, n'était que cartilagineux. Ce défaut d'enveloppe osseuse du bout de la notochorde, se remarque aussi dans le petit nombre d'espèces de la faune ac- tuelle qu'on peut rapporter à l'ordre des Ganoïdes. Chez d'autres, au contraire, des pièces latérales, disposées en forme de toit, protègent cette portion terminale qui, pas plus que chez les précédents, n'est ossifiée. Les Salmonoïdes offrent cette disposition, et, par ce motif, Heckel a proposé pour les espèces oîi elle se remarque, la dénomination de Ste~ guri. Ou bien, enfin, cette extrémité est enveloppée dans la cavité de la moitié antérieure du corps de la dernière vertèbre. Sans exposer d'une façon plus complète ce travail de Heckel, je m'arrête seulement à ce fait, que l'hétérocercie n'est pas une exception, car, même chez les poissons homocerques, les rayons de l'uroptère ne sont pas disposés en deux portions égales, l'une supérieure et l'autre inférieure, à la région ex- trême de la colonne vertébrale. Cela est si vrai que, à la suite d'une description du mode de terminaison de la notochorde, où la division des poissons en trois groupes d'après ce carac- tère, est proposée, comme dans le travail de Heckel, M. Stan- nius conclut [Zootomie der Fiscfie, p. 29 et 30, in 2" édit. de Lehrbuch der vergleich. Anat.) en disant : « Beaucoup de pois- sons qui passent pour homocerques, montrent des traces évi- dentes de leur hétérocercie primitive.» Ainsi, quoique déguisée, cette disposition irrégulière persiste cependant. Chez les Sal- 42 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES, monoïdes, surtout, le fait est évident, et également chez les Epi- noches, comme Tout montré les recherches de M. Huxley, surde très-jeunes embryons et sur des animaux adultes [Quarteiiy jour- nal ofmicroscop science, 1859, t. VII, p. 33-44). La planche (III) qui accompagne son Mémoire représente quatre phases du dé- veloppement de la nageoire caudale de TEpinoche, jusqu'à rétat parfait. Il conclut d'une façon très-nette, en faisant ob- server que c'est un poisson excessivement hétcrocerque, tous les rayons principaux de la nageoire étant développés au-des- sous de la colonne vertébrale. Il l'est autant qu'un Esturgeon et plus, parmi les Plagiostomes, qu'une Roussette ou qu'une Squa- tine. En outre, celte étude le démontre, ce poisson acanthop- térygien offre, sous ce rapport, une structure semblable à celle du Saumon, c'est-à-dire d'un Malacoptérygien. Il y a cependant une différence : dans l'Epinoche adulte, la no- tochorde est entourée par une paroi ossifiée dans toute son étendue, et chez le Saumon, au contraire, elle reste toujours sans enveloppe osseuse, c'est-à-dire dans le même état que chez l'Epinoche non encore arrivé à toute sa croissance. En résumé, les recherches de M. Huxley sur ce sujet, con- firmées en partie et étendues par M. Koelliker, dans le travail que j'ai cité plus haut (p. 9), en parlant de l'extrémité termi- nale du rachis, amènent l'anatomiste anglais à cette conclu- sion : Dans l'hétérocercie des poissons osseux, il y a deux va- riétés de structure bien marquées. Dans l'une, à laquelle appartiennent les poissons qui pourraient être dits à queue gymnochorde, l'extrémité de la corde dorsale n'est pas protégée par une paroi ossifiée. Dans l'autre variété, rentrent ceux aux- quels conviendrait le nom de poissons à queue stegauoclwrde, à cause de l'enveloppe osseuse ou urostyle, qui protège la por- tion terminale de la notochorde, et qu'il considère comme re- présentant les corps de deux vertèbres. A quelque variété qu'ils appartiennent, les poissons osseux, en définitive, sont toujours hétérocerques, d'après les observa- tions de M. Huxley. Or, une contre-partie de cette proposition, et bien inatten- due, a été récemment donnée par M. Van Beneden [Bull. Acad. Bruxelles, t. XI, et Aini. se. nat., 4* série, 1861, t. XV, p. 124- 128). Cet habile naturaliste a constaté que chez le Spinax acan- tliias : « à l'époque où les nageoires du dos commencent à surgir, la corde dorsale se termine en arrière par un léger ren- flement de la plus ])arfaite symétrie. » Il n'y a pas trace d'hé- MOTILITÉ. squelette; NAGEOIRES. 43 térocercie. Ce fait jette un jour nouveau sur le peu d'impor- tance de la distinction à établir entre les poissons, selon la structure de la queue (1). Il est maintenant à peine utile de rappeler que la plus grande différence se manifeste, à Tûge adulte, dans la caudale des poissons cartilagineux et des Ganoïdes d'une part, et celle des poissons osseux de l'autre. Chez ceux-ci, le développement des cartilages de la na- geoire et l'arrangement régulier des rayons qu'ils supportent, amènent cette symétrie, que ne présente jamais la queue à lobes inégaux des autres poissons. B. Les Raies ont les nageoires impaires beaucoup moins dé- veloppées qu'elles ne le sont chez les Squales. Les dorsales des Rhinobates (véritables Rajides squaliformes), plus ou moins reculées sur la queue, ont déjà des dimensions moin- dres, et celles des Raies proprement dites, situées encore plus en arrière, sont réduites, dans certaines espèces, à un simple pli cutané ou môme manquent tout-à-fait. Leur caudale est également sans importance. On remarque néanmoins, dans la structure de ces nageoires comparées à celles des Squales, des différences assez notables pour qu'il soit nécessaire de les si- gnaler. Ainsi, sur la Raie bondée [Raja clavata){\jLXS, pi. i, fig.lO), voici quelle est la structure de la seconde épiptère semblable à la première, mais moins longue et moins élevée. Elle se com- pose de douze ou treize rayons appuyés, par leur extrémité infé- rieure, sur un support composé de six ou sept pièces cartilagi- neuses de longueur variable et articulées bout à bout. Les deux ou trois premières suivent une direction parallèle à celle de la colonne vertébrale, dont elles sont très-rapprochées, étant maintenues dans cette situation par du tissu fibreux. Leur bord supérieur supporte quatre rayons qui vont en augmen- (1) M. Van-Beneden se sert de ce fait comme argument contre l'hypothèse de M. Agassiz et de M. Vogt, que les poissons des terrains antérieurs à la période jurassique, et caractérisés par leur hétérocercie, représentent des états embryonnaires dont l'évolution aurait été achevée dans des couches plus récentes. Si, à cette forte objection tirée du fait que l'irrégularité des lobes de la caudale est un état non primitif, mais qui succède à une ho- mocercie momentanée, on ajoute que l'hétérocercie, comme je viens de l'in- diquer, est la disposition normale, surtout dans les premiers temps de la vie fœtale, des poissons osseux, on doit reconnaître, avec M. Van-Beneden, combien il est difficile de considérer les poissons des diverses périodes géologiques comme représentant les degrés successifs d'une organogénie permanente. 44 ORGA?«ISATION DES PLAGIOSTOMES. tant (le liauteui' à partir du pi-cmici'. A la siiilft do ces trois petits cartilages vient le quatrième, plus allongé, uni au pré- céd(Mit par son extrémité antérieure; sa direction n'est ])lus lout-à-fait la même : il s'écarte un peu de la colonne ver- tébrale en se portant en arrière et en haut; son bord supé- rieur est articulé avec trois rayons ou avec deux seulement, si le sixième, par exception, naît du cinquième qui, alors, est comme bifurqué. Le cinquième cartilage, de dimensions à peu près égales à celles du quatrième, lui fait suite et présente plus manifestement une direction oblique d'avant en arrière et de bas en haut; un seul rayon, le huitième, part de son bord supé- rieur. Il s'articule, en arrière, avec le sixième cartilage, deux fois aussi long, plus oblique, et surmonté de trois rayons de hauteur décroissante. Enlin le septième de ces cartilages de support à peine égal au tiers du sixième, lui succède en s'écar- tant encore davantage de la colonne vertébrale; il se termine par deux petites tiges qui complètent les treize rayons de la na- geoire. Une lame membraneuse, en forme de triangle à som- met antérieur, faisant partie de la nageoire, occupe l'écarte- ment laissé libre entre le bord supérieur de la queue, et cette longue pièce cartilagineuse à six articles qui sert de point d'appui aux rayons. Chacun de ceux-ci, à son extrémité libre, en supporte un certain nombre d'autres d'apparence cornée, d'une linesse ex- trême, dont la fig. 10 de la pi. 1 (Atlas), que je viens de citer, donne une très-bonne représentation. On ne saurait mieux les comparer qu'à des crins coniques, à extrémité terminale très- ténue; ils se prolongent dans l'épaisseur même de la peau jus- que vers le bord libre de la nageoire. C'est une structure tout- à-fait analogue à celle qui se l'emarque dans les nageoii'es paires antérieures, où, par suite de la comparaison faite pour les pleu- ropes entre leurs cartilages et les parties constituantes de la main, on a pu assimiler ces appendices aux ongles, ainsi que je l'ai dit (p. 33). Quelques Plagiostomes ont les nageoires impaires munies d'aiguillojis plus ou moins comprimés et parfois dentelés en arrière. Tels sont, parmi les Squales : 1" les genres compris dans la famille des Spinaciens lAcanthias, Spinax, Centrmc, CentropJwre et Ccntruscijlh'); 2" le genre Cestracionte, dont l'u- nique espèce de notre faune actuelle (C. Philippi) est, en raison des anomalies singulières de son système dentaire, le type d'une famille spéciale qui paraît avoir vécu en abondance dans les MOTiLiTi':. sqlelktte; >'ageoires. 45 mers auxquelles ont succédé les terrains houillers et le trias. A ces poissons, il convient d'ajouter les Chimères munies d'une épine à la première dorsale seulement (1). Le rang de ces poissons a été souvent discuté, mais on ne peut guère se refuser à reconnaître, à l'exemple de M. Agassiz et de J. Millier, leurs analogies remarquables avec les Squales. Enfin, parmi les Raies, les Pastmagues, les Myliobatcs et les Céphaloptères ont la queue armée d'un ou de plusieurs aiguil- lons de dimensions variables, plus ou moins déprimés et sou- vent dentelés sur les bords latéraux. Chez les Spinaciens, comme je l'ai dit plus haut (p. 38), les rayons des épiptères sont très-larges et se présentent sous l'ap- parence de lames cartilagineuses. C'est entre le bord antérieur de l'une de ces lames et le bord postérieur de celle qui précède que l'aiguillon est placé. La portion qui dépasse l'extrémité su- périeure des lames, et dont la longueur diffère suivant leur hauteur, reste engagée dans l'épaisseur des téguments. Sa pointe seule est libre dans une étendue variable selon les genres; ainsi, chez l'Humantin (CiOo;, pierre), comme les ont nommés Buckland et de la Bêcho, sont, avec les dents et quelques portions de chagrin, les seules pièces que la fossilisation ait conservées. Il est donc aisé de concevoir toute l'importance qu'on a dû attacher à leur étude, surtout à cause des dissemblances si frappantes que leurs débris plus ou moins entiers présentent entre eux. Aussi, M. Agassiz, dans le t. III de ses savantes Recherches sur les Poissons fossiles, a-t-il consacré 71 pages à la description de ces Ichthyodorulithes, dont les caractères lui ont permis d'établir dix-sept genres. Plu- sieurs, il est vrai, lui étaient également connus })ar des dents ou par quelques fragments du squelette, mais cependant la dé- termination du plus grand nombre et celle des diverses espèces qu'ils renferment n'ont eu pour base que les différences consta- tées sur ces armes des nageoires dorsales. (1) Il est bien vrai, comme le dit M. Agassiz, qu'on ne peut point con- fondre les épines des poissons osseux et celles des cartilagineux, en raison delà ditrérence de forme de l'extrémité inférieure. Je dois faire observer cependant que, chez VAcanthias vulgaire, Faiguilion, légèrement convexe à sa base, est reçu dans un petit enfoncement que présente le sommet des arcs supérieurs ou neurapophyses, et cette sorte d'articulation, très-im- parfaita à la vérité, est consolidée par du tissu fibreux. MOTILITÉ. squelette; STRUCTURE. 47 Les aiguillons de la queue de plusieurs Raies appartenant à des genres distincts, sont aussi des Ichthyodorulithes, mais ils n'offrent pas des caractères assez tranchés pour qu'ils aient pu fournir de bons éléments de classification. Je donne plus loin, en parlant de la manière dont les Plagio- stomes s'emparent de leur proie, au commencement de l'étude de la fonction de la digestion, des détails sur l'usage qu'ils font de leurs aiguillons pour l'attaque, comme pour la défense. Je dois maintenant compléter l'étude du squelette des Pla- giostomes par quelques indications sur la structure intime du tissu de cette charpente. M. James Stark, dont le travail peut être consulté avec fruit, a donné, en 1844, un résumé historique des diverses opinions émises sur ce sujet par les anatomistes qui l'ont précédé [O71 the exist. ofan osseous struct., etc., in Trans. R. Soc. Edinburgh, t. XV, p. 643-646). Quand on nomme la substance qui constitue cette charpente, tissu cartilagineux, on fait usage d'une expression assez vague, que J. Mûller a beaucoup mieux précisée qu'on ne l'avait fait avant lui. Il a reconnu, en effet, qu'on trouve dans le squelette de ces poissons quatre espèces différentes de cartilages [Ver- gleich. Anat. Myxin., etc., Ost. und Myol. in Abhandl. Akad. Wissensch. Berlin (1834) 1836, p. 131) (1). I. Il y a d'abord le cartilage hyalin ou transparent [hyali- nische knorpel), qui constitue les pièces non ossifiées du sque- lette des poissons osseux et toute la charpente des Esturgeons et des Chimères. On peut très-bien se représenter son appa- rence chez certains Plagiostomes, sur une coupe transversale de vertèbre comme celle du Squale renard (Atlas, pi. 1, fig. 7 et 8). C'est lui qui forme les cruraux et transverses avec leurs prolongements dans le corps vertébral plus ou moins ossifié, et qui occupe le centre des pièces du squelette. Cette sorte de croix manque chez les Roussettes, la Centrine et le Spinax. Il est le plus souvent recouvert par une couche de cartilage pavimen- teux ipflasterforînig] solide. Le crâne et la portion indivise de la colonne vertébrale consistent en un cartilage transparent que protège, en dehors et en dedans, ce cartilage solidifié. Le microscope démontre, dans le tissu hyalin, la présence de corpuscules cartilagineux tantôt rares, tantôt abondants; il ne (1) Je mentionne ici, pour mémoire seulement^ celle de ces quatre formes que J. MuUer désigne et figure pi. IX, fig. 4 et 5, sous le nom de cartilage celluleux, car elle est propre au squelette des Cyclostomei». 48 ORGAINISATIO.N DES TLAGIOSTOMES. contient pas de sels calcaires. Ce sont des cellules pourvues de noyaux et logées dans une substance qui, à cause de l'abondance de ce contenu, peut être nommée tissu intercellulaire. Ces corpuscules ou vésicules ont été, de la part de M. Valen- ciennes, l'objet d'une étude spéciale [Rech. sur lastruct. du tissu élément, des cartil. des Poiss. et des Mail, in Arclt. Mus., t. V, p. 506 et suiv.). De nombreuses ligures (pi. XXI-XXV) annexées à cet intéressant travail, montrent les différences très-notables que présentent entre elles ces vésicules, soit dans leur disposi- tion générale, soit dans leur volume ou dans leur forme. Je ne puis pas les passer ici en revue, j'en signalerai seulement deux tout-à-fâit remarquables. La première a été observée sur le cartilage d'une Leiche des mers du Nord [Scymnus[Lœmar(jus'\ boreaUs)., dont le cartilage, au milieu de vésicules peu considérables et arrondies, en renferme d'autres ovales et assez allongées pour prendre l'ap- parence de petits tubes (pi. XXIII, fig. IV et IV a). La seconde semble caractéristique du genre Cestracion, où ces vésicules ont une forme tubulaire encore plus prononcée (fig. V etVrt). L'une des conclusions les plus importantes que l'auteur de ce Mémoire tire de ses recherches, est ainsi formulée par lui : « Les vésicules ne sont pas éparpillées ii-régulièrcment. Elles sont, au contraire, réunies ou dispersées avec tant de régula- rité et de constance, que l'on peut déterminer le genre du poisson dont on a extrait le cartilage soumis à l'observa- tion. » On trouve également des indications intéressantes sur le car- tilage (\.diYi?,\Q Cataloijue du Musée du collège des chirurgiens de Londres [Eistological séries., t. I), où ]\L Queketla décrit un certain nombre de préparations microscopi({ues de cartilages de Plagiostomes (p. 97-103, Préparât., 18>21, pi. VI, fig. ojiaja bâtis). II. Cartilage pavimenteux, c'est-ii-dii'i' présciilaul i'appai'cnce de pavés ou d'une mosaïque, et inq)régné de substances cal- caires. Il ne se trouve que chez les Squales et les Raies où, chez presque tous, il revêt d'une croûte dure les cartilages transparents. Dans la Squatine, il y a alternance de superposi- tion pour les deux sortes de cartilages. Cette croûte est com- posée de la réunion de petits disques dui's, arrondis ou en forme d'hexagones, qui se détachent facilement les uns des autres. Là où les cartilages prennent le plus de solidité, comme MOTILITÉ. squelette; STRUCTURE. 49 aux mâchoires, par exemple, ces corps durs représentent des prismes ou des colonnettes rapprochées. C'est à ces cartilages que le squelette des Plagiostomes doit sa couleur blanche. III. Enfin, la dureté des vertèbres de certains Plagiostomes, laquelle est tout-à-fait analogue à celle des vertèbres de pois- sons osseux, est due h la présence d'un cartilage complètement ossitié. Les fig. 7 et 8 (pi. 1) de FAtlas montrent ce tissu qui, par son apparence, ressemble tout-à-fait à de l'os. Il en- toure les prolongements cruciformes de cartilage hyalin, et il tapisse la paroi des cùnes creux des vertèbres. La matière calcaire s'en dégage sous forme d'acide carbonique lorsqu'on le traite par un acide. C'est spécialement le noyau central de la vertèbre, chez certains Plagiostomes, chez les Raies, par exemple, qui est formé par le cartilage ossifié. Cette substance a été particuliè- rement étudiée par M. James Stark, dont les conclusions sont indiquées par le titre même de son Mémoire : On the existence of an osseous struct. in the vertebr. cohnnn of cavtilag. fishes [Trans. roy. Soc. Edinhurgh, 1844, t. XV, p. 643 etsuiv., avec tig. intercalées dans le texte). Cet anatomiste a insisté avec beaucoup de soin sur les différences que présente ce noyau, sur la disposition variable, suivant les espèces, des prolonge- ments solides qui partent du noyau pour se répandre dans le tissu cartilagineux, et sur l'arrangement par couches concen- triques chez quelques-uns, de la substance osseuse. M. Nardo {Osservaz. anat. sidrintim. strutt. délie cavtilag. Condrotterigi in Mem. Instit. Veneto di Scienze, t. II, 1845; p. 3-7 du tirage à part) a également présenté des considérations intéressantes sur les portions dures du squelette. Le microscope ne démontre dans ce tissu, aucun corpuscule osseux, pas plus que dans le cartilage pavimenteux. Au reste, les corpuscules manquent chez beaucoup de poissons ordi- naires, comme J. Miiller l'avait indiqué en 1835, mais comme M. Roellikcr l'a démontré beaucoup plus complètement en 1859, dans un Mémoire [On the différent types in the microsc. struct. skelet. oss. fish. in Proceed. R. Soc. Lond.) où se trouve consigné le résultat de l'examen du squelette d'un très-grand nombre d'espèces. Le cartilage ossifié des Plagiostomes consiste uniquement, dit-il, en des cellules de cartilage contenues dans une enveloppe ossifiée (p. 12 du tirage à part). Quant à la composition chimique du tissu cartilagineux, elle a été étudiée, en 1811, par M. Chevreul qui, à la suite du Mé- Poissons. Tome l. ^ 50 ORGAÎSISATIOIS DES PLAGIOSTOMES. moire de Blainville sur le Squale pèlerin, a exposé les résul- tats de Tanalyse k laquelle il avait soumis les cartilages de ce poisson [Anji. Mus.^ t. XVIII, p. 136-155). Parmi les détails intéressants de ce travail, je dois citer l'in- dication des différences que la matière animale des cartilages, dont il signalait les analogies avec le mucus animal, présente, quand on la compare à la gélatine (p. 153). Cette substance, postérieurement étudiée par J. Mûller, qui l'a nommée chon- drine, est un produit spécial aux cartilages, et diffère, par ses propriétés chimiques, de la gélatine que fournissent la peau, les os et plusieurs autres tissus. Elle donne, en effet, par l'addition du sulfate d'alumine, de l'alun, de l'acétate de plomb, du sulfate de fer, des précipités abondants, qui ne se forment point par le mélange de ces subs- tances avec la gélatine. Elle a été étudiée par MM. Mulder et Vogel fils, et son histoire est présentée avec détail par M. Du- mas, dans son Traité de chimie appliquée aux arts, t. VII, p. 478. Ce même chimiste a rappelé les analyses du squelette des pois- sons cartilagineux dues à M. Chevreul d'abord, puis à Mar- chand (/f/., t. VIII, p. 681). En 1854, de nouvelles analyses ont été faites par M. Frémy, qui a publié [Ann. chimie et phys.; 1855, 3^ série, t. XLIII, p. 47-107) un Mémoire très-instructif sur la composition chi- mique des os, dont un extrait se trouve dans les C. rendus 4c. 5C., 1854, t. XXXIX, p. 1056. Ainsi, une portion de squelette de Raie lui a donné : cendres, 30; phosphate de chaux, 27,7; carbonate de chaux, 4,3, avec des traces de phosphate de ma- gnésie. Pour un Squale, les cendres seules ont été recueillies ; il y en avait 62,6, et comme, probablement, l'analyse avait porté sur un cartilage transparent sans dépôt osseux, les sels calcaires ont manqué. Il en a été de même pour une Lamproie. De ces résultats et de ceux qu'il a obtenus dans ses autres analyses d'os d'animaux vertébrés, parmi lesquels se trouvent compris des poissons osseux, M. Frémy déduit cette conclu- sion : « Les os de ces derniers présentent la même composi- tion que ceux des mammifères, tandis que les os des poissons cartilagineux, qui sont très-riches en substance organique, ne contiennent qu'une faible quantité de sels calcaires. » .MOriLliÉ. SYSTÈME MUSCliLAlRE. 81 SYSTÈME MUSCULAIRE. Des différences remarquables dans le genre de vie et dans le mode de locomotion, résultent de celles que présente le sque- lette des Plagiostomes, selon le groupe auquel ils appartien- nent. Ainsi, les Raies, qui offrent une large surface, sont obligées de se servir de leurs grandes nageoires paires antérieures, dont la direction est horizontale, comme Toiseau se sert de ses ailes ,et elles ont à vaincre beaucoup de résistance pour déplacer des organes d'une étendue si considérable. Il est vrai que, par suite du mode d'insertion de ces nageoires sur le tronc, et de la multiplicité de leurs rayons cartilagineux articulés bout à bout, le poisson peut, jusqu'à un certain point, en les abais- sant et en leur faisant subir de légères inflexions partielles, diminuer sa surface, et, par cela môme, mieux profiter du mou- vement d'impulsion qu'il s'est communiqué en frappant l'eau avec ses ailes étendues. Un déplacement semblable des ventra- les se produit, et elles viennent en aide, avec plus ou moins d'eftlcacité, selon leur grandeur, aux pectorales. C'est ainsi qu'il s'élève vers la surface. Pour gagner rapidement les profondeurs où, d'ailleurs, l'en- traîne naturellement son propre poids, il plonge en prenant une position oblique. On comprend facilement, vu le peu de volume de la queue, souvent terminée en une sorte de fouet grêle et effilé, qu'elle ne peut pas avoir, à beaucoup près, et n'a pas en réalité, dans les mouvements de propulsion, la même force que chez les Squales. Le mode de locomotion des Raies est donc évidemment beaucoup plus imparfait que celui de ces derniers (1). Aussi, se (1) Je n'ai pas à comparer la natation des Raies à celle des Pleuronec- tes, qui ne peuvent pas, à aussi bon droit que les Raies , être nommés poissons plats, comme Yarrell [British ftshes, 3<= édit., t. II, p. 549) le fait observer avec raison. Les Pleuronectes nagent, il est vrai, en appuyant sur l'eau un des côtés du corps, mais ils ont des dimensions verticales considérables relativement à leur épaisseur, et c'est le contraire chez les Raies; aussi^ ne font-ils pas usage, pour la natation, de leurs pectorales, toujours si petites et quelquefois même nulles. Elle apour agent principal, comme chez les pois- sons ordinaires, la région postérieure du tronc et la queue. Seulement, ici, les mouvements qu'elle exécute cessent d'être latéraux par suite de leur 52 ORGAISlSATIOiN DES PLAGIOSTOMES. tiennent-elles de préférence dans les fonds, où elles se dépla- cent par de simples mouvements d'ondulation des pectorales. Elles voyagent, par conséquent, beaucoup moins que les Squales, qui nagent à la manière des poissons ordinaires. Con- formés de même, ils produisent sur Teau, y/dv les mouvements alternatifs de la queue, des effets absolument comparables, mais peut-être plus énergiques chez les individus où elle pré- sente beaucoup de longueur, comme chez les Ginglymostomes et le Stégostome parmi les Roussettes, ou chez le Squale à queue de renard [Alopias vulpes). Ils trouvent, en outre, pour la rapidité de leur progression au milieu du liquide, un auxi- liaire puissant dans leurs nageoires paires, proportionnellement bien développées chez un assez grand nombre d'espèces. Ce sont plus encore les pleuropes que les ventrales qui offrent de grandes dimensions, et Ton peut, sous ce rapport, citer, parmi les vrais Carchariens, les espèces dites Prioriodon lamia et Pr. glaucus. Leur corps fusiformc est admirablement construit pour la natation rapide. Sa vitesse ne saurait être mesurée comme Test celle des Cétacés que l'œil peut, en quelque sorte, suivre, puisqu'ils sont obligés de venir à la surface preifdre l'air né- cessaire à leur respiration. Il y a cependant lieu d'admettre, avec Ev. ]iome{Lect. comp. anat., t. I, p. 106), que la locomo- tion d'animaux si semblabl(^s de forme, doit s'exécuter au sein des eaux avec une rapidité égale. Or, une Baleine, et par consé- quent un Squale, dépasse aussi facilement que s'il était à l'ancre, un navire excellent voilier qui parcourt 14 milles (près de 26 kilom. par heure), le mille étant de 1852 mètres (1). La force de contractilité musculaire peut persister, chez les Squales, pendant un temps assez long, car il paraît que, sou- vent, ils suivent des navires durant de longs voyages, de même que les Scombres dits Pilotes [Naucrates ductor), dont les na- vigateurs ont si souvent parlé comme de conqiagnons tidèles position, mais devifiinent des mouvements de bas en haut el de haut en bas, dont la résultante est la propulsion en avant dans une diredion iio- rizontalc. ' (1) Je passe sous silence, parce que les bases en sont mal posées et que les résultats, par cela même, en sont erronés, un calcul de Everard Home {lue. ci/.), relatif à cette vitesse, et à la détermination du temps né- cessaire à un Stpiale pour faire le tour du globe. Ce calcul, d'ailleurs, est sans intérêt, puisqu'il a pour i)oint de départ la supposition inadmissible d'une natation non interi'ompue, l'animal ne prenant par conséquent pas de repos, et d'une rapidité de mouvements constamment égale. MOTILITE. SYSTÈME MUSCULAIRE. 53 des Requins. Cuvicr et M. Valenciennes [Hist. Poiss., t. VIII, p. 313-316) ont discuté les suppositions émises sur les pré- tendus services que la petite espèce rendrait à la grande , et je me borne à mentionner le passage où sont rassemblées les principales indications bibliographiques relatives k cette fable. En raison de la difficulté qu'elles éprouvent , par Fabsence de la vessie natatoire, à se maintenir à des hauteurs variables si elles ne font exécuter aux muscles des pectorales des con- tractions énergiques, les Raies habitent de préférence les fonds, qu'elles paraissent abandonner seulement à l'époque oîi elles doivent se reproduire. Le grand développement des muscles du tronc chez les Squales, pour lesquels ils sont d'excellents instruments de na- tation, leur rend un organe accessoire moins nécessaire qu'il ne semblerait devoir l'être pour les Raies. Par suite de cette puissance musculaire , les Squales, s'éle- vant quand ils le veulent et retournant avec la même facilité dans les abîmes qu'ils viennent de quitter, n'ont pas en général de sïa^^■ol^ nettement déterminée. Il en est cependant qui, comme les Raies, semblent habiter de préférence les profondeurs. Risso le dit dans les Comidérations placées en tcte de son Ichthijol. de Nice, 1810, p. XIV, en parlant de ces Plagiostomes d'une manière générale. François Delaroche {Observât, sur des poiss. recueillis aux Baléares, etc., in : Ann. Mus., 1809, t. XIII, p. 112) (1) voulant s'assurer de la réalité des assertions souvent émises sur le séjour de certains poissons dans des lieux très- éloignés de la surface, a constaté, durant une pêche qu'il fit près de Rarcelone, et où la distance à laquelle on descendit les filets fut mesurée par lui-même, qu'on en trouve à la pro- fondeur de 549 mètres ou 333 brasses (la brasse étant de l'".65). Les espèces prises étaient en petit nombre, parce que ces lo- calités, suivant les pêcheurs, sont à peine peuplées hors la saison d'été, et l'on était alors au commencement du prin- temps. Parmi les poissons recueillis, c'est le fait que je tiens k constater, il s'en trouvait deux du groupe des Squales. Nous manquons de renseignements précis, à leur sujet, nous savons seulement qu'ils étaient nommés par les pêcheurs Muchino et Cochino (2). (1) Un extrait de ce mémoire est inséré dans le Notiv. Bnllet. des se. Soc. philomnth. 1809, t. I, p. 349, sous ce titre : Observât, sur l'habitat, des Poiss. dans les eaux profondes. (2) .le n'ai point ici à étudier les conditions d'existence au milieu des- 54 ORGANISATION DES PI.AGIOSTOMES. On conçoit comment, avec de si frappantes dissemblances dans la conformation générale et dans le genre de vie, le système musculaire du tronc, de la queue et des nageoires paires se présente, chez les Plagiostomes, sous deux aspects très-diffé- rents. Si nous le considérons chez les Squales, où il offre beaucoup d'analogie avec celui des Poissons osseux, nous retrouvons d'abord les deux plans traversés de haut en bas par des intersec- tions aponévrotiques et qui, occupant Tune et l'autre face du tronc, ont été décrits par Cuvier chez ces derniers {Hist. Pom., 1. 1, p. 389, pi. IV), sous le nom àc grands muscles latéraux. Ca- rus les a représentés sur le Squalus glaucus [Tab. «wrtf., l""'' livr., tab. II, fig. VII, 14 et 15). Il importe cependant de noter que les intersections, parallèles chez les Squales comme chez les Poissons osseux, sont diri- gées ici obliquement d'avant en arrière dans leur portion supé- rieure, et d'arrière en avant dans la deuxième, puis reprennent dans la troisième la direction de la première, et dans la qua- trième celle de la deuxième. Il en résulte des lignes en zigzag h angles plus ou moins aigus, dont deux V de grandeur dif- férente, disposés ainsi ^, donnent une représentation assez exacte. Il y a donc là une différence avec les flexuosités à incur- vations alternes, caractéristiques des aponévroses intermuscu- laires des Poissons osseux. Ces nombreux faisceaux forment en quelque sorte deux mus- cles de chaque côté : l'un, qu'on pourrait nommer muscle dor- sal, et où l'on a cherché à retrouver les analogues de l'épineux du dos, du long dorsal et du sacro-lombaire (Cuv., Leç. anat. comp., 2'' éd., t. I, p. 306), est formé par les deux séries supérieures de faisceaux. L'autre, plus considérable, est constitué par les deux inférieures; il a été comparé, mais avec moins de jus- tesse, aux muscles grand oblique et droit de l'abdomen (Id., ici., p. 327). Chez les Raies, le muscle supérieur prend une api)arence fort quelles les poissons se trouvent dans ces profondeurs, qui ne sont certaine- ment pas les plus considérables qu'ils habitent. Elles ont été examinées avec grand soin par François Delaroche. Il a discuté, en habile physi- cien, la supposition faite par Bouguer d'une obscurité complète de la mer à 220™. 564 (G79 pieds). Là, par conséquent, les poissons seraient privés de l'exercice du sens de la vue; « mais, dit-il, cette proposition est sujette à de si grandes dillicultés, qu'il est permis de douter de sa justesse. » {Ob- servât, sur des puiss. n'cueillis aux Baléares, etc. in Ann. Mus. t. XIII, p. 118.) MOTILITÉ. SYSTÈME MUSCULAIRE. S5 différente do celle qu'il offre dans les Squales. Il s'y montre sous la forme d'un muscle longitudinal sans intersections apo- névrotiques. Sa portion antérieure, comme Garus l'a bien repré- sentée [Tab., etc., t. II, tig. IX^, fig. reproduite par M. Rich. Owen, in Lect., etc., p. 167), se porte de l'occiput à la ceinture scapulaire; sa portion postérieure s'étend depuis la ceinture jusqu'aux vertèbres du tronc et de la queue. Au côté externe de cette portion postérieure, il y a un autre grand muscle [h, fig. VIII et IX) placé en dehors de la ligne latérale qui marque la limite entre ses fibres et celles du muscle précédent. Il est bordé lui-même par un troisième muscle que traversent des intersec- tions aponévrotiques transversales, et qui, contournant le bord du tronc, vient constituer, en se réunissant sur la ligne médiane avec celui du côté opposé, la paroi musculaire de l'abdomen, oi^i il offre toutes les apparences du muscle droit. Ici encore, une comparaison a pu être faite avec les trois grands muscles des gouttières. On retrouve en effet, à la région supérieure, les analogues de l'épineux du dos qui va de l'occi- put à l'extrémité de la queue; du long dorsal étendu depuis le même point jusqu'au tiers de la queue seulement, et du sacro- lombaire, dont les insertions commencent également h la ré- gion antérieure de la colonne vertébrale, tandis que, au lieu de se porter à la face supérieure de la queue, il se fixe à sa ré- gion latérale. M. Ch. Robin l'a figuré en ce sur la figure I de la pi. 3, annexée à son Mémoire [Sur un appar. ekctr. des Raies: Ann. se. nat., 3^' série, 1847, t. VII, p. 212). De plus, il décrit, pour cette môme région, sous le nom de muscle latéral de la queue, un ensemble de faisceaux qu'il considère comme n'é- tant pas une continuation directe des muscles de l'abdomen. Ils commencent à la face postérieure d'une cloison placée entre la gaîne du sacro-lombaire et la branche ascendante de la cein- ture pelvienne et se terminent un peu avant le premiertiers de la queue. M. Ch. Robin a mieux exposé qu'on ne l'avait fait jusqu'alors la disposition des muscles de la région caudale inférieure et il a montré leur analogie avec ceux de la région supérieure [loc. cit., p. 214-218). L'un de ces muscles, véritable épineux inférieur, naît de la face inférieure des vertèbres de la région dorsale, par un tendon qui, réuni à celui du côté opposé, forme une arcade aponévrotique au-dessous de l'aorte. Il s'attache par son autre extrémité, au moyen de tendons égaux en nom- bre aux vertèbres, à leur face inférieure. 56 ORGAMSATION DES PLAGIOSTOMES. M. Robin désigne l'autre comme muscle pubio-caudal : il est formé par un ensemble de faisceaux, dont Tinsertion anté- rieure a lieu à la pièce transversale de la ceinture pelvienne. Ce muscle passe sur le côté du cloaque et en devient un cons- tricteur avec le muscle correspondant, puis il se place entre le sacro-lombaire et l'épineux inférieur et vient se fixer aux ver- tèbres sans dépasser le premier tiers de la queue. Chez les Raies, il y a, en raison du prolongement antérieur des pectorales et du museau, deux muscles destinés l'un à l'é- lever, l'autre à l'abaisser. Ils sont représentésparCarus(Ta/>,etc., t. II). L'élévateur [p, tig. IX), parti non pas seulement de la ré- gion supérieure de la cavité branchiale qu'il fortifie, à la vérité en s'y insérant, mais aussi de la ceinture scapulaire, comme il est dit par Cuv. [Leç. anat. comp. t. I, p. 319), va se perdre, sur le côté de la base du museau. L'abaisseur (w, tig. VIII, et Monro, Struct. and physwl. fish., tab. VI) consiste en un faisceau plus volumineux venant de la paroi inférieure de la chambre branchiale ; il décrit une courbe à concavité interne , passe en dehors de l'angle de la bouche et se tixe, par un long tendon, au commencement de la région rostrale. Dans les deux groupes de Plagiostomes, les couches muscu- laires destinées aux nageoires paires ne diffèrent que par leur volume et par le nombre de leurs divisions terminales, qui est égal à celui des rayons dont la nageoire se compose. L'un des plans est supérieur, par conséquent abducteur chez les Squales et élévateur chez les Raies; l'inférieur remplit un rôle absolu- ment inverse. Ici, comme on le remarque presque toujours chez les au- tres animaux , ce dernier l'emporte sur le précédent par son volume. J'ajoute, suivant l'observation très-juste de Carus, qui a représenté les muscles de la pectorale du Sq. glaucus [Tab. etc., t. II, fig. VII, 20 et 21), que les libres terminales des deux plans (22) deviennent par -leur action combinée, soit des pronateurs quand ce sont les postérieurs qui se contractent, soit des supinateurs s'il y à contraction des antérieurs seule- ment. Ces mouvements de rotation partielle de la nageoire ne sont possibles, au reste, que chez les Squales. Sur les nageoires ventrales de ces derniers, la disposition des muscles est tout-à-fait analogue à celle qui se voit aux pec- torales (23, ilg.VII). Chez les Raies, les ventrales ont pour élé- vateur et pour abaisseur, les deux plans de fibres qui en re- couvrent les faces supérieure et inférieure (i, tig. IX, q, tig. MOTIMTÉ. SYSTÈME MUSCULAIRE. 57 VIII). Ils sont, en même tcmjDs, abducteurs et antagonistes de deux muscles adducteurs à libres transversales, insérés d'une part au bord interne de ces nageoires, et de l'autre à un raphé médian (fig. VIII, r). Une disposition analogue se voit sur les Squales. Les dorsales (24 et 25, fig. VII) reçoivent sur chacune de leurs faces des faisceaux charnus. Ils sont plus simples que chez des poissons osseux, les rayons n'étant pas mus isolément comme chez ces derniers. Les nageoires du dos semblent n'avoir d'autre usage, Carlisle le fait observer avec raison [Croonian lecture on the arrange- ment and mechanic. actio7i muscles of flslt. in Philos. Tî'ans., 1806, part. I, p. 3), que d'empêcher le corps de rouler sur lui- même. On comprend, d'après cela, comment, en raison de la forme du corps des Raies, les dorsales ont pu être excessive- ment réduites dans leurs dimensions, tandis qu'elles sont bien développées chez les Squales. Je n'ai point, au reste, à rappeler ici les résultats constatés par Carlisle [id., p. 4 et S), et auparavant par Paley [Natural theology, p. 257), après la section tantôt des nageoires paires, tantôt des impaires, car ces expériences, si souvent répétées depuis, ont été faites sur des poissons osseux; mais il n'est pas douteux qu'elles devraient produire sur les Squales des effets semblables. Je me borne à une description sommaire des muscles du tronc, de la queue et des nageoires, n'ayant voulu m'arrêter qu'à l'étude des mouvements généraux. Celle du déplacement de certains organes, tels que les mâchoires ou les branchies, se rattache à l'histoire des fonctions où ces organes sont appelés à jouer un rôle. Le système musculaire des Plagiostomes est généralement pâle, quelquefois même tout-à-fait blanc. Il a cependant sur certains points, en particulier dans les couches superficielles, une couleur rouge assez intense. Elle est surtout remarquable chez notre Pastenague; c'est ce qui a sans doute motivé, comme Yarrell le fait remarquer [Hist. brit. fish.,^'' édit., t. II, p. 594), la vieille dénomination écossaise : Fire-flaire, dont le premier terme est destiné à rap- peler l'aspect du feu. La chair du Céphaloptère est, à ce qu'il paraît, d'un rouge ponceau (Risso, Ichth. de Nice, p. 18). Comme chez tous les poissons, nous trouvons des fibres gé- néralement plus courtes que dans les autres animaux vertébrés, 58 ORGANISATION DES PI.AGIOSTOMES. et elles présentent un grand nombre d'intersections aponévro- tiques sur les régions latérales, ce qui multiplie beaucoup leurs points d'attache et en augmente la puissance. Carlisle a spé- cialement appelé rattention sur celte particularité dans le Mé- moire cité (p. 9-11). Par là même, se ti-ouve accrue la rapidité si étonnante de la natation dont j'ai parlé ci-dessus (p. 52). Uinitabilité musculaire persiste pendant longtemps et d'une façon remarquable chez les Squales. Pérou [Voyage de décou- vertes aux terres australes, 1807, t. I, p. 211) en a cité un cu- rieux exemple. «Le 25 novembre, dit-il, on prit un requin long de 3'". 20. Depuis plus de dix minutes, on lui avait coupé la tête, arraché le cœur et tous les viscères, lorsque pour le laver à la pompe, on voulut le traîner à l'avant du vaisseau. L'animal qu'on tirait alors par la queue se mit h faire des efforts si vio- lents, il soulevait son tronc avec tant de vivacité, que plusieurs personnes faillirent en être renversées. » )> Dans notre paesage d'Europe à l'île de France, j'avais déjà vu dans un animal du même genre, l'irritabilité se conserver plus longtemps encore : depuis plus de 2 heures, un Squale était éventré; tous ses organes avec son cœur avaient été jetés à la mer, lorsqu'un matelot vint pour lui couper la queue ; à peine avait-il enfoncé le couteau d'un demi-pouce dans les chairs, que le poisson se contracta violemment, fit plusieurs bonds sur le navire; et cette irritabilité ne cessa que lorsque la queue eut été coupée d'un coup de hache. » A la suite des indications qui précèdent sur la disposition générale du système musculaire des Plagiostomes, je dois parler de l'usage qu'on fait de leur chair pour l'alimentation, à laquelle ils fournissent, sur presque tous les points du globe, un produit abondant (1). On recherche beaucoup plus les Raies que les Squales, car ils ont quelquefois une odeur et une saveur désagréables; c'est (1) Rien de ce qui touche l'emploi fait par Thomme des divers organes des animaux qu'il peut utiliser, ne doit être omis, car la connaissance des avantages tires des richesses de la création^ ajoute un attrait particulier à l'étude de l'histoire naturelle. Il ne faut jamais oublier, dans cette étude, la belle devise d'Et. Geoffroy Saint-Hilaire, UtilUati, que son fils Isidore a prise comme point de départ de ses remarquables travaux sur la zoologie appliquée. Il m'arrivera donc plus d'une fois, dans le cours de cet ou- vrage, de mentionner les ressources que les poissons fournissent non-seu- lement k l'alimentation, mais à Tindustrie et à la médecine. C'est ainsi, par exemple, que, pour les Plagiostomes en particulier, j'aurai encore à m'ar- rèter plus loin sur l'usage de leurs téguments et de l'huile si abondamment sécrétée par le foie. MOTILITE. SYSTEME MUSCULAIRE. EMPLOI ALIMENTAIRE. 59 ce qu'on peut dire, par exemple, de la chair des Marteaux ou Zygèiies. Aussi, arrive-t-il que, souvent, on rejette à la mer les Squales après avoir pris le foie pour en obtenir Thuile, et après leur avoir enlevé les pectorales qui sont, comme je le dis plus bas, Tobjet d'un grand commerce entre Bond^ay et la Chine, ou après les avoir dépouillés, quand la peau peut être utilisée dans l'industrie. Si, au contraire, la saveur n'en est point répu- gnante, et l'on sait combien sont variables les appréciations sur les qualités sapides des corps (1), la chair de ces poissons devient un aliment dont on fait provision sous forme de la- nières, rendues inaltérables par l'action du sel ou par la dessic- cation. Quelquefois même , la chair de diverses espèces est mangée crue et sans aucune préparation, comme on le sait par M. de Siebold, pourlesJaponais(F«î/«a Jfl;?ow/cfl, ;)istYs, p.304, articles du Cestracion et dcY Acantluas) .Viuïénorûë delà chair des Plagiostomes, comparée à celle de beaucoup d'autres pois- sons, résulte de ce qu'elle est généralement dure et un peu co- riace, et répand une assez forte odeur, à ce point même que certains Squales sont quelquefois nommés par les pêcheurs chiens puants. Elle s'attendrit et devient plus délicate quand elle a été gardée quelques jours. Il y a donc avantage à ne pas manger ces poissons immédiatement après leur sortie de l'eau. « Raiœ omnes, dit Rondelet [De piscibus, lib. XII, cap. V, p. 345), odovem ferinum et marinum quemdam fœtorem recipiunt, qui in diutius servatis fere evanescit. Quare Lutetiœ meliores sunt Raiœ quam Rhotomagi et Lugduni quam Massiliœ : longa enim vectura tenerescunt etsuaviores efjiciuntur . » Il y a loin de là cependant à la putréfaction qu'attendent les naturels de certaines îles de l'Océanie avant de manger crue, k la manière des Japonais et aussi, dit-on, des Islandais, la chair des Squales. Ils la laissent pourrir pendant deux ou trois se- maines : telle est l'assertion, dans un travail sur les îles Mar- quises [Revue coloniale, 1857-1858, p. 27 du tirage à part), d'un lieutenant de vaisseau, M. H. Jouan, à qui l'on doit diffé- rents travaux intéressants d'histoire naturelle (2). (1) Des idées superstitieuses font quelquefois rejeter la chair d'un pois- son qui, au contraire, est mangé volontiers ailleurs. P.-A. Lesson, frère du chirurgien de la Coquille,, et dont ce dernier a publié^ en 1845, un intéres- sant Voyage aux iles Mangareva (Océanie), en cite un curieux exemple. Les habitants do Mangareva, dit-il (p. 98), ont horreur de la chair du grand Diable de mer (Céphaloptère), que les naturels des îles Marquises mangent sans répugnance. (2) Je citerai, en particulier, une Monographie des poissons de mer GO ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Les très-jeunes Raies {Rayons ou RatUlons), connues, ainsi que Belon le rapporte [De aquatililnis, lib. I, cap. VIII, p. 7), sous le nom depajiillniis (1) dans divers ports, sont recherchées, au bord de la mer, comme un mets foi't délicat, dont on varie les apprêts suivant les localités. Les fœtus de Squales qu'on trouve dans les oviductes des fe- melles qui viennent d'rtr(> péchées, sont beaucoup plus estimés pour la table que les adultes. Certaines espèces sont méprisées et livrées à très-bas prix. Telles sont, par exemple, les Tor- pilles et les Pastenagues. Parmi les véritables Raies de nos côtes, la Raie bouclée [R. clavata) et laii. bâtis, particulière- ment les femelles, sont les meilleures. Je ne m'étendrai pas davantage sur Texamen des qualités que présente la chair des divers Plagiostomes. Rondelet, Sal- viani, Belon, et, après eux, Gessner et Aldrovandi, ont donné sur ce sujet des détails dont un certain nombre se trouve con- signé, avec les observations des naturalistes qui les ont suivis, dans les articles consacrés aux espèces auxquelles ces détails se rapportent. Ce n'est pas seulement la chair des Plagiostonu^s qui sert comme aliment; aussi, me paraît-il opportun d'indiquer ici le protit considérable que les pêcheurs, sui- diverses côtes, tirent de la vente des nageoires de Squales, de Rhinobates et de Pris- tides. Elles occupent, en effet, une place extrêmement impor- tante dans l'alimentation des Chinois (!2). Je possède sur ce sujet des renseignements assez précis pour qu'il y ait intérêt i\ ne point les passer sous silence. Voici d'abord un court résumé de ceux que le docteur Buist a donnés [Procecd. \oolog. Snc, Lond., 1850, p. 100 et suiv.). AKoratchi, port de mer important pi'ès de l'embouchure de l'Indus, dans la principauté de Sindhy, il y a treize bateaux obsorvés à Clierljouiic en 18ô8 et 1SJ9 {Mém. Soc. impér. des se. nat. de Cherbourg, t. VII, IS^y). (1) Cette m('me dénomination sert à désigner sur certaines eûtes, à Mor- laix, par exemple, les Raies adultes desséchées. (2) Le Dict. du Commerce et des Marchand., publié par Guillaumin, 1839, dit, à l'article Nageoires d-i Requin : « On les recueille avec soin dans toutes les contrées maritimes et les îles, depuis la côte orientale d'Afrique jusqu'à la Nouvelle-Guinée. Dans les prix-courants de Canton, elles sont cotées aussi régulièrement que le thé et l'opium. Durant les quatre ou cinq dernières années, leur prix a été communément de 15 à 18 dollars (suivant la qualité) par pécul, ce qui équivaut à 127 à 152 francs par 100 kilo- grammes. » MOTILITÉ. SYSTÈME MUSCULAIRE. EMPLOI ALIMENTAIRE. 61 montés chacun par douze hommes, et constamment occupés à la pêche des Squales, dont 40,000 au moins sont pris tous les ans. Sur les plus grandes espèces, parmi lesquelles il cite le Mhoi\ qu'il nomme Baskinçj shark, comme ayant une longueur de 12 mètres et même de 18 mètres, on lance le harpon. Les au- tres sont prises au moyen die tilets à mailles de 0"'.15, et mesurant 6 à 800 brasses anglaises (fathoms), c'est-à-dire 11 à 1500 mè- tres environ, dimensions à peu près égales, en moyenne, aux 3/4 d'un mille marin (1389 mètres, le mille marin représentant en Angleterre comme en France, 1852 mètres). Leur largeur, ou plutôt leur hauteur, est de 1"'.80. L'un des bords porte de 2 mètres en 2 mètres des flotteurs en bois ayant un peu plus de 1 mètre de longueur. A l'autre bord, c'est-à-dire à l'inférieur, sont attachées des pierres. Le iilet est descendu à une profon- deur de 25 à 45 mètres, assez loin en mer, et n'est relevé que le lendemain du jour oî.i il a été placé. Je dois ajouter que sur les côtes de France, on prend sou- vent les requins au moyen de l'hameçon, et que pour les Raies on emploie, mais trop souvent en contravention aux rè- glements de pêche, les tilets traînants tirés par des barques, et dont les effets désastreux, déjà déplorés par Duhamel [Traité des pêches, lY part., sect. IX, chap. IV, p. 313), ont été si- gnalés, dans CCS dernières années, aux autorités compétentes par M. Coste (1). Les Squales qui font l'objet de la pêche dans les mers de l'Inde étant amenés sur le rivage, on leur coupe les nageoires dorsales, les seules dont on fasse usage (2), et on les faitsécher au soleil. La chair est coupée en longues lanières que l'on sale (1) « J'ai vu, dit-il, ces immenses filets traînants, tirés par deux tarta- nes accouplées, labourer le golfe de Foz, déraciner et engouffrer dans leur vaste poche les plantes marines auxquelles sont attachés les œufs des espèces comestibles, et broyer, sous la pression de leurs étroites mailles, tous les jeunes poissons, tous les jeunes crustacés auxquels ces plantes servaient de refuge. C'est un spectacle profondément triste que celui de voir cette œuvre de destruction consommée par les bras mêmes de ceux dont elle prépare la ruine. » (Inh'oduction, sous forme de lettre, au Min. de l'Agric. à son Voy. d'explorat. sur le littor. de la France et de l'Italie, p. XXYII, et 2e édit., p. XXIII.) Les mêmes conséquences fâcheuses de semblables procédés de pêche se produisent sur les côtes des Iles britan- niques où la diminution des Raies, et particulièrement du Thornbuch [Raia davuta), est signalée par M. J. Couch, Hist. fish. hrti. islands, t. I, p. 99). (2) Telle est l'indication fournie par M. Buist, mais, dans d'autres loca- lités, on détache aussi l'extrémité de la caudale et les nageoires paires. 62 OUGAINISATION DES PLAGIOSTOMES. pour les conserver comme denrée alimentaire; et, par l'ébul- lition, on extrait du foie Thuile qu'il contient. Le reste est abandonné ou rejeté à la mer, et d'innombrables petits Squales viennent se repaître de ces débris (1). Les nageoires achetées aux pécheurs par les Banians sont envoyées à Bombay, d"on leurs agents les expédient en Chine. Koratchi n'est pas le seul lieu de pêche qui fasse parvenir des nageoires de Squales aux comptoirs de cette ville. M. Buist, dans la note que j'analyse, donne, sur son approvisionnement, les chiffres suivants pour 1845-46. I.IEIX DE PROVENANCE. Côlc (l'Afrique Mer Rouge Côte do Malahar Golfe de Culch et côtes de la princiiiaulé de Sindhy Koratchi Côte de Konkan L'Archipel indien et les îles de l'Océanie foui'uissent aussi leur part dans les cargaisons destinées à la Chine. Il résulte d'indications qui me sont transmises par M. Nat. Rondot, ancien membre de la mission commerciale envoyée en Chine sous la direction de Lagrénée, que ces chiffres représen- tent une faible partie seulement des importations de nageoi- res dans l'empire Chinois, comme le montre le tableau ci- an nexé : KILOC. VALEUR. .V2I2 5,29.0 fr. (2) 74,fi9i 76,963 27,73 i 26,892 57,404 62,690 29,480 32,740 34,620 35,293 229,2 iO 239,877 (1) On fait un bien meilleur usage dos débris de VAcanthias, aux îles Orcadcs, où les pêcheurs le prennent en quantités innombrables. Ils s'en servent, en effetj comme engrais, après avoir enlevé les chairs pour les soumettre à la dessiccation et après avoir tiré du foie Fhuile que cet organe fournit abondamment (Low in Yarrell, Hist. biit.fish., 3« édit. t. II, p. 519). (2) Les poids sont indiqués par quintaux anglais appelés hundred- weiglits, ce qu'on écrit par abréviation cwts. Le hundredvveight équivaut à 50 kilogr. et se subdivise en 112 livres. La valeur est exprimée en rou- pies. Or, la roupie d'argent correspond assez exactement à 2 francs 50 cen- times. MOTILITÉ. SYSTÈME MUSCULAIRE. EMPLOI LIEUX D IMPORTATION. Emoui, par navires anglais. . Canton id Id. id Id. id Sliang-Haï id Id. sous tous pavillons. par navires anglais. id id id sous tous pavillons, id Id. Id. Id. Id. Id. Id. KILOG. VALEUR. 5,500 300,000 280,000 215,000 25,000 98,000 li,000 17,000 29,000 31,000 42,000 112,000 fr. 6,000 056,000 590,000 530,000 21,000 290,000 78,000 42,000 108,000 40,000 92,000 125,000 l ALLMEM'AIK E. i)'à ANNÉES 1855. 1847. 1855. 1856. 1855. 1856. 1857, ailerons blancs )) » noirs. 1858 » blancs » » noirs. 1859 » blancs )) )) noirs. En mettant, d'après le chiffre qui représente en 1847 sur ce tableau, l'importation k Canton, 650 à 700,000 kiïog. par an pour tous les ports et sous tous les pavillons (valeur de i mil- lion à 1,200,000 fr.), M. Rondot pense qu'on est encore au-des- sous de la vérité, parce que tous les navires étrangers, anglais, américains, hollandais, espagnols, français, fournissent des na- geoires à tous les ports de la Chine ouverts au commerce. Il croit même que les quantités indiquées sont bien inférieures à celle qui est consommée dans ce vaste pays, car il faut consi- dérer que nous n'avons aucune notion, dit-il dans la note ma- .nuscrite qu'il m'a remise, sur les approvisionnements fournis 'par les jonques chinoises, cochinchinoises, siamoises, etc., c'est-à-dire par les bâtiments construits à l'asiatique, dont les ailerons de requin constituent un des articles ordinaires de cargaison. La valeur des ailerons est assez variable. Ainsi, d'après le premier tableau ci-dessus, emprunté à M. Buist, 229,240 kilog. étant estimés à 239,877 fr., on a pour 100 kilog. environ lOo fr., ou à peine au-delà de 1 fr. par kilog. Ce sont presque les prix les plus bas, car précisément à cette même époque, à Canton, en 1844, et à Emoui en 184o, M. Rondot a vu vendre les sortes les plus communes de 0fr.60 à 2 fr. le kilog., et les ailerons noirs qui sont peu estimés, de 0fr.80 à lfr.70. Les ailerons de 2^ et ^^ qualités coûtaient 3fr.50 à 3fr.75, et ceux de qualité supérieure 4fr.75, 4fr.80, et même 6 fr. Il y a, par kilog., Sou 9 ailerons réduits à un état de siccité complète. Préparées pour être mangées, et les collections du Muséum renferment une de ces nageoires qui a subi la préparation en 64 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Chine, elles sont dépouillées et représentent une touffe de fila- ments minces, flexueux, d'inégale longueur, adhérents à la base de la nageoire qui est d'un brun jaunâtre foncé, tandis qu'ils ont une teinte jaune d'or brillante; ils offrent une demi- transparence et un aspect corné. On })répa-re avec les ailerons, comme avec les nids de Salan- ganes [Hirundo esculenta), une sorte de vermicelle. On les fait cuire dans différents bouillons, ou dans de l'eau pure, mais alors il faut ajouter un "assaisonnemenl pour l'clever la saveur du mets. Cet aliment passe pour être tonique et stimulant, et peut- être même aphrodisiaque. Les Chinois font un très-grand usage, en outre des ailerons, de poissons secs et particulièrement de poissons cartilagineux. Les questions que soulève l'étude de l'alimentation par le poisson, relativement à la fécondité ou à la santé de ceux qui en font usage, offrent un grand intérêt, mais je n'ai point à m'en occuper ici (1). Je dois cependant citer un intéressant tra- vail de M. J. Davy [Some observât, un Fish in relation to diet, in : Trans. roy. Soc. Edimb., 1853, t. XX, p. 599), parce qu'il s'y trouve une indication sur la comparaison qui peut être faite, au point de vue de leur emploi alimentaire, entre les Plagios- tomes et les autres poissons. La chair de poissons de mer et d'eau douce, appartenant à 18 espèces différentes, a été soumise à la dessiccation par cet habile chimiste. Il a pu constater ainsi combien elle contient de parties solides pour 100. La proportion est bien en rap- port avec ce que l'on sait sur la digestibilité relative des di- vers poissons habituellement servis sur nos tables. Ainsi, tandis que la chair des Gades, connus sous les noms de Merlu- cius vidgaris., J^Ierlangus pollacJtius, Morritua viilgaris, et de l'Eperlan {Osmerus eperlanus], n'a donné pour 100 que 17,4 à 19,3, celle de l'une de nos anguilles ordinaires [Any. latiro- stris) a laissé 33,6, et celle du Scomber scombrus 37,9. Quant à la Rtiie bouclée, sa chair renferme autant de parties sèches, à quelques dixièmes près, que le Salmo umbla, le Fario anjen- teus, c'est-à-dire 22,2 pour 100. (1) Je les ai plusieurs fois abordées dans mes cours et particulièrement dans ceux de 18r)5 et de 18â7, dont les premières leçons ont été reproduites par le journal la Science (30 avril, — 14 juillet l&b[>] cl dans la Revue des Cours publics {2'2 février, — 29 mars 18J7). On y trouve «luelques développements sur ce sujet et sur les dilférentes applications pratiques de la science qui a pour objet l'étude des poissons. SENSIBILITÉ. SYSTÈME NERVEUX. 65 Ces chiffres indiquent également le pouvoir nutritif. Par con- séquent, sous ce rapport, la Raie est plus éloignée des poissons dont la chair est très-nourrissante que de ceux où elle Testa un plus faible degré. IL SENSIBILITÉ. Des animaux doués, comme le sont les Plagiostomes, d'une grande énergie musculaire, d'une force de vitalité remarquable et d'organes dont le jeu, en raison même de leur structure très- parfaite, est actif et régulier, devaient être et sont, en effet, pourvus d'un système nerveux bien développé. Ils ne peuvent être comparés sous ce rapport il est vrai, aux animaux verté- brés supérieurs, mais, parmi ceux dont la température est va- riable, ils occupent un rang élevé. L'étude des organes de la sensibilité comprend d'abord celle des centres nerveux, des nerfs qui en émanent, et des nerfs et ganglions qui constituent l'appareil du grand sympathique, puis des organes des sens. SYSTÈME NERVEUX. Les centres nerveux constituant l'axe cérébro-spinal, et les nerfs qui en proviennent, présentent, chez les Plagiostomes comparés aux poissons osseux, certaines particularités intéres- santes à signaler. Je ne m'arrêterai qu'à celles qui méritent de fixer plus spécialement l'attention. Ici, comme dans tous les animaux de la môme classe, l'en- céphale et la moelle épinière sont loin de remplir les cavités qui les logent, si ce n'est dans le très-jeune âge, où la dispro- portion de volume entre les centres nerveux et la capacité des enveloppes cartilagineuses est moins marquée. Un liquide de consistance gélatiniforme remplit l'intervalle que laissent entre elles les membranes d'enveloppe : d'une part, la dure-mère, plus ou moins adhérente, par sa face externe, aux pièces soli- des de l'étui cartilagineux, et, d'autre part, la membrane vas- culaire, ou pie-mère, qui est souvent tapissée par un pigment noir. C'est dans les mailles très-lâches d'un tissu conjonctif, te- nant, en quelque sorte, lieu de membrane arachnoïde, que cette substance à demi-fluide est épanchée. Jamais, au reste, la différence de dimensions entre la moelle et la cavité du rachis Poissons. Tome L S 66 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. n'est comparable à celle qui se remai-que dans la boîte encé- phalique. \S encéphale des poissons est fort simple dans son aspect gé- néral. Il se compose de lobes pairs et d'un ou deux lobes médians, placés les uns à la suite des autres. Sa comparaison, dans les Plagiostomes et les poissons osseux, ne montre pas de différences très-notables, mais la détermination précise et exac- tement comparative de ses différentes portions, chez les uns comme chez les autres, a beaucoup occupé les anatomistes. Cu- vier, avec l'admirable lucidité qu'il apportait dans l'exposé des opinions d'autrui, a fait connaître la singulière divergence des conclusions auxquelles cette étude a donné lieu [tiist. Poiss., t. I, note de la page 415-449). Celles de l'illustre ana- tomiste, contenues dans le chapitre dont il s'agit (p. 415-434), ont été elles-mêmes discutées. Laurillard et M. Fréd. Cuvier ont fait connaître en 1845 (Cuv., Leç. Anat. comp., S*" éd. t. III, p. 125-149) les recherches ultérieures sur le même sujet. Je renvoie donc à ces ouvrages pour l'historique d'une question sur laquelle je dois être bref, car l'encéphale des Plagiostomes, qui a une structure plus simple que celui des poissons osseux, devant seul m'occuper, je m'écarterais beaucoup trop de mon sujet, si je présentais ici, même sous une forme résumée, les observations concernant ces derniers (1). Le travail le plus récent sur ce point délicat d'anatomie est dû à MM. Philipeaux et Vulpian. Présenté à l'Académie en 1862, comme pièce de concours pour le grand prix des sciences physiques, prorogé à 1864, et relatif à VAnatomie comparée du système nerveux, leur mémoire, encore inédit, qu'un grand nombre de beaux dessins accompagne, a, sur la proposition de la Commission, reçu des encouragements qui les engagent à donner à leur travail une nouvelle extension [C. rendus Ac. des Se., [SQ%l.LY, p. 951). Or, ces anatomistes n'ayant pas borné leurs études au groupe des poissons osseux, mais s'étant occupés aussi, avec un grand soin, de l'encéphale des Plagiostomes, ils sont arrivés à une détermination très-nette des parties dont il se compose chez les uns et chez les autres (2). (1) Un exposé très-méthodique, avec une synonymie fort détaillée pour chacune des parties dont l'encéphale des poissons d'eau douce de notre pays se compose, aété donné en 1850 par M. Klaatsch {De cerebris piscium ostacanthorum aquas nostras incolentium, iig.). (2) Je ne parle ici que du travail cité plus haut, car ils se sont aperçus, SENSIBILITÉ. CEINTHES .NERVEUX. 67 De concert avec ces anatomistes, j'ai comparé à leurs des- sins, des cerveaux dont Texactitude est si remarquable qu'il m'a semblé utile d'en faire copier plusieurs sur la planche 2 de r Atlas. Ces dessins montrent avec netteté comment, mal- gré une uniformité absolue de composition , il y a cependant pour des organes identiques, auxquels se rapporte toujours le même chiffre sur toutes les figures, des différences assez nota- bles de formes. L'encéphale d'une Raie bouclée [R. clavata) y est vu en des- sus (fig. 1), en dessous (fig. 2) et suivant une coupe latérale (fig. 3). Celui de l'Ange [Squatina vuUjaris] est représenté en dessus (fig. 4) et en dessous (fig. 5). Les figures 6, 7 et 12 mon- trent, par leur face supérieure, l'encéphale de l'Emissole [Mus- telus vulgaris), de l'Aiguillât [Acanthias vulgaris) et d'une Tor- pille [Torpédo marmorata) . Enfin, pour permettre une compa- raison avec les poissons osseux, j'ai ajouté l'encéphale de la Brème (fig. 8 et 9) et du Congre (fig. 10 et 11), vus l'un et l'au- tre en dessus et suivant une coupe latérale. En procédant d'avant en arrière, dans l'examen des diverses régions de Vence'phale et de ses dépendances, on voit d'abord les parties qui se rapportent à l'organe de l'odorat. Les nerfs olfactifs (1, fig. 1) (1) sont, le plus souvent, très-courts chez les Plagiostomes et pénètrent dans l'appareil nasal presque aussi- tôt après leur sortie du lobule olfactifs nommé rhinencephalon par M.Rich. Ovven [Lect., etc., p. 184). Il en est de même dans un petit nombre de poissons osseux (fig. 8). Chez beaucoup d'autres, ils sontlongs (1, fig. 10 et 11) quandles lobules olfactifs d'où ils émanent restent très-rapprochés des lobes cérébraux, et sont presque sessiles. Cependant il peut arriver que, malgré cette dernière circonstance, les nerfs soient fort peu prolongés; l'Emissole, l'Acanthias fournissent des exemples d'une sem- blable disposition. Par suite de ce voisinage des lobules ol- factifs et du cerveau, il semble qu'il y ait une paire de lobes de plus que chez les autres poissons. en poursuivant leurs recherches entreprises depuis plus de dix ans, qu'ils s'étaient mépris relativement à quelques-unes des interprétations énoncées par eux dans un mémoire antérieur dont le but, avaient-ils dit, était « de montrer que l'encéphale des poissons est composé des mêmes parties que celui des animaux vertébrés supérieurs^ et que ces parties, à très-peu de différence près, sont disposées de la même façon. » (C. rendus Ac. se. 1852, t. XXXIV, p. 537.) (1) Toutes les figures de I'Atlas auxquelles je renvoie appartiennent à la pi. 2. 68 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Le pédicule du lobule, ou processus olfactif [prolonijement rfiinencéphalique de M. Rich. Oweu), qui Tuiiit à Fencéphale, n'est pas toujours très-court. Il offre, au contraire, une grande longueur chez la Raie, la Squatine (3, fig. 1-3, 4, 5 et 12), ainsi que chez plusieurs poissons osseux (3, fig. 8 et 9). Ce processus est creusé d'une cavité qui est la continuation du ventricule latéral du cerveau. La portion antérieure de Tencéphale est constituée par les lobes cérébraux (proscncephala, Rich. Owen). Nettement sépa- rés sur la ligne médiane d'avant en arrière chez les poissons osseux (4, lig. 8 et 10), ils sont confondus, chez les Plagiosto- mes (4, fig. 1-2, 4, 5 et 6), en un seul lobe. Ses faces supérieure et inférieure présentent, d'avant en arrière, un léger sillon, qui est quelquefois la continuation d'une échancrure du bord anté- rieur (4, lig. 7). Ce cerveau proprement dit est remarquable chez les Squales et les Raies par ses grandes dimensions, d'où résulte, quand on le compare aux lobules olfactifs, une différence très-manifeste et plus considérable que chez lespoissons osseux. Les renflements latéraux plus ou moins prononcés de l'en- céphale, et d'oi!i s'échappent les processus, sont des rudi- ments de lobes olfactifs ; mais on ne peut pas les considérer comme distincts des lobes cérébraux. Ceux-ci sont creusés chacun d'une cavité peu considérable, prolongée jusqu'à l'ori- gine des processus : c'est le ventricule latéral (9, tîg. 3). En arrière du cerveau proprement dit, à la région supérieure, il y a, sur la ligne médiane, chez les poissons osseux, le cona- rium ou glande pinéale (5, fig. 8 et 10). Chez les Plagiostoraes, il n'y a, dans ce point, que les membranes encéphaliques, fer- mant, à sa partie supérieure, la cavité qui représente, d'une façon rudimentaire, le 3*^ ventricule. Ils manquent donc de glande pinéale analogue à celle des poissons osseux. Derrière la première paire de lobes de l'encéphale, et der- rière la glande pinéale, quand elle existe, au devant de la paire de lobes creux dont je vais parler, on voit très-bien sur les Plagiostomes (27, fig. 1, 3, 4, 6, 7 et 12), à droite comme à gauche, en dessus, une fine bandelette blanche, qui est la racine postérieure ou supérieure et principale du nerf optique du même côté, un peu confondue avec le pédoncule cérébral qu'elle contourne pour venir réunir ses libres à celles de la ra- cine antérieure. Les lobes au-devanl desipiels elles soûl placées et dont elles proviennent sont, conformément à la détermination d'Arsaky, SENSIBILITE. CENTRES NERVEUX. 69 de Tiedemann et de M. Serres, adoptée par MM. Philipeaux et Vulpian, les représentants à eux seuls des tubercules qua- drijumeaux de l'homme {nates et testes) , réduits ici, comme dans les oiseaux et les reptiles, au nombre de deux. Ce sont donc les tubercules bijumeaux (6, fig. 1, 3, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12). Sur les figures 2 et 5, où Fencéphale est représenté par sa face inférieure, on les voit à peine, et, pour éviter toute confusion, le n" 6 y manque. Ces lobes creux, comme on les nomme souvent, et constituant le mesencephalon de M. Richard Owen, ont beaucoup embarrassé les anatomistes. Cependant leur détermination est fort simple, et toute équivoque cesse quand on considère, les couches optiques d'ailleurs faisant défaut, qu'ils sont le lieu d'origine des nerfs de même nom. Aussi, à cause de l'incertitude qui peut résulter de l'emploi des mots lobes optiques, il est préférable de n'en pas faire usage. Ces organes sont creux, et leurs cavités qui communi- quent largement sur la ligne médiane , représentent V aqueduc de Sylvius fort agrandi. Leur intérieur se voit sur les coupes latérales (6, fig. 3, 9 et 11). Chez tous les Plagiostomes, ils sont complètement vides; chez les poissons osseux, au con- traire, ils contiennent de petits renflements dont je n'ai point à m'occuper. Je dois rappeler cependant que l'examen de l'encéphale des poissons osseux démontre, comme le disent MM. Philipeaux et Vulpian, et comme les figures 9 et 11 le font voir, que ces saillies intérieures qu'ils désignent sous le nom de cotylédons (20, fig. 9 et 11) sont des dépendances du cerve- let, qui, se portant en avant pour pénétrer dans l'intérieur des lobes creux, s'y contournent et y sont circonscrites, à leur base, par les bourrelets gris que Haller a nommés tori semi-circula- res {Opéra minora, t. III, p. 201 et 215). On ne doit donc pas comparer ces portions saillantes aux organes que l'on croyait, d'après de fausses analogies , pouvoir retrouver dans l'intérieur des lobes creux, quand on prenait ceux-ci pour les lobes cérébraux. Revenons maintenant à l'examen de l'encéphale vu par des- sus. Nous trouvons derrière les tubercules bijumeaux, une por- tion volumineuse qui se présente avec des aspects divers : c'est le cervelet (7 sur toutes les figures, excepté les figures 2 et 5, où il ne peut point être vu, parce que l'encéphale y est repré- senté par la face inférieure). Sous sa forme la plus simple, dans les poissons osseux (7, fig. 8 et 10), chez la Squatine (7, fig. 4), il a un aspect assez analogue h celui des tubercules qui le pré- 70 ORf.A^iiSATION DES PLAGIOSTOMES. cèdent. Sur sa ligne médiane, on voit un sillon longitudinal peu profond, et Torgane, quoique médian et impair, semble formé de deux lobes, mais cette séparation n'est que superfi- cielle. Dans d'autres (7, fig. 1, 7 et 12), il porte en outre une pe- tite scissure transversale. Court, superficiel et placé précisé- ment sur le milieu de la longueur du cervelet, ce second sillon n'a pas, chez TAcanthias (7, fig. 7), l'importance qu'il acquiert chez les Raies (7, fig. 1 et 3), oi^i il est plus antérieur, assez profond pour simuler une anfractuosité , et suivi d'un autre sillon également transversal et qui lui est analogue, mais plus superficiel. Dans sa moitié antérieure, le cervelet, de chaque côté, est un peu déprimé. Il se présente donc ici avec un aspect particulier, qui devient plus remarquable encore dans l'Emissole (7, fig. 6), où il est creusé de quatre sillons trans- versaux profonds, analogues à ceux du cervelet des oiseaux. D'autres sillons encore parcourent ses régions latérales et postérieures : dirigés d'avant en arrière, et de dehors en de- dans, ils sont parallèles, légèrement courbes et interrompus au milieu du bord terminal du lobe cérébelleux par une petite scissure longitudinale. La différence considérable de volume entre le cervelet des Plagiostomes et celui des Lamproies, qui consiste en une simple bandelette, ne confirme nullement l'hypothèse de Gall, touchant l'influence que cet organe exercerait sur la fonction de la géné- ration. Aucune espèce, en effet, comme M. Rich. Owen le fait observer {Lect. comp. anat. andpJnjs. Fish., p. 187) ne s'ac- couple avec autant d'ardeur et ne se laisse moins déranger que la Lamproie pendant la réunion des sexes, quelles que soient les causes de trouble. De plus, selon la remarque exacte de Leuret [Anat. comp. syst. nerv., t. I, p. 220), le cervelet offre une très-grande analogie d'aspect et de volume chez la Morue ordinaire et chez la Roussette; tandis qu'il y a une différence considérable dans leur mode de génération, puisque les Gades se reproduisent sans rapprochement des sexes, et par consé- quent ne présentent pas le signe principal de l'amour physique. La comparaison du cervelet des Plagiostomes, dont l'énergie musculaire, particulièrement chez les Squales, est si déve- loppée, et de celui des Lamproies, fournit un argument en fa- veur de l'opinion que cet organe tient sous sa dépendance les mouvements et leur coordination, comme M. Flourens l'a dit [Bech. expériment. sur les propriétés et les fond, du syst. ner- veux, 2*édit., p. 37-43). Telle est la conclusion que M. Rich. SENSIBILITÉ. CENTRES NERVEUX. 71 Owen [Lect., etc., p. 188) tire des observations faites sur les poissons; et en étudiant ce sujet, on ne doit pas perdre de vue les résultats des expériences de M. Flourens, consignées dans un Mémoire sur V Encéphale des poissons, 1824, inséré dans laS"" édit. de ses Rech. expériment., etc., p. 426 et suiv. Ce sa- vant physiologiste n'a jamais vu Tablation du cervelet, chez les poissons, produire des convulsions; mais toujours, dit-il, l'ani- mal parut avoir perdu l'énergie de ses mouvements. Cuvier est plus explicite encore en rendant compte de ce Mémoire dans son Analyse des trav. de l'Ac. des sciences pend. Vannée 1824 (Mém. de l'Ac. 1827, t. VII, p. CLXXVII, et An7i. se. nat., 1825, t. V, p. 227) : « Quant au tubercule impair, celui que l'on regarde unanimement comme le cervelet, il a offert des phéno- mènes h peu près semblables à ceux du cervelet des quadru- pèdes et des oiseaux. Quand on l'enlève, le poisson a peine à se tenir sur le ventre; il ne nage que d'une manière bizarre; il se roule sur son axe comme le font, en volant, les oiseaux privés de leur cervelet. » Il faut cependant noter que si certains Squa- les, comme l'Emissole (Atlas, pi. 2, fig. 6), ont le cervelet très- développé, avec des scissures transversales, d'autres, tels que la Squatine (Id., fig. 4), ont cet organe plus petit. Enfin, il ne le cède pas en dimensions chez les Raies (Id., fig. 1) dont le genre de vie est bien plus lent, à celui de la plupart des Squales, qui ont une locomotion beaucoup plus active et cou- rent sans cesse les mers. En dehors du cervelet, et de chaque cùté de la moelle al- longée, dont on voit bien la forme lorsqu'on l'examine par dessous (17, fig. 2 et 5), il y a des renflements qui sont des la- melles latérales de la moelle allongée. Particulièrement volumi- neuses chez la Raie où elles ont, en quelque sorte, l'apparence de circonvolutions (8, fig. 1), assez considérables encore chez la Squatine (8, fig. 4) et chez l'Emissole (8, fig. 6), ces lamelles sont petites, au contraire, chez l'Acanthias (8, fig. 7). Toujours, elles viennent se réunir sous le cervelet en formant, par leur jonction, un angle à sommet mousse dirigé en arrière. Ce sont les lobes respiratoires de certains auteurs. Chez aucun Plagios- tome, ils n'offrent autant de développement que chez les Tor- pilles où, s'unissant à un renflement des pneumo-gastriques, ils constituent les lobes dits électriques, destinés à fournir aux appareils de même nom les nerfs volumineux qui les animent (8, fig. 12). La face inférieure de l'encéphale est plus simple que la supé- 72 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. l'ieure. Au niveau des pédoncules des lobes cérébraux, il y a les lobes inférieurs de la moelle allongée. Ce sont deux renfle- ments symétriques (10, tig. 2, 3, 9 et 11). Ces organes ne sont pas les analogues des tubercules mamillaires, puisque ceux-ci, chez les mammifères, seuls animaux où leur présence ait été constatée, sont une dépendance de la voûte à trois piliers, dont aucune trace ne reste chez les poissons. Seraient-ils, au con- traire, comparables au petit tubercule grisâtre [tuber cinereum) et si peu volumineux qu'on voit chez les animaux supérieurs, derrière la commissure des nerfs optiques et qui est continu avec la tige pituitaire? Rien ne s'oppose absolument à cette as- similation, mais alors un organe si petit d'ordinaire prendrait ici un volume beaucoup plus considérable. Quoi qu'il en soit, ces lobes sont creux et en communication avec le 3*^ ventricule par l'intermédiaire deVi^ifundibulum. Entre les lobes inférieurs de la moelle allongée se trouvent le corps et la tige pituitaire, n" 14. L'extrémité antérieure de ce corps, nommé aussi lujpophysis, est située, comme chez tous les autres poissons, derrière la commissure des nerfs optiques. Son développement ne présente rien de particulier k noter chez les poissons osseux (14, fig. 9 et 11). Dans la Squatine (14, fig. 5) il est assez volumineux; mais chez les Raies, il est considérable (14, fig. 2 et 3), très-allongé et terminé en T à son extrémité postérieure. De chaque côté du corps pituitaire, on voit, sur les Raies (16, fig. 2), des organes abondamment pourvus de sang et qui n'of- frent pas la structure de la substance cérébrale. Ils ont reçu le nom de sacs vasculaires. Chez la Squatine (16, fig. 5) ils sont confondus en un seul, qui forme une couronne presque com- plète au-dessous des tubercules inférieurs de la moelle allon- gée, transformés eux-mêmes en une sorte de bourse vasculaire. On peut les voir, en grande partie, à la face supérieure, de chaque côté de l'extrémité postérieure du cervelet, chez l'A- canthias (16, fig. 7). La disposition relative des cavités ventriculaires est sembla- ble dans tous les poissons. On constate, il est vrai, des diffé- rences de grandeur ou de formes, mais leurs rapports mutuels servent eux-mêmes de guides pour la détermination des orga- nes au milieu desquels elles sont creusées. Sur la coupe verti- cale de l'encéphale de Raie, on les voit d'une façon très-nette. Ainsi, la plus antérieure qui occupe le centre de la première paire de lobes (9, fig. 3), est le ventriciile latéral. Celle qui SENSIBILITÉ. NERFS ENCÉPHALIQUES ET RACHIDIENS. 73 vient après ne peut être, ù cause de ses relations avec la précé- dente, et n'est autre, en effet, que le ventricule moyen ou 3** ventricule (11, fig. 3), dont le plancher est constitué par les pédoncules cérébraux, mais dont le plafond consiste seule- ment en une lame presque complètement membraneuse. Son petit canal de communication avec la tige pituitaire, dit infmi- dibulum, s'ouvre à la partie antérieure du plancher de Vaque- duc de Sylvius (13, fig. 3). Celui-ci va au 4" ventricule. Selon Tordre ordinaire, cet aqueduc passe sous les tubercules qui, simplifiés ici, deviennent, comme il a été dit précédem- ment, tubercules bijumeaux. Il débouche entre les pédoncules de cet organe sur la ligne médiane, dans le 4" ventricule (15, fig. 1, 3, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12). Tantôt, on ne voit au-delà du bord postérieur du cervelet, en l'examinant par dessus, qu'une petite portion de ce ventricule (15, fig. 1, 6,10,12). Tantôt, au contraire, il est apparent sur une longue étendue : Squatine (15, fig. 4), Acan- thias (15, fig. 7). Il prend un développement en rapport avec le volume du cervelet dont il est, en réalité, le ventricule. Or, chez les Raies, il en suit les replis et se prolonge loin en avant et en arrière dans son épaisseur. Cette cavité ventriculaire se continue dans le centre de la moelle presque jusqu'à son ex- trémité. Je ne m'arrêterai pas à la description des nerfs encéphaliques. Ils sont au nombre de onze paires , le nerf spinal manquant. L'origine apparente du glosso-pharyngien se confond presque avec celle du pneumo-gastrique. Le nerf hypoglosse naît très en arrière, comme chez les autres poissons. La planche 2 de I'Atlas, à laquelle j'ai sans cesse renvoyé dans les descrip- tions précédentes, donne de ces nerfs une excellente représen- tation que complète l'explication des figures. On trouve, d'ail- leurs, beaucoup de détails relatifs à ces nerfs tels qu'ils se présentent chez les Raies, sur les pi. I, XXXIV et XXXVII de Monro [Struct. and phijs. fish.). On peut aussi comparer la pi. X de Swan [Illustr. comp. anat. nerv. system). Relativement au nerï pneumo-gastrique, je dois signaler des observations faites sur sa distribution chez la Raia bâtis et la Pastenague ordinaire, par M. Béraud (C. rendus de la Soc. de biologie, mars 1849). Ce gros tronc fournit d'abord qua- tre nerfs branchiaux. Ils donnent chacun un filet qui se ra- mifie dans la membrane muqueuse du plafond de la cavité buccale, puis se divisent en deux rameaux : l'un, plus volumi- 74 ORGAIVISATION DES PLAGIOSTOMES. neux, occupe la face antérieure de la branchie; Tautre se ré- pand sur la face postérieure. Le premier, après être sorti de Forgane respiratoire, va animer la membrane muqueuse de la bouche à la région antérieure; le second, au contraire, se ter- mine dans la branchie. M. Swan [Illustr. comp. anat. nerv. syst., pi. XI) montre sur la Raie hatis, les quatre branches du pneumo-gastrique promptement bifurquées pour se rendre sur les deux parois de chacune des branchies, et, de plus, le glosso- pharyngien (n" 4) qui, après avoir fourni des filets aux parois antérieure et postérieure de la première cavité branchiale, se perd dans la membrane muqueuse de la bouche. Voyez aussi la figure 12, pi. 2 de T Atlas. Le pneumo-gastrique donne ensuite un nerf œsophagien (1, pi. IX, de Swan), qui va se répandre sur Testomac et entre en communication, au moyen de filets d'anastomose, avec le grand sympathique. Ces communications, on a lieu de s'en étonner, sont niées par M. Béraud dans le travail que je viens de citer, et dans une autre communication k la Soc. de biologie, mars 1849, sur le grand sympathique des Raies. Enfin, le pneumo-gastrique se continue par un nerf latéral logé à droite comme à gauche, dans un interstice musculeux. On a une très-bonne représentation de ce nerf latéral sur la pi. XI, n" 7 de Swan {Illustr., etc.), et un peu au-dessus de son origine, on voit (n" 6) le commencement de la branche qui va aux organes digestifs. Sur différents poissons, et en particulier sur un Squale qu'il désigne simplement sous les noms de pesce cane., M. Arm, Moreau a soumis cette branche latérale à la galvanisation (C. rend. Soc. biologie, juillet 1859). Il a constaté que, malgré l'in- fluence de cet excitant, on n'obtient pas de mouvement dans les parties auxquelles ce nerf se distribue; mais les signes de la sensibilité, c'est-à-dire les mouvements réflexes généraux se sont produits. Cette sensibilité, comme chez les animaux verté- brés supérieurs, est plus obtuse que celle des nerfs rachidiens. Je ne ])uis pas, sans m'éloigner du but que je me propose dans cette revue de l'organisation des Plagiostomes, entrer dans les détails que l'histoire des nerfs encéphaliques exige- rait si je devais la présenter ici, même sous une forme abrégée. Il faut surtout recourir, pour connaître les résultats fournis par l'étude aiiatomique et physiologique de cette portion du système nerveux, au savant Mémoire de M. Stannius [Dasperi- pherische Nerven.system der Fische, 1849, fig.). SENSIBILITÉ. >ERFS ENCÉPHALIQUES ET RACHIDIENS. 75 Les 7îerfs rachidiens, comme chez les autres animaux verté- brés, naissent de la moelle épinière par deux racines, Tune antérieure ou inférieure, l'autre postérieure ou supérieure, fournies par les cordons antérieurs et postérieurs de la moelle épinière. Elles émanent de points exactement correspon- dants de chaque côté, de sorte qu'elles constituent des paires dont le nombre est égal à celui des vertèbres. Ce n'est, au reste, que dans la région du tronc qu'il y a cette régularité. Il n'en est plus de môme à la queue, où il existe une alternance par suite de laquelle le nombre des nerfs se trouve diminué de moitié. La portion de la région caudale du rachis de VAlopias vulpes, représentée sur I'Atlas (pi. 1, fig. 1), fait très-bien comprendre le changement survenu dans le mode d'émergence des racines nerveuses, surtout quand on compare ce dessin à celui de la figure 2, montrant un segment dorsal de la même colonne vertébrale. (Voy. ce que j'ai déjà dit à ce sujet p. 23.) Il faut d'abord se rappeler que chaque racine traverse un trou particulier. Les orifices de la rangée supérieure [i') percés dans les cartilages intercruraux, comme on le voit surtout bien chez le Rhynchobatus lœvis, par exemple, fig. 5, servent aux racines supérieures ou postérieures. Ceux de la rangée placée au-des- sous, ouverts dans les cartilages cruraux (f), livrent passage aux racines inférieures ou antérieures. Or, il y a sur le tronc autant de paires de trous cruraux et de trous intercruraux que de ver- tèbres, et par conséquent égalité de nombre entre ces dernières et les paires nerveuses qui, à la région caudale, au contraire, sont de moitié moins nombreuses que les vertèbres. Une figure des vertèbres du tronc du Spinax où se voient les trous de sortie, a été donnée par M. Stannius [loc. cit., pi. IV, fig. 4). A une certaine distance de leur émergence, les racines ner- veuses se rejoignent. La postérieure porte un petit ganglion qui manque à l'antérieure. M. Robin [Appar. électr. des Raies in Ann. se. nat., 4847, 3'' série, t. VII) a figuré le mode de jonc- tion des deux racines (pi. 3, fig. 2). M. Stannius [loc. cit., 1849, tab. IV, fig. 7) l'a également bien représenté sur le Spinax niger et, de plus, sur l'Esturgeon. Quant au mode de jonction, M. Arm. Moreau a constaté (C. rend. Soc. biologie, mai 1858 et juillet 1859, \m\s Ann. se. waf.,1860, 4" série, t. XIII, p. 380), et ses préparations démon- trent la parfaite exactitude de son observation, que la réunion des racines d'un môme nerf a lieu à une distance plus ou moins considérable de leur point d'origine. Simplement acco- 76 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. lées riinc àrauti'O d'abord, elles se réunisseiil, soit par fusion, soit par anastomoses au moyeu de tilets nerveux qui, pai'tant de Tune des racines, se portent vers Tautre racine du même nerf ou d'un nei'f voisin. Les anastomoses se répétant à des intervalles plus ou moins rapprochés, les nerfs acquièrent de plus en plus les conditions de nerfs mixtes. Toute excitation d'un semblable cordon ner- veux produit les phénomènes de contractilité locale dans les muscles où il se rend, et, en outre, de contractilité générale, seule manifestation appréciable des phénomènes de sensibilité chez des animaux dont la souffrance ne peut pas être autrement exprimée. Avant cette réunion et pour quelques nerfs dans une étendue de plusieurs centimètres au-delà du point d'émergence de la colonne vertébrale, il est facile, comme M. Arm. Moreau l'a souvent observé dans ses vivisections sur des Raies, sur des Torpilles et sur le Squale-nez, de s'assurer de la façon la plus positive, que chaque racine est douée, comme chez les autres vertébrés, de propriétés physiologiques très-distinctes. Cette dissemblance dans le rôle des racines nerveuses avait été établie déjà, à l'aide de moyens mécaniques et de la galva- nisation, par M. Stannius, comme il le rappelle {Dos pcriphe- rische IS criH'mijstem der Fische, p. 114). Cependant, les expéri- mentations soit de cet habile anatomiste, soit de Wagner, qu'il cite comme mentionnées dans un ouvrage que je n'ai pas pu con- sulter, diffèrent de celles de M. Arm. Moreau, en ce qu'elles n'étaient faites que sur la portion très-courte des racines qui, chez les Squales, précède leur réunion apparente. La disposition des nerfs rachidiens destinés aux nageoires latérales est très-intéressante à étudier chez les Raies. On la voit parfaitement dans son ensemble sur la \)\. XI de Swan (//- lustr. cnmp. annt. ncrv. sijst.: R. batit^), et en partie sur sa pi. X, puis sur la pi. XXXIV de Monro [Str. and phyt^. fisli.). Cuvier et ses continuateurs [Lee. anat. comp., t. VII, p. 266- 268 et 277) ont décrit avec soin l'arrangement plexiforme de ces nerfs. En sortant de la colonne vertébrale, les 20 premières paires rachidiennes sont reçues dans les gouttières latérales du rachis (voyez plus haut, p. 15). Elles s'y réunissent en un tronc qui passe dans le trou le plus antérieur des cartilages en voûte (p. 34) auxquels la nageoire est suspendue. Ce tronc s'infléchissant en dehors et en avant, se porte le long du bord des cartilages représentés sur I'Atlas, pi. 1. fig. 9, et ser- vant de snpjjort aux rayons du tiers antérieur de la pectorale. SENSIBILITÉ. GRAND SYMPATHIQUE. 77 Il se divise alors dans le tissu musculaire en un nombre de ti- lets égal à celui des rayons. On pourrait comparer ce premier tronc, comme le fait Laurillard (Cuv., Leç.., etc., p. 267), au ra- dial, et les deux autres, dont les branches se répandent dans le reste de la nageoire, au médian et au cubital. Le médian résulte de la réunion des 4 ou 5 paires vertébrales qui suivent les 20 premières. Il sort par la même ouverture que le précédent, mais plus en arrière, pour se répandre dans la partie moyenne de l'aile, dont la postérieure est animée par les divisions très-mul- tipliées du troisième tronc ou cubital, composé des 20 paires nerveuses qui viennent après les 25 premières. Ce nerf traverse Torifice le plus reculé du cartilage en voûte de l'épaule, se place le long des cartilages postérieurs qui supportent les rayons, puis se divise en un certain nombre de filets. Dans les muscles des nageoires ventrales, la distribution des nerfs est la même que dans ceux des pectorales. Ils proviennent de 45 à 18 paires rachidiennes : les premières forment un tronc ramifié au niveau des rayons les plus antérieurs; les autres en- voient isolément des filets dans le reste de la nageoire. Les nerfs de la queue, chez les Raies, ont été l'objet d'une étude particulière de la part de M. Ch. Robin {App. electr. des Raies, in Ann. se. nai., 3*^ série, t. VII, p. 219-232, pi. 3, fig. 2). J'ai déjà signalé l'alternance d'origine des paires rachidiennes dans cette région, et par suite, la diminution de moitié du nombre de ces paires; je noterai donc simplement ici la for- mation de nerfs longitudinaux qui reçoivent des branches déta- chées des nerfs rachidiens après la réunion des deux racines, et donnent des filets musculaires et cutanés dans toute l'étendue de la queue, sans en fournir aux prétendus appareils électriques, ceux-ci étant animés par des branches sorties des nerfs rachi- diens avant qu'ils forment les cordons longitudinaux. Le système nerveux du grand syntpathique a été étudié chez un certain nombre de Plagiostomes, et l'on trouve, sur ce sujet, des indications détaillées dans les deux ouvrages de M. Stan- nh\ii[Daspenpher. Nervensyst. Fisch., p. 131 et 134, etHandbucli zooL, 2" édit., p. 143-147, § 62). Celui de la Raia bâtis a été figuré avec beaucoup de soin par M. Swan {Illustr., pi. IX). Il manque dans la cavité crânienne, et n'a été observé que dans la région ventrale, où il se présente sous la forme de ganglions disposés en double rangée, une de chaque côté de la colonne vertébrale. Ils y sont réunis les uns aux autres par des filets de substance nerveuse grisâtre. Ils accompagnent les artères du 78 0RGA>'1SAT1()IS DES PLAGIOSTOMES. tube digestif, et envoient, dans les organes auprès desquels ils sont placés, des rameaux plus ou moins nombreux.. M. R. Remak a également étudié le grand sympathique sur des Roussettes adultes et jeunes, appartenant aux espèces dites Scyllium canicula elcatulns, où il offre un développement re- marquable {Fvovw[Vs F\ eue ISotizcn, 1837, t. III, juill. -septembre. Vermischte anat. Bcobaclit. : V Leber den N. sijmp. Haifisclie, p. 153). Sur tous les nerfs spinaux, à peu île distance de leur sortie du canal vertébral, et de chaque côté, il y a des ganglions aplatis ; ils diminuent de volume à mesure qu'ils se rapprochent de la queue, et donnent des tilets à ces nerfs et à la moelle. Le plus volumineux de ces ganglions et qui est en même temps le plus antérieur, se trouve placé à côté de Toesophage, au com- mencement de restomac. Il fournit un grand nombre de ramus- cules dont plusieurs sont pourvus de renflements ganglionai- res. Les uns vont aux branchies, les autres se réunissent, en formant un ganglion grêle, u une branche stomacale assez forte du nerf vague et vont à l'estomac, au-delà duquel ils échappent aux recherches. Le sympathique semble se perdre par sa jonc- tion avec le nerf vague. En arrière, il peut être suivi plus loin, mais M. Remak n'a pas aperçu sa terminaison. Il convient de citer aussi les recherches de M. Giltay un peu antérieures aux précédentes (1834). Il a représenté la disposi- tion qu'il a trouvée chez le Sq. acanthias, sur la pi. I, tig. V, jointe à son Mémoire De nervo sympathico. Il a constaté égale- ment une communication avec le nerf vague, au moyen de deux branches partant d'un ganglion triangulaire placé au-devant de l'estomac et d'oi^i émanait, en arrière, une branche munie d'un petit renflement, au-delà duquel il l'a vu se perdre. ORGANES DES SENS. Pour conipléler l'histoire du système nerveux, il me reste à parler des organes spéciaux destinés à recevoir vX à transmettre les sensations venues du dehors, et qui mettent l'animal en rap- port avec le monde extérieur. Le sens du toucher étant le plus simple de tous, son étude doit précéder celle des autres sens. L SENS DU TOUCHER. Très-oblus, sans doute, chez le plus gi'and nombre des Pla- gioslomes, par suite de la rudesse de leurs téguments, ce sens SEISSIBILITÉ. TOUCHER. 79 n'a point de siège spécial. Certaines Roussettes, le Gynglimo- stoma cirratum, par exemple, ont la valvule nasale prolongée en un petit lobe. Les Squatines, surtout l'espèce dite Squat, aculeata, et la singulière Roussette, nommée précisément à cause de cette particularité Crossorhinus barbatus, portent, au bord antérieur de la tête, de petits lambeaux cutanés analogues à ceux de la Baudroie. Aucun de ces poissons cependant, ex- cepté le Squale à bec de scie [Pristiophorus cirratus)., n'est muni, comme divers Cyprins ou comme les Silures, des longs bar- billons qui semblent devoir être le siège de quelque sensation tactile particulière. Chez aucun, non plus, les pectorales n'ont les rayons isolés, un peu comparables à des doigts, et qui ca- ractérisent les Trigles que mon père [Zool. analyt.., 1806, p. 131) a nommés Dactyles. La peau des Plagiostomes enveloppe généralement le corps d'une manière exacte, surtout au crâne. Aussi, est-il rare qu'elle soit mobile sur les parties sous-jacentes, comme elle l'est, par exemple, chez les grenouilles. Cette mobilité, cependant, se voit chez les Torpilles, où le tissu conjonctif sous-cutané est bien plus lâche que dans les autres groupes. Chez ces dernières, elle est absolument nue, tandis que chez les autres Plagiosto- mes, elle est plus ou moins protégée par des pièces dures déve- loppées dans son épaisseur, et que je décris ci-après avec tous les détails nécessaires. Sous l'épiderme, qui est d'une épaisseur variable et ne re- couvre pas les parties saillantes de la peau, à moins qu'elles ne dépassent k peine la surface externe, il y a une couche mu- queuse supportant un pigment peu abondant. Les couleurs des Plagiostomes sont beaucoup moins variées que celles des pois- sons osseux. Jamais elles ne présentent les teintes vives et écla- tantes ou les reflets métalliques si remarquables chez ces der- niers. Le brun verdâtre ou jaunâtre constitue, d'ordinaire, le fond de leur système de coloration. Le noir, surtout, s'y montre sous l'apparence de points, de taches plus ou moins régulières ou de bandes. Le blanc se marie quelquefois aux teintes som- bres avec assez d'élégance. Ainsi, dans la famille des Rousset- tes, par exemple, on trouve plus de variété que chez les autres Squales qui, le plus souvent, sont unicolores. Certaines Raies sont également assez ornées, mais jamais la livrée des Plagios- tomes et même des espèces des mers les plus chaudes, ne peut être comparée à celle des autres poissons. De la surface du derme s'élèvent des papilles chez le Sajmnus 80 ORGAMSATION DES PLAGIOSTOMES. lichia, dans le voisinage des lèvres (Leydig, Beitr. mikr. anal. Roch. und Haie, p. 80); mais lenr présence est, chez les Séla- ciens, une particularité rare et difficile à constater. La peau est richement vasculaire, et chez la Raja clavata exa- minée peu de temps après la mort, comme j'ai eu occasion de l'observer au bord 'de la mer, on voit, à la base des boucles, par- ticulièrement des plus volumineuses, un réseau capillaire. Il y a aussi des nerfs répandus dansTépaisseur du tégument (1), mais leur étude se rattache à celle du système des canaux cutanés dits tubes muqueux, dont j'ai nuiintenant à m'occuper, et qui leur servent de supjjort. Notons d'abord que la peau des Plagiostomes, et particu- lièrement des Raies est, comme dans les autres poissons, cou- verte de mucosités qui, formant un enduit toujours renouvelé, protègent les téguments contre l'eau, dont le contact immédiat et continuel n'aurait pu manquer d'exercer une action nuisible. D'où proviennent-elles? Le célèbre anatomisti» Nicolas Stenon ayant trouvé dans la Raie, dans un Squale, jmis dans rAnguille, des pores et des méats cutanés, a soupçonné qu'il avait affaire aux sources de ce mucus (2). Cette supposition est discutée plus bas après l'étude de ces organes. En 1785, Alex. Monro a particulièrement appelé l'attention sur les canaux cutanés dont les pores sont les orifices extérieurs. Dans les planches VI et VII de son grand ouvrage [The struct. and physiol. of fishes), il a donné de belles figures de ces tubes chez la Raie. Ils forment, de môme que chez les Squales, deux groupes : 1" les uns, à plus grand diamètre et à parois plus épaisses, peuvent être considérés comme des tubes ce)tti-aux; (1) M. Brackel a conclu de ses recherches microscopiques sur la struc- ture intime de la peau, qu'elle est formée, comme chez les autres animaux vertébrés, de couches de fibres de tissu conjonctif superposées; le vo- lume de ces fibres va en diminuant, des régions profondes vers la super- ficie (De cutis orgam Plagiostomorum, 1858, p. M). (2) Observât, anat. quibus varia oris, oculurum, ..... et muci fontes de- ieguntur, etc., 1662, in-t2. A défaut de cet ouvrage, devenu raie, on peut prendre connaissance des observations de Stenon, dans Blasius, Anntome vnimalium, etc., in-4>', 1681, De cane carcharia, p. 264 Lorenzini, Osserv. int. aile Torped., 1678, était, à cet égard, du même avis que Stenon (p. 8, pi. I, fig. 1 et 2, et explication, p. 10). Rivinus (Aug. Quir.) a étudié ces pores sur le brochet, mais je n'ai pas à insister ici sur sa dissertation Oljscrvalio anatorn. circn poros in piscium cutenotandos {Actaeruditorum, 1687, p. 160), puisqu'il n'y est pas question des poissons cartilagineux. SENSIBILITÉ. SENS DU TOUCIIEK. 81 2" les autres, plus spécialement nommés tubes jniiqueux, sont moins gros, et ont des parois moins résistantes. 1" Les plus volumineux, ou tubes centraux, sont représentes par Monro, injectés avec de la cire; mais il n'est pas difficile, même sans cette préparation , de mettre à découvert leurs branches principales et les ramifications qui s'ouvrent par les pores extérieurs. Ils décrivent des dessins réguliers à la région supérieure , et particulièrement à l'inférieure où ils sont plus nombreux. Dans les Raies, ils y entourent le car- tilage médian du museau , le bord antérieur de la bouche, le bord libre des valvules nasales et forment des anses. Un de ces tubes se prolonge à la face inférieure du disque , au- dessous des pectorales, jusqu'au-delà du dernier orifice bran- chial et remonte, après s'être recourbé, pour aller gagner le bord antérieur du disque, le contourner, puis se jeter sur la région suscéphalique, où il décrit, d'avant en arrière, un trajet assez court. Les pores cutanés dépendant de ce système des tubes volu- mineux sont, non pas des ouvertures de leurs parois, mais les orifices de tubes latéraux pkis fins qui en partent comme des branches, et dont quelques-unes se voient sur les planches VI et VII de Monro déjà citées. Leur disposition dans les Squales et les Chimères, fort analo- gue, d'ailleurs, à celle qu'on voit chez les Raies, a été décrite par de Blainville [Princ. d'anat. comp., t. I, p. 157), qui com- pare, avec raison, cet ensemble de tubes à l'appareil lacunaire de la ligne latérale des poissons osseux. Cette assimilation est d'autant plus fondée, que les Squales ont une ligne latérale quelquefois bien visible, mais d'autres fois à peine apparente, et qui fait [)artie de ce système de tubes ramifiés. Chez les Raies, en raison même de leur conformation, le canal longitudinal qui fait saillie sous la peau se voit, en dessus, de chaque côté du plan musculaire médian. Les tubes présentent dans leur trajet et dans les contours de leurs flexuosités, des différences génériques ou spécifiques, et même individuelles inutiles à indiquer. Je n'insisterai pas longuement non plus sur leur structure. Je dois cependant en signaler les principales particularités que M. Leydig a plus spécialement étudiées [Beitr. mikrosk. Anat. Rochen und Haie, p. 38, § 28). Ils ont deux parois, et on les voit bien chez les Raies : l'une externe plus ferme, ana- logue, comme enveloppe protectrice, au tube calcaire du canal Poissons. Tome I. 6 82 ORGANISATION DES l'LAGIOSTOMES, latéral des poissons osseux; Tautre, interne, qui est le véri- table tube muqueux. Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'organisation de cet appareil, c'est la richesse de son système nerveux. Les nerfs, en effet, perforant le tube d'enveloppe, pénètrent dans sa ca- vité en grand nombre, et chacun forme alors un petit renfle- ment d'où partent des iilets très-ténus. La figure 2 de la plan- che 3, jointe au texte de M. Leydig, donne, sous un assez fort grossissement, une représentation très-nette de l'arrangement en série linéaire des petites masses nerveuses et des ramus- cules qui en proviennent et se répandent à la surface du tube intérieur et dans l'épaisseur même de sa paroi. La disposition que je viens d'indiquer se voit aussi chez les Squales, et même M. Leydigl'a retrouvée, mais beaucoup plus difficilement, dans le tube de leur ligne latérale. Celui-ci, au reste, quand on l'examine dans son ensemble, offre plus de fermeté que les tubes de la tête qui en sont des ramifications ; il a l'apparence et la consistance du cartilage, quoiqu'il n'y ait pas de véritable tissu cartilagineux dans sa structure. Jamais, chez les Plagiostomes, il ne s'ossifie comme chez les poissons osseux et chez les Chimères, qui offrent cependant de si gran- des analogies, dans leur organisation, avec les Squales et les Raies. L'intérieur des tubes renferme un liquide clair, analogue, pour sa consistance, à celui du labyrinthe de l'oreille. On y trouve aussi, outre les ramifications des fibres nerveuses pri- mitives, des réseaux capillaires d'une extrême iinesse; mais jamais on n'y rencontre aucune trace d'appareil glandulaire. 2° Les tubes muqueux, ou tubes delà seconde classe, beau- coup plus nombreux que les précédents, sont Irès-rapprochés les uns des autres. Ils s'ouvrent à la surface de la peau par de très-fins orifices, moins multipliés chez les Raies que chez les Squales. Ils ont, pour siège principal, le museau, et forment dans leur ensemble, particulièrement sur cette région et sur le disque des Raies, sans en excepter les Torpédiniens, des dessins variables suivant les espèces. Aussi, leur comparai- son peut-elle quelquefois être utile pour les distinctions spé- cifiques. Sans entrer ici dans de plus longs détails, je me bornerai à indiquer, comme étant un bon spécimen, la dis- position de ces pores, telle que je l'ai étudiée sur le Lamna cornubica. A la région supérieure, ils forment deux bandes représen- SENSIBILITÉ. SENS DU TOUCHER. 83 tant un A dont la pointe est située un peu en deçà de Textré- mité du museau et dont les branches s'arrêtent au-dessus du milieu de l'œil. Chaque face latérale est percée de pores sem- blables aux précédents; ils forment une bande étroite en avant et élargie en arrière, mais plus courte que les supérieures : com- mençant au même niveau, la bande ne va pas jusqu'à l'œil. Une autre bande de pores occupe, de chaque côté, le dessous du museau, et s'arrête à la narine. Les orifices, qui ressemblent à des trous faits avec une épingle, ne présentent pas une très- grande régularité dans leur arrangement. Ils sont au nombre de 90 à 100 dans chaque bande; de sorte qu'on en peut comp- ter 600 environ sur tout le museau. Les tubes, à leur origine, sont réunis en paquet et entourés sur ce point par une enveloppe fibreuse formant capsule. De là, ils partent, comme le montrent les pi. VI et VII de Monro, en divergeant à la manière de rayons émanant d'un centre. Ils commencent chacun par une extrémité en forme de cœ- cum, le plus habituellement renflée comme une petite ampoule, dans l'intérieur de laquelle un tronc nerveux très-fin pénètre, accompagné de quelques ramifications vasculaires. Les études microscopiques de M. Leydig sur ces ampoules, lui ont permis d'y reconnaître des différences qu'il a décrites [lue. cit., p. 41- 43, § 29) et figurées pi. I, fig. 14 et pi. IL La forme extérieure peut être fort simple, comme chez la Squatine oii il y a, seule- ment à l'intérieur de l'extrémité aveugle qui n'est point renflée, des cloisons verticales dirigées de la circonférence vers le cen- tre. Chez les autres Squales et les Raies où les tubes cutanés ont été étudiés, les cloisons, au contraire, soulèvent les parois de l'ampoule et déterminent des saillies (pi. II, fig. 6, Zygœna maliens). Par suite de cette disposition, sa coupe transversale rappelle l'apparence que présente la section d'une grenade. L'arrangement des cloisons est un peu différent chez YAcanthias vulgaris (fig. 3, pi. II), Les tubes et les capsules fibreuses dans lesquelles ils pren- nent naissance, sous forme d'ampoules, se trouvent non-seu- lement chez les Raies ordinaires, mais chez les Torpilles, comme Lorenzini l'a démontré le premier (Osserv. int. aile Torp. p. 22 et 23, pi. 1, fig. 4, a et b). Cette circonstance est utile à noter, car elle monlri; que Et. Geoffroy Saint-Hilaire avait été trop loin en les assimihmt aux appareils qui' dégagent de l'électricité [Mémoire sur VAnatomie comparée des organes électriques). « Ils 84 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. sont semblables, dit-il, quant ù leur nature intime et à leur structure » {An7i. du il/ws., t. I, p. 404). Cependant, c'est une ressemblance uniquement au point de vue de Tanatomie, et non de la physiologie, que ce célèbre naturaliste signalait (/«/ie superio)\, p. 249), il a essayé de justifier cet arran- iiement au moyen de la connaissance que l'on a de leur développement. Il considère ces poissons comme une forme embryonnaire du grand type des Plagiostomes. Aussi, compare-t-il les phénomènes physiologiques ob- servés chez les Cyclostomes à ceux qui se passent chez les têtards de Ba- traciens urodèles. Ce n'est point ici le lieu de discuter cette opinion. 88 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. nulées, a i-eçu le nom de chagrin , à cause de sa ressend)lance avec certaines préparations de peanx de mammifères qui ont longtemps constitué une industrie spéciale en Turquie, dans le Maroc et à Tunis (1). Elle est recherchée dans le commerce pour le polissage du bois, de l'ivoire ou des métaux. On en monte, à cet effet, des morceaux sur des mandrins en bois cons- tituant des outils de formes variées suivant les besoins de Hn- dustrie. M. le professeur Guibourt {Hist. nat. des drogues sim- ples, A" édit. 1851, t. IV, p. 178-181) a donné une description détaillée des différentes sortes commerciales. Elles proviennent, ainsi que je m'en suis assuré dans sa riche collection, de Rous- settes [Scyllium canicnla et catulus), de Leiches [Scymnus li- chia) et du Centrophorus yranulosus. C'est à cette dernière es- pèce, qui n'est pas rare dans la Méditerranée, qu'il faut rappor- ter les peaux dites, dans le commerce, (ï Aiguillât et de Sagre. Elles sont recouvertes de tubercules réguliers presque lisses au toucher et présentant un joli aspect (Atlas, pi. 5, fig. 18). Le plus rare et le plus beau chagi'in est fourni par une Pastenague des mers de l'Inde : Hypolophiis SepJwn. C'est avec ces diffé- rentes peaux qu'on fabrique le Galuchat, désigné ainsi par le nom même de l'ouvrier qui, le premier, sut les polir et les amener à un état d'amincissement convenable pour qu'elles pussent, après avoir été teintes, le plus souvent en vert, servii- de revêtement élégant et solide h. de petits meubles, à des étuis ou à des fourreaux d'armes blanches. Partout oii les Sélaciens deviennent l'objet d'une pêche, leur peau est utilisée. Dans les îles de l'Océan pacifique, par exem- ple, comme Lesson nous l'apprend [Yoij. aut. du monde de la (1) Il ce paraît pas douteux, et telle est l'opinion admise par 31. Littré dans son dictionnaire, que le mot chagrin est tiré du turc sagri, employé dans le même sens et qui signifie croupe, la peau de cette région, chez le cheval, l'âne ou le mulet, étant la plus estimée pour la préparation dont il s'agit. On a une preuve de cette étymologie par la similitude du terme dans différentes langues où évidemment il provient de la même source. Ainsi, les Italiens ont zigrino, les allemands chagrin, les Anglais shagreen, etc. Nous conservons même le nom de sagre pour un Squale (Spinax niger), appelé sagree sur les côtes de Gènes (Lacép. Hist. Poiss., t. I, p. 274), où l'on dit sngrinà, ronger, et sagrinâsc, se ronger de colère; ce qui met sous les yeux, comme le fait observer le savant lexicographe que je viens de citer, le procédé mental qui, de chagrin, peau rude, a fait chagrin, peine morale, mot nouveau dans la langue, dit-il, et où l'on ne peut apercevoir que celui jiar lequel on désigne une peau rude et grenue, utilisée pour frotter, polir et lisser, et devenu par métaphore l'expression d'une peine qui ronge. SENSIBILITÉ. SENS DU TOLCHER. 89 Coquille, Zool., t. II, l''^' partie, p. 73), les naturels se servent pour limer les substances dures, du tégument de la Raie dite Aigle de mer. Avec celui de la Raie chinoise {Platyrhina sinen- ■sis), dit-il encore (p. 76), les Japonais fabriquent des fourreaux pour leurs cimeterres. Pendant longtemps, on a négligé de s'attacher à l'étude com- parative soit de la forme, soit de la structure des pièces solides de la peau des Plagiostomes, et de chercher si leurs différences ne pourraient pas fournir des caractères distinctifs. Et même, en 1836, dans le tome III de sc<>PiecJi. sur lesPoiss. foss., où il traite des Placoïdes, M. Agassiz ne consacre pas deux pages de la quatrième partie de ce volume, à l'histoire du chagrin, tant les matériaux lui manquaient. Depuis lors, l'attention s'est portée vers ce sujet, et il est bien plus permis aujourd'hui de se rendre compte de la valeur des dissemblances offertes par l'en- veloppe cutanée. J'ajoute que, par suite de l'étude microsco- pique de la structure des scutelles, on a pu reconnaître leurs analogies avec les dents. On trouve dans l'ouvrage de MûUer et Henle, sur les Pla- giostomes, l'indication, pour le plus grand nombre des espèces, de la forme des scutelles des Squales et de celle des épines ou boucles des Raies. J'ai soin moi-même, dans les descriptions, de la mentionner et j'en ai fait iigurer un assez grand nombre dans r Atlas. La forme des scutelles cutanées constitue souvent un bon ca- ractère, en raison de sa tixité, mais elle varie suivant les espè- ces. Quand on veut les comparer entre elles chez des individus différents, il faut les étudier c'i^ns la même région, particuliè- rement sur le dos, car elles y sont plus régulières ; les autres offrent des dissemblances suivant le lieu qu'elles occupent. La pi. 3 de l'ÂTLAS donne un exemple remarquable de ce fait : les scutelles dorsales du Ceatvaeion Philippi sont représentées de face et de profil sur les figures 11 et 12 ; les surcilières, fig. 13; celles du bout du museau, fig. 15, et, enfin, les ventrales, fig. 14. La forme la plus singulière se remarque dans l'unique espèce du genre Spinax (S. niger) (Atlas, pi. 4, fig. 13 et 14). Ce ne sont plus les plaquettes dont la peau est garnie dans les autres genres. Si l'on n'y regarde pas attentivement, il semble, au pre- mier aspect, que la peau soit, en quelque sorte, couverte de poils, à cause de la longueur, de la finesse et de la légère flexibilité de ses prolongements, qui sont très-nombreux et extrêmement rapprochés les uns des autres. 90 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Quelquefois, ce sont des tubercules arrondis, sans aspérités: c'est ce qui se voit chez les Scicn, par exemple, dont la peau, couverte de très-fines écailles circulaires ou hexagones, est lisse. Il en est de même chez plusieurs Rltinobates sur les points qui manquent des aiguillons dont ils sont souvent munis comme les Raies. Un bon exemple de ces tubercules arrondis et disposés en pavés est fourni par le Centrophorus (jramdnsm déjà cité (Atlas, pi. 5, lig. 18). Sa peau forme un beau galu- chat. Presque toujours les scutelles présentent, en arrière, une ou trois pointes, dont la médiane est à peu près de la même longueur que les latérales ou les dépasse assez notablement (Roussettes, Atl., pi. 7, tig. 2) pour faire une saillie appré- ciable, non-seulement au toucher, mais à la vue. Quelquefois, elles prennent la forme d'une feuille plus ou moins eflilée en arrière. Telle est la disposition qui se remarque, par exemple, chez les Notidaniens, chez YAcanthias ordinaire, mais surtout chez le Centrophore dit C. squamosus (Atlas, pi. 5, tig. 11, 12 et 13). Il sei'ait trop long de décrire ici les formes variées des scu- telles, qui offrent souvent des différences très-notables dans la conformation, soit de leur partie saillante, soit de leur base. Les pi. 3, 5, 7, 10 et 12 de TAtlas en représentent un assez grand nombre, et je renvoie à la plupart de ces figures dans les pages qui suivent. Tantôt la surface de la scutelle est lisse; tantôt, et c'est le cas le plus ordinaire, elle porte une ou trois carènes longitu- dinales. Quelquefois, il y a jusqu'à cinq carènes, entre au- tres chez uneOxyrhine [0. SpaUanzanï), le Zygœna maliens et le Triœnodon obesus, où le nombre des saillies peut aller jusqu'à sept. Les dimensions des scutelles sont généralement peu considé- rables, et l'emploi de la loupe est le plus souvent nécessaire pour les bien distinguer ou pour y observer les particularités de conformation que je viens d'indiquer. Elles sont même par- fois très-petites, celles des CarcJuirieus, par exemple, ou des Scymniens; mais elles se présentent, ;i la région supérieure de quelques espèces, sous la forme de tubercules arrondis, comme chez les Rltinobates ou chezlaiîa/c [Ilypoloplnis] sephen (Atlas, pi. 7, tig. o). Leurs dimensions sont encore plus considérables sur la Pastenague ûllc; Anacanthns asperrimvs^ où elles forment des cônes à base élargie (Atlas, pi. 7, tig. G). Elles n'ont j^as SENSIBILITÉ. SENS DU TOUCHER. 91 toutes, quelle que soit Tespèce dont il ^s'agisse, une grandeur égale chez un même individu. Leur jiombre est très-considérable et n'a pas la même fixité que celui des écailles chez les poissons ordinaires où il vient souvent en aide au zoologiste pour la détermination des espè- ces. Leur disposition chez ceux-ci est assez régulière pour qu'il soit généralement facile de compter les rangées qu elles forment sur la longueur et sur la hauteur du corps, et cette numération fournit les mêmes chiffres à toutes les époques de la vie du poisson, parce que les écailles croissent avec Faninial sans changer de nombre. II n'en est pas ainsi pour les Plagiostomes, et M. Stcenstrup a publié sur ce sujet, en langue danoise, un travail dont un ex- trait, donné en 1861, par les Archives de la Bibl. îuiivers. de Ge- nève, t. XI, p. 368, a été reproduit par les Ann. des se. natur., ¥ série, t. XV, p. 368. Il a constaté, comme le dit l'extrait où je puise ces indications, que « les écailles des Placoïdes ne crois- sent point avec le poisson. Leur taille ne dépasse jamais cer- taines limites et leur existence n'est que temporaire. Elles tom- bent continuellement pour faire place à d'autres. Dans la peau des Requins, on observe une grande quantité d'ouvertures étroites distribuées entre les écailles. Ces ouvertures sont la trace d'écaillés tombées; elles conduisent dans de petites ca- vités où l'on trouve de fines aiguilles, qui sont les extrémités su- périeures des nouvelles écailles envoie déformation. Le chan- gement d'écaillés n'a lieu que d'une manière lente, mais il est certain qu'un requin renouvelle plusieurs fois son revêtement écailleuxavantd'atteindresatailledéfinitive. » Ces faits, observés en particulier chez des Centrines et des Scylliens (et qui m'ont été démontrés par M. Steenstrup lui-même, en 1862, sur des es- pèces du Musée de Paris), « révèlent une parenté frappante entre les écailles et les dents de ces poissons, organes, du reste, très- semblables par leur structure. » Aucun des Squales, proprement dits, n'a la peau lisse comme les Torpilles, les Myliobates et certaines Pastenagues. Ils ont tous des scutelles plus ou moins développées et plus ou moins âpres au toucher. C'est par exception, seulement, qu'ils sont munis de véritables aiguillons. Ainsi, il y en a de petits sur le sommet de la caudale du Pristiure (Atlas, pi. 6, fig. 10), où ils forment une sorte de scie à dents très-basses. Une autre exception est fournie par l'espèce que M. de Filippi a nommée ScyÛium acanthonotum et qui porte sur le dos deux rangées d'é- 92 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. ])iiK'S. Eniin, l'armure la plus remarquable se trouve chez le Squale bouclé [Echinorhinus spinosus), doni les téguments pres- que lisses sont parsemés, d'une farou iri'éguliri-e, d'épines sup- portées par un disque et assez semblables aux boucles des Raies (Atlas, pi. 12, fig. 16-20). Ces dernières, ainsi que lesSqualinoraies, ont la peau tantôt nue et sans scutelles soit complètement [Torpilles et Mtjlio- bates], soit dans une plus ou moins grande partie de son éten- due, tantôt, au contraire, revêtue de pièces dures qui sont lisses et arrondies, ou hexagonales, comme chez les Scies, ou bien épineuses; mais ce qui caractérise l'enveloppe tégumentaire des j)oissons de ce groupe, plus encore peut-être que sa nudité, c'est la présence presque constante d'épines ou d'aiguillons sur certaines régions du corps. Ces épines ne se retrouvent pas toujours, pendant toute la durée de la vie, dans une même espèce. Ainsi, chez certains Rhinobates [Rh. [Sijrrhina] Columnœ et Rh. [Syrr.] Rlochii), ainsi que Midler et Henle l'ont constaté, elles manquent à l'état adulte après avoir été visibles dans le jeune âge. En outre, sur les mâles, dans la famille des Raies proprement dites, des épines apparaissent, à l'époque de la re- production, au bord antérieur et vers l'angle des pectorales. Au milieu des petites épines, des aiguillons beaucoup plus gros se développent souvent. Ils forment, chez les Rhinobates, les Pastenagues et les Raies, des rangées plus ou moins ré- gulières et constantes. Ils sont surtout volumineux chez les Raies sur la tête (Atl., pi. 6, fig. 11 et 12), sur la ligne mé- diane du dos et de la queue, dont les faces latérales, dans beau- coup d'espèces, sont également épineuses. Quoique dépendant de la peau, ils contractent, avec le squelette, une adhérence que la macération ne détruit pas. Les épines les plus remarquables sont celles qui, composées d'un disque surmonté d'une pointe, ont reçu le nom de boucles [Raja cl aval a, Atlas, pi. 12, tig. l-\i),capensis. In., tig. 11 et 12, Hradiuta, Id., fig. 15). Tout ce que j'ai dit jusqu'à présent sur les scutelles et les épines se rapporte à la partie saillante au-dessus de la sur- face du corps, mais j'ai maintenant îi m'occuper de celle qui adhère à la peau. On pourrait la considérer comme étant lepied, ainsi que le fait le docteur Gr. Brackel dans sa dissertation [De cutis organo quorumdam animal. ordinisPlagiostorum disquisi- tiones microscop., Dorpat, 18o8, p. 9) où il nomme tête la par- SENSIBILITÉ. SENS DU TOUCHER. 93 lie extérieure, séparée dnpied par une ligne ou co//(^( à laquelle s'arrête le derme qui, suivant la remarque de Leydig [loc. cit.^ p. 79), ne recouvre entièrement les scutelles que dans les pre- miers temps de la vie chez les Raies; les petites épines sont en- tourées dï'pidcrme et les grandes en sont dépourvues. Le pied, ou sorte de racine, est généralement peu volu- mineux. Les boucles de VEchinorhinm (Atlas, pi. 12, llg. 16- 20) et celles de la 1\. clavata (tig. 7-10) offrent cependant, à cet égard, une exception remarquable. Chez le premier, Taiguillon est supporté par un disque peu épais, mais dont le diamètre est assez considérable. Sur un individu du Musée de Paris ayant une longueur totale de 1"'.57, les plus grands disques, et ce sont les moins nombreux, ont un diamètre de 0'".016; beaucoup d'autres n'ont qno 0"'.008 ou 0"'.010. Les plus petits ne dépas- sent pas 0'".004 à 0'".00o. L'aiguillon des disques les plus lar- ges a une hauteur de 0"'.006 à 0"'.007. Dans les autres boucles, le rapport de la longueur de l'épine à l'étendue du disque est presque le mènu>. La base des boucles de hiRaiai'glnntcria{AiL., pi. 12, lig. 13 et 14) est comme étoilée; celle de la R. clavata est épaisse et presque circulaire ; sa face supérieure est creuse, et, du centre de l'enfoncement part l'aiguillon dirigé obliquement en arrière. La face inférieure est convexe ; elle présente cinq saillies lon- gitudinales, dont les trois médianes sont les plus considéra- bles, et séparées par des sillons dans l'un desquels se voit une petite ouverture qui, située près du bord antérieur, livre pas- sade aux vaisseaux destinés au bulbe de la boucle. Dans son voisinage, il y a d'autres oritices vasculaires de diamètre bien moindre encore. Sur un individu long, depuis l'extrémité du museau juscju'à l'origine de la queue, de 0'".40, je trouve aux plus grosses boucles un diamètre longitudinal de 0'".014; un diamètre transversal de 0'". 013; une épaisseur de 0'". 007, et l'ai- guillon est long de 0"'.006. Le pied, qui acquiert ainsi, dans quelques espèces, un volume assez considérable, offre, sur toutes celles où l'on en a fait la recherche, une particularité d'organisation intéressante (1). Je veux parler d'une petite cavité dont il est creusé et qui contient la partie vivante, c'est-à-dire le bulbe, de même qu'à l'intérieur de la dent, est logée la pulpe dentaire. Dans les scutelles ordi- (1) Je dois citer ici spécialement M. Gr. Brackel qui, dans sa dissertation déjà mentionnée (De cutis orrjuno Plngiost., etc.), a conlirmc les premières observations de M. Leydig (Beilrage, etc., p. 80, § 52) et les a étendues. 94 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. iiail'os et en se servant du microscope, après les avoir usées et amincies, on voit la cavité se prolonger en des canalicules rami- fiés, qui se répandent dansla portion située au-dessus d'elle. De la cavité d'une écaille de Scijmnus lichia, sortent 16 à 20 ca- naux principaux, clairs et transparents, divisés en ramitications de plus en plus fines (Loydig, loc. cit., p. 81, pi. III, fig. 4). Les épines cutanées des Raies, celles de la il. clavata par exemple, offrent une structure tout-à-fait analogue. La cavité se prolonge un peu à l'intérieur de l'aiguillon; mais, en outre, il est parcouru par un canal, bientôt divisé e!i raniuscules, qui part du sommet de sa cavité. La hase de la boucle est traversée dans son épaisseur par deux sortes de canaux : les uns, très-fins, à parois irrégulières, s'en- trecroisent et laissent entre eux des lacunes remplies par de la matière calcaire; ils semblent pouvoir être comparés aux ca- naux médullaires des os. Les autres, moins nondjreux, à parois régulières, et dont le diamètre est, en général, plus considéra- ble, sont des canaux vasculaires. Quant aux parois de la cavité du bulbe et à l'aiguillon, leur structure n'est plus la même que celle do la base. Leur sido- staiicc, comme dans les scutelles de Scjuales, est homogène, sans canaux vasculaires, et parcourue par des canaux très-dé- liés, à parois régulières. Nés do la cavité même, ils montent en donnant des ramifications de plus en plus ténues, qui devien- nent invisibles avant d'avoir atteint la surface; ils sont tout-à- fait analogues à ceux que renferme la substance des dents. Comme l'aiguillon offre à l'extérieur l'aspect de l'émail, on est disposé à voir là un nouveau trait de ressemblance avec ces or- ganes. Une préparation de M. Brackel, représentée fig. 10, C, démonti-e que les canaux du tissu comparable à la dentine ces- sent un peu avant d'arriver à la surface, qui consiste en une couche très-mince de petites iibrilles parallèles entre elles. Celle-ci rappelle beaucoup, sous le microscope, l'apparence que présente la substance comme émaillée des dents de Plagios- tomcs, mais qui n'est que de la dentine, distincte du reste de la dent par ce fait (jue, dans la portion périphérique, son tissu est plus compacte. La pulpe de la sculelle est une petite masse, une sorte de papille formée de tissu conjonctif, d'un aspect comme muqueux ou gélatineux, d'un blanc grisâtre. Elle porte à sa surface, ainsi que M. Leydig en a, le premier, fait l'observation [loc. cit., p. 82), de petits corpuscules de matière calcaire, généralement SENSIBILITÉ. SE^S DU TOUCHER. 9o arrondis, soit isolés, soit réunis en petits amas. Ils correspon- dent tout-k-fait, dit-il, à ceux, que Czermack a décrits dans les dents de rhomme et qui fournissent les matériaux de for- mation de la substance fondamentale de la dentine ; ils sont dé- posés par les vaisseaux de la pulpe. Ceux-ci y forment des ré- seaux capillaires serrés, mais on n'y trouve pas de tibrilles nerveuses. Telles sont les particularités les plus intéressantes offertes par rétude des boucles de l'espèce nommée R. clavata. Le petit volume des scutelles des autres Plagiostomes, et particulière- ment des Squales, rend très-difficile l'examen de leur texture intime. Cependant, M. Brackel, qui a fait de cette étude l'objet de recherches toutes spéciales, a pu constater, comme M. Lcy- dig, que, dans les points essentiels du moins, la structure de ces scutelles et des aiguillons supportés par une large base, est presque identique. La conclusion à déduire de ces observations et de celles qui ont été faites sur les écailles des poissons osseux, c'est que les productions du derme chez les Ostichthes et chez les Chondrichthes sont, par leur structure, tout-à-fait comparables k la dentine; ce qui n'empêche pas, selon la juste remarque de M. Leydig, que la matière vraiment osseuse, c'est-k-dire le cément, ne puisse s'y rencontrer comme dans les dents des animaux supérieurs. On le sait par l'examen des écailles des Ganoïdes et de la ligne latérale dans un certain nombre d'espè- ces, car on y trouve les corpuscules caractéristiques du tissu osseux. Je ne parle ici que des pièces dures de la peau. En décrivant les nageoires (p. 44), j'ai insisté sur les remarquables aiguil- lons dont elles sont quelquefois nmnies. Les Squales sont-ils phophon'scents ? Telle est la question qu'il me reste à examiner. Elle se rattache k l'étude de l'enveloppe tégumentaire, car c'est de l'éclat dont parfois elle brille au milieu des eaux, que la dénomination de Sélaques a été em- pruntée par Aristote.L'étymologie de ce mot, qui vient de a^aç, lumière, semble ne devoir laisser aucun doute kcet égard. Nos célèbres ichthyologistes du xvi" siècle ont admis, sans la discu- ter et sans l'appuyer sur des preuves, cette opinion de l'anti- quité. Ainsi, Bclon se borne k rappeler l'origine de la dénomi- nation employée par le naturaliste grec {De aquatilibus, 1553, p. 58, et k la p. 52 de la Nature et diversité des Poiss. publiée un an plus tard, en 1554 : « Ari&tote a voulu appeler telles es- 96 ORGAMsATlON DES riAGlOSTOMES. pèces de poissons Sélachées, pourci' que de niiict, ils reluisent àTobscur, et bien plus au clair de la lune. « Rondelet (De ;;«- cibus, loo4, lib. XII, cap. I, p. 331) dit : « Eadem Gù.ayj, et ajÀa/wS-ri Aristoteli's appcllavit primus dr.ô lo-j Giiarj t/n-t , autore Gahno , quncl noctii cutis enrum splendcat. » Il n'y a rien de plus dans le passage où Salviani [AquatUium animaliiim hisioria, ioo4, p. 131) énumère les dénominations données aux poissons car- tilagineux. Les ouvrages des zoologistes qui ont suivi ces illus- tres maîtres fournissent peu d'indications sur ce sujet. Dans un long travail sur la phosphorescence des animaux {Animal lumi- nousncss in Todd's Cyclopœdia Anat. and Phifs., t. III, p. 198), M. le docteur Coldstream ne consacre qu'un court paragraphe aux poissons. Relativement aux Squales, il dit qu'ils sont plus fréquemment que d'autres poissons signalés comme lumineux. La lumière qu'ils répandent, ajoute-t-il, émane, dit-on, de leur région ventrale. M. Milnc Edwards [Leç. physioL, etc., t. YIII, p. 119) est disposé à croire, comme J. Macartney [Pliilns. Truns., 1810, p. 260), que les poissons ne peuvent pas être, pendant la vie, phosphorescents par eux-mêmes, et il pense que la lumière dont quelques-uns brillent, est développée par des animalcules photogènes ou par des corps étrangers adhérents à la peau. C'est cependant un fait connu des navigateurs, que les Re- quins, dans certaines régions, et particulièrement dans la mer Rouge, jettent un éclat particulier. Il en serait de même de la Chimère, selon Risso [IcJith. de Nice, p. 55). Ce n'est pas une lueur précisément comparable à celle des petits animaux invertébrés qui donnent à la mer un aspect resplendissant. Je dois signaler, en particulier, un Squale lumineux, dont il est question dans la partie descriptive, et qui a l'cru de M. F. Bennett, le nom de Squalus fuhjena [A ivhaliuij voyage round the filobc, 1840, t. II, p. 255). Son frère, M. G. Bennett, a éga- lement donné des détails sur cette espèce de Scymnus [Ciathe- rinysofanaturalistin Austral. ,'[So9, p. 66). Ilsl'ontvu émettre, par les régions inférieures, une lueur phosphorescente très- brillante, un peu verdâtre, le dessus du corps restant, au con- traire, obscur. Le mouvement semblait augmenter la lumière, et, hors de l'eau, le même effet se produisit jusqu'à la mort de l'animal, mais il diminua cependant peu à peu et cessa quelques heui'cs après la perle de la vie. Ils ont considéré ce phénomène comme le résultat d'une sécrétion cutanée. SE.NSlBlLlTli. SEMS DE l'oDOKAT. 97 II. SENS DE L'ODORAT. Les organes où siège le sens de Todoral, offrent, chez les Plagiostomes, des caractères particuliers. Notons d'abord, relativement à la situation des narines qui constituent des cavités plus ou moins considérables, qu'elles sont creusées à la région antérieure du crâne, au-dessous des carti- lages rostraux et à la base des processus orbitaires antér-ieurs (p. 27, 28 et 35). Aussi, occupent-elles la région inférieure du museau ou son bord antérieur, comme chez les Squatines ou les Zygènes. Celles des poissons ordinaires sont, au contraire, situées sur les côtés ou à la région supérieure. Dans la classe entière, aucune connuunication ne se remar- que entre elles et la bouche. Elles ne présentent, en arrière, que les ouvertures qui permettent l'entrée des vaisseaux et des nerfs olfactifs. Elles ne sont donc pas destinées à servir de lieu de passage à l'eau, dont l'entrée et la sortie doivent s'effectuer par le même orifice, qui est unique, contrairement à la dispo- sition la plus habituelle dans les poissons osseux. Il est, en général, bien limité; chez certains Plagiostomes cependant, et chez les Roussettes entre autres, il est incomplet à son bord postérieur et inférieur : une sorte de continuité s'établit ainsi entre les cavités nasales et la bouche. Les dimensions des narines sont, le plus souvent, assez con- sidérables, et dans différentes espèces, plusieurs Rhinobates particulièrement, elles ont une très-grande largeur. On tire de bons caractères distinctifs de la comparaison entre leur étendue et celle de l'espace compris entre les deux narines. La pro- fondeur de la cavité est variable; mais ordinairement elle peut recevoir de l'eau en assez grande quantité. Au-devant et au-dessous de chacun des orifices, est placée une valvule formée par un repli cutané, qui est la continuation de son bord antérieur. J. Millier [Vergl. Anat. dei'Myxin., etc., Os- ieologie, p. 235) a appelé l'attention sur le cartilage de la val- vule, analogue, jusqu'à un certain point, au cartilage de l'aile du nez des animaux vertébrés supérieurs. La valvule protège l'entrée de la narine dans presque toute sa largeur, à l'excep- tion de l'extrémité externe, où rien ne s'oppose au contact continuel de l'eau. Sur les quatre fig. de la pi. 11 de I'Atlas (Torpilles), et sur les pl. 10 et 12, où l'on voit également des mu- seaux par la face inférieure, la valvule est représentée. Elle Poissons. Tome I. 7 98 OKCANISATION DES PLAf.IOSTOMES. poi'lc un petit prolongomcnt on arrière chez deux ou trois Roussettes, ainsi que chez le Carcharien nommé Triœnodon Smithii (MûlL, Henle, Plagiost., p. 56, pi. 21). De là, et de quel- ques autres particularités de conformation, résultent des diffé- rences assez notables, mais constantes dans chaque espèce, et dont il importe de tenir compte parmi les caractères spécifiques. Tantôt, les valvules sont tout-à-fait indépendantes Tune de Tau- tre; tantôt, elles sont réunies sur la ligne médiane et confon- dues alors en une valvule unique. [Voycx-, dans l'histoire de la sous-famille des Rhinohatides, l'indication de cette différence, d'où est tirée la principale distinction cntr€ les deux genres dont le groupe se compose, et les ligures i et 2 de la pi. 10 de I'Atlas, llhiiiob. [Syniiina] Bougauivillii et lîhinob. [Rhiiwb.] Thouhii.) De plus, les Torpilles (pi. 11) et d'autres Plagiostomes semblent n'avoir qu'une seule valvule commune aux deux na- rines (voyez aussi pi. 12). Ce repli protecteur s'applique plus ou moins exactement sur la portion de l'orifice à laquelle il correspond, et peut, à la volonté de l'animal, être relevé, car on y trouve quelques fibres musculaires nées du sommet et des régions latérales de la face inférieure du museau, indiquées par Scarpa [De auditii et olfaclu, ii. 70, §11) et figurées (/rf., tab. I, fig. II, b, c et d). Outre cette valvule antérieure, il y a, sur le bord opposé de l'o- rifice nasal, un bourrelet de peau plus ou moins apparent et diversement contourné. C'est une petite valvule postérieure et supérieure, dont la forme doit être prise en considération dans l'étude zoologique des Plagiostomes. Sur plusieurs des figures que je viens de mentionner (Atlas), on voit ce rej)li nasal. La structure des narines est telle que ces organes offrent à l'action de l'eau qui les baigne, une surface beaucoup plus étendue qu'on ne le supposerait en s'en tenant à un examen su- perficiel. La peau se replie au niveau des orifices et y pénètre. Changeant bientôt d'aspect, elle tapisse d'abord l'entrée des ca- vités, puis présente, presque aussitôt après l'avoir dépassée, une disposition remarquable. Elle forme, en effet, dans le fond des narines, une double série régulière de plis verticaux très-rapprochés, les uns anté- rieurs, les autres postérieurs. Sur la ligne médiane, une cloi- son transversale à laquelle toutes les lamelles membraneuses sont insérées, sépare les deux séries (1). Les faces latérales (1) Chez les poissons osseux, où les fosses nasaW sont o\alairos; comme SENSIBILITÉ. SENS DE L ODORAT. 99 de chacun de ces liUs de premier ordre, suivant Texpression de Scarpa, en supportent elles-mêmes de plus petits ou de second ordre. Tout l'ensemble simule, jusqu'à un certain point, celui des lamelles branchiales des Plagiostomes. Aussi, Hunter, dans son Catalogue publié seulement en 1835, se pose-t-il cette question : Est-ce l'air imprégné de molécules odorantes et contenu dans l'eau, qui exerce son action sur l'organe de l'odorat? S'il en est ainsi, ajoute-t-il, il y a là quelque chose d'analogue au mode de respiration des poissons, puisque ce n'est pas l'eau, mais l'air qu'elle renferme qui agit sur les bran- chies [Descr. andillustr. Catal. Mus. Coll. Surgeons; séries comp. anat., t. III, part. I, Nero. syst. and org. of sensé, p. 88). Cette supposition, peu vraisemblable, avait donc été émise, mais sans qu'elle fût connue, bien antérieurement à Tréviranus, qui a parlé dans le même sens en 1822 [Biologie). Etienne Geoffroy Saint-Hilaire a soutenu la même hypothèse en 1825 [Struct. et usof/es de l'appar. olf. dans les Poiss. in : Ann. se. nat., t. VI, p. 332). Des vaisseaux, ainsi que les ramifications Unes et nombreu- ses des filets nerveux émanés du lobule olfactif, pénètrent ces surfaces membraneuses qui sont revêtues par un épithelium à cils vibratiles. Scarpa compare, chez le Scyllimn catulus, la cloison trans- versale qui supporte les plis olfactifs à la lame criblée de l'ethmoïde des animaux vertébrés supérieurs [De aud. et olf., p. 73, § XII). Elle est, en effet, percée de trous destinés à laisser passer les filets nerveux (tab. II, lig. VIII). Sur les bords mêmes des ouvertures, ils se divisent et traversent aussi- tôt d'autres orifices plus ténus pour arriver jusqu'aux lames membraneuses sur lesquelles ils se ramifient, ainsi que sur les lamelles secondaires. Le lobule olfactif ou rhinencephalon, selon l'expression de M. Rich. Owen, est représenté [Lect. camp. anat. fish., t. II, p. 183, fig. 55). La fig. 1, pi. 2 de I'Atlas, fait voir sa forme en croissant. Il est comme l'épanouissement du processus ol- factif. On le voit s'appliquer sur la face postérieure de la cap- c.elles des PhigioslomeSj la disposition des plis de la membrane muqueuse est semblable; mais dans les nombreuses espèces où ces cavités sont ron- des, et dans les Esturgeons, les plis partent en rayonnant d'un centre liga- menteux et plus ou moins saillant, pour aller gagner la circonférence. Scarpa a représenté ces deux formes {De auditu et olfactu, tab. I, fig. II et tab. II, fis;. II). iOO OKGAMSATION DES l'LAGIOSTOMES. suie olfactive à laquelle il fournit des filets nerveux en grand nombre. Une bonne figure de Swan [Illustr. comp. anat.,]}\.\) représente les nerfs olfactifs de la Raie bâtis. Scarpa [De ol- factu, etc., tab. I, tig. IV, d, e, e') les a montrés sur Tune des lames membraneuses de l'appareil nasal. La configuration du lobule est à peu près la même dans les ligures 6 et 7 deTÀTLAs; mais, chez beaucoup de poissons osseux, la Brème, par exemple (Atlas, fig. 8), il est sphérique. Je dois ajouter que les narines, comme celles des autres vertébrés, reçoivent quelques ramifications de la deuxième branche des nerfs de la 3'' paire. Elles président à la sensibilité générale de tout l'appareil . On les voit représentées par Scarpa (Deo//«crw,etc.,tab. I,fig. 1,21 et 22). Et. Geoffroy Saint-Hilaire [Sur l'app. olfact. Poiss., in Ann. se. natur., 1823, t. VI, p. 336) s'appuyant sur des dissections exécutées par M. Serres, a dé- crit la distribution de cette branche de la b** paire avec plus de détails que Scarpa ne Tavait fait, tout en reconnaissant Texac- titude des recherches du savant anatomiste italien. Il a, en même temps, insisté sur la participation nécessaire de ce nerf à raccomplissementde la fonction qui réclame son intégrité. Il a donc réfuté Terreur de Desmoulins disant : « Les narines des poissons ne reçoivent aucun nerf de la S*" paire » [Anat. sysî. nerv. anim. vert.., 2'' partie, p. 645). Sur la pi. X de Swan [Ulustr. comp. anat.), on en voit très-bien les hlets destinés aux fosses nasales. Quel est le rôle de ces narines si admirablement disposées pour offrir à Teau qui y pénètre sans cesse, des surfaces mem- braneuses multipliées, richement pourvues de vaisseaux et de ramifications nerveuses? Sans aucun doute, comme le prouve, par comparaison avec les autres animaux, le mode d'origine et de terminaison de leurs nerfs, elles doivent recevoir et trans- mettre à rcncéphale les sensations dues au contact des corps odorants. En présence des nombreux témoignages fournis par les ré- cits des navigateurs et des heureux résultats obtenus dans les pêches par Temploi de certains appâts, on ne i)eut nier que telle ou telle émanation attire les poissons ou, au contraire, les repousse (1). (1) Aristote, dans le cliap. YIII du livre IV de VHist. des anim., trad. de Camus, t. I, p. 2li-'il7, a donné sur ce sujet d'intéressants détails, dont plusieurs ont été contirmés par des observations ultérieures. Lacépède a été un peu trop loin lorsque, voulant démontrer la supério- SENSIBILITÉ, SENS DE L'ODORAT. 101 Des preuves à l'appui de cette assertion ont été rassemblées par Hipp. Cloquet, dans son Osphrcsiologie ou Traité des ocL, du sens et des org. f/e/'oZ/flcf., 18!21, p. 15 et 16, puis reproduites dans son article Poissons [Dict. des se. nat., t. XLII, p. 209 et 210, et tirage à part, p. 64). Il rappelle avec quel succès on se sert, dans les grandes pèches, de la résure si odorante d'œufs de maquereau et de morue, de la chair grillée ou corrompue de certains animaux, de vieux fromage ou d'autres matières plus ou moins infectes. Après cette énumération il ajoute : « On ne peut guère se refuser de croire à l'assertion de plusieurs voyageurs qui assurent que lorsque les Blancs et les Noirs se baignent ensemble dans des lieux fréquentés par les Requins, les Noirs, dont les émanations sont plus actives que celles des Blancs, sont plus exposés à la féroce avidité de ces redouta- bles tyrans des mers. » On retrouve ici l'exagération dont l'histoire des Squales est trop souvent empreinte, et dont je cite des exemples en parlant de l'avidité avec laquelle ils re- cherchent leur proie. « Nous croyons, dit Lesson [Voij. de la Coquille, Zoologie, t. II, partie I, p. 85), que le sens de l'o- dorat chez ces poissons est obtus, car ils sont aisément pris à des crocs en fer amorcés d'un morceau de lard qu'ils saisissent avec voracité et sur lequel ils se dirigent plutôt à l'aide de la vue et obliquement. ». Quoi qu'il en soit, on ne saurait méconnaître l'influence exercée sur les Plagiostomes, comme sur les autres poissons, par les substances odorantes. Agissent-elles à la manière des odeurs, ou bien au contraire, par suite de leur dissolution, se transforment-elles en substances sapides? Quelque incertitude, relativement à la solution de cette question, peut rester dans l'esprit des physiologistes. C'est ce que m.on père a cherché à démontrer dans i\\\}lém. sur l'odorat des Poiss.{Mag.encyclop., 180T, t.V,p. 99). rite de ce sens sur les autres, il s'est exprimé dans ces termes {Hist. nrit. des Poiss., t. I, p. LXVII) : « Tout le prouve, et la conformation de l'organe de ce sens, et les faits sans nombre consignés dans cette histoire, rappor- tés par plusieurs voyageurs, et qui ne laissent aucun doute sur les dis- tances immenses que franchissent les poissons attirés par les émanations odorantes de la proie qu'ils recherchent, ou repoussés par celles des ani- maux qu'ils redoutent. Le siège de l'odorat est le véritable œil des pois- sons; il les dirige au milieu des ténèbres les plus épaisses. » L'obscurité, d'ailleurs, est-elle complète dans les plus grandes profon- deurs où vivent les poissons? Il est permis d'en douter, comme je l'ai déjà dit plus haut (p. 53), à propos des stations des Plagiostomes. 102 ORGANISATION DES PLACIOSTOMES, III. SENS DU GOUT. A peine est-il nécessaire de s'arrêter ici; car on ne peut pas dire qu'il y ait véritablement, chez les poissons, un organe spé- cialement destiné h apprécier les qualités sapides des corps. Mon père, dans le Mémoire sur l'odorat des Poissons, que je viens de citer [Mag. encyclopéd., 1807, t. V, p. 99), a énuméré les motifs de cette absence du sens du goût. La bouche, sans cesse traversée par l'eau, ne pourrait que difficilement servir ii la dégustation d'aliments qui, le plus souvent à peine divisés, sont rapidement entraînés dans les voies digestives. La langue manque presque complètement chez les Plagiostomes , et la membrane qui revêt la cavité buccale, non-seulement conserve quelquefois l'apparence du tégument externe, mais, alors môme qu'elle prend celle d'une membrane muqueuse, elle manque de papilles. Les Chimères en offrent cependant quelques traces derrière leurs pièces dentaires, ainsi que les Sq. glaucus et vulpes et VOxyrh. Spallanzanii. M. Nardo considère même, chez ces derniers, comme véritable organe du goût, la portion de la membrane muqueuse du palais située immédiatement en arrière des dents et où il a trouvé assez développé l'appareil papillaire qui reçoit des tllets nerveux de la deuxième branche du nerf trijumeau [Sull' esistenx-a deW orij. del gusto in alcune specie di Canimarini Osservaz. anaioin., 1840, in Mem. Instit. Veneto di Se, etc., t. IV, 1851). IV. SENS DE LA YUE. Aucun Plagiostome n'est aveugle, comme le sont certains poissons osseux, et aucun non plus, contrairement ;\ ce qui se remarque dans quelques-uns de ces derniers, le Pomatomc télescope, par exemple, n'a des yeux énormes. La situation des yeux offre une différence très-notable sui- vant la conformation du corps. Chez les Raies, où la tête se confond avec le disque, et même chez les Pristides, les yeux occupent la région supérieure. Leur axe n'est cependant pas vertical, il est oblique de dedans en dehors, en sorte que ces poissons peuvent voir en haut et de côté. Les yeux sont pla- cés sur les faces latérales chez les Myliobatides, où la tête est dégagée du disque, et chez les Céphaloptères où ils occupent la base des prolongements antérieurs. Ceux des Squales sont également latéraux; on doit néanmoins excepter les Squatines SENSIBILITÉ. SENS DE LA VUE. 103 et la Roussette dite Crossorhinus barbatiis. Dans les Zygèiies, entiii, ils occupent chacune des exti'émitrs de la longue branche transversale de la tète. Les dimensions des yeux, sont généralement plus considéra- bles chez les Squales que chez les Raies, et en particulier que chez les Torpédiniens, où ils sont très-petits. Parmi les Squa- les, les Galéens occupent le premier rang pour la grandeur de ces organes, mais aucun ne les a plus volumineux, ni plus ar- rondis que Fespèce de cette famille nommée Loxodan macro- rhiniis, inconnue au Musée de Paris et figurée par Mûller et Henle [Plag., pi. 25). L'œil de Pénorme Squale pèlerin dissé- qué par Blainville, était extrêmement petit comparativement à la grandeur de Panimal [Ann. Mms., t. XVIII, p. 129, pi. VI, fig. 4, demi-grand, nat.j. Comme les autres poissons, les Squales n'ont pas de vérita- bles joaujozY^r^s supérieure et inférieure. Un simple repli cutané circulaire, ou le plus souvent ovalaire, selon la forme de Pou- verture de la cavité qui loge Porgane, en protège un peu le pourtour, mais sans le recouvrir. L'œil du Cestracionte est abrité par une sorte de re])ord que forme la peau de la région suscéphalique. Chez les Raies, mais il faut excepter les Myliobatides, les yeux, quoique placés à la région supérieure, étant tournés en dehors, il y a sur leur face interne qui, par suite même de cette position, devient supérieure, un prolongement de la peau. Il constitue une sorte de paupière supérieure qui ne dépasse pas Pœil, si ce n'est, par exception, dans les genres Rhinobate et Platyrhine parmi les Squatinoraics, où elle présente une petite avance médiane. Elle est, au contraire, en forme de croissant dans le Trygonorhine. Un certain nombre de Squales, cependant, est muni d'un voile vraiment protecteur. Il consiste en un repli de la peau qui, pouvant venir se placer au-devant de l'a^il, représente une sorte de paupière clignotante ou nictitante un peu analogue à celle des oiseaux, mais non transparente. Le caractère fourni par cette particularité est constant, de soi'te qu'il est utile de le prendre comme l'un des points de départ pour la division du sous-or- dre des Squales, ou Pleurotrèmes, en quatre Tribus. (Voy. en tête de la partie descriptive de ce volume le tableau synoptique de leur répartition, qui comprend 17 familles.) Ainsi, dans la deuxième Tribu , à laquelle on peut en rapporter 11 (2 à 12), cette paupière ne manque jamais; elle fait défaut, au contraire, 104 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. dans les trois autres Tribus. Tantût elle ne recouvre Tceil qu'en partie, c'est ce qui a lieu pour les Emissoles et pour les Mi- landres, oi:i elle occupe la région inférieure, derrière le bord cutané dont elle est, en quelque sorte, un repli, et où elle s'étend d'un angle de l'ouverture orbitaireà l'autre angle. Son mouvement d'élévation, peu considérable d'ailleurs, est dû à la contraction d'un muscle qui, de la région latérale du crâne, se porte d'arrière en avant et un peu de haut en bas, vers l'an- gle postérieur, et se fixe à l'extrémité de la paupière. Tantôt, au contraire, comme on le voit chez les Carcliarias, elle peut recouvrir presque complètement l'œil. Sa direction, d'ailleurs, n'est pas la même : au lieu d'être horizontale, elle occupe l'an- gle antérieur de l'œil. A son extrémité inférieure et en même temps postérieure, par suite de son obliquité, elle reçoit l'in- sertion d'un long muscle oblique de haut en bas et d'arrière en avant, destiné à la tirer en haut, et dont l'action est assurée par le passage du tendon à travers un anneau musculaire atta- ché à la face interne des téguments, un peu au-dessus de l'angle l)Ostérieur de' l'œil. Au moyen de cette poulie de renvoi, con- tractile elle-même, ce n'est plus seulement en arrière, mais vers le bord supérieur de l'œil que la paupière est entraînée. Cette remarquable disposition a été démontrée par J. Millier; après l'avoir fait connaître en 1839 [Monatsbericht der Ahad. Berlin), il en a donné plus tard une description accompagnée de figures [Untersuch. Eingciveidc l'isclw: Auat. Mij.rin., i84o, p. 12-14, tab. V, fig. i et2)(l). Il faut ajouter, comme M. Rich. Owen le fait observer [Lect., (1) Rondelet a mentionné la présence de celte membrane chez le Ga!eus canis {De pisciljvs, lib. XIII, p. 377) et chez le Galeiis {Carcharias) glau- cus (/d., p. 378); mais, s'appuyant sur l'autorité d'Aristote, cpii a dit que les poissons manquent de paupières et que les vraies paupières sont for- mées par la peau, il se refuse à désigner ainsi ce voile protecteur : Hœc uutem mcmhrana est dunlaxal, qiiam iHinius nuhem appelluri tradit, quœ inter dintic/mdum ylurimvm clest, oculos obicoendo (p. 377). Cette distinc- tion, comme nous l'avons vu, n'est pas fondée, puisque la paupière nicti- tante est un simple repli du tégument extérieur. Claude Perrault a donné sur cet organe un détail bien plus précis {Es- sais de Physique, 1080, t. III, p. 40;. Il y est question du Guleiis glaucus (dénomination d'une valeur incertaine qui ne saurait s'appliquer à l'espèce nommée ainsi par Rondelet, c'est-à-dire au Carcharias glaucus, k en juger par le dessin (pi I, fig. \), où la paupière est représentée. La disposition anatomique simple, sans poulie de renvoi, indiquée et dessinée par ce cé- lèbre anatomiste, est celle qui appartient au Galeus canis. Il a donc, le premier, signalé le muscle reloveur, mais il n'a pas vu la poulie musm- laiicdes vrais Carchariens décrite et figurée par J. Millier. SENSIBILITÉ. SENS DE LA VUE. j lOo etc., fish., p. 206), que chez les Squales \\ paupière très-mo- bile, la protection de Foeil devient plus parfaite encore par un léger abaissement de la portion supérieure du repli cutané cir- culaire du à la contraction du muscle en forme de poulie inséré à la face interne de cette portion des téguments. J. Mûller a fait connaître (irf., fig. 3) le long trajet que suit ce muscle releveur dans les Zygènes : attaché comme chez les vrais Carchariens, au crâne, il prend son insertion derrière la base du prolongement latéral, à Textrémité externe duquel l'œil est situé, contourne, en formant un arc, la base de ce prolonge- ment, puis vient ainsi se porter à sa face inférieure, qu'il longe en allant gagner la paupière nictitante. Les quatre muscles droits, qui s'insèrent à la sclérotique, ont aussi beaucoup de longueur. Les deux muscles obliques se fixent aux parois de la cavité orbitaire; mais, quoique destinés à faire exécuter à l'œil des mouvements de rotation, ils ne traversent ni l'un ni l'autre un anneau ligamenteux servant de poulie de renvoi. Parmi les parties extérieures de l'organe de la vision, et qui facilitent son jeu dans la cavité orbitaire, reste à mentionner le pédicule cartilagineux destiné à le supporter. Ici encore, revient à Cl. Perrault l'honneur d'avoir, le pre- mier, appelé l'attention des anatomistes sur une intéressante particularité : « Le poisson Ange, dit-il [Essais de Physique, i680, t. III, p. 40), a l'œil fait avec une méchanique particulière et très-propre à rendre ses mouvements extraordinai rement prompts. Elle consiste en ce que l'œil est articulé et comme posé sur un pied ou genou, qui est un long stylet qui pose par un bout sur le fond de l'orbite, et par l'autre bout, élargi et aplati, soutient le fond du globe de l'œil, qui est osseux en cet endroit et articulé avec le stylet, qui est osseux aussi. L'effet de cette articulation est que Yœ'û étant ainsi affermi, il arrive que, pour peu qu'un des muscles tire d'un côté, il y fait tourner l'œil bien plus promptemcnt à cause qu'il est posé sur le stylet qui n'obéit point, que s'il était posé sur des membranes ou sur de la graisse comme à tous les autres animaux. » Ce pédicule et les muscles de l'œil sont représentés par Perrault, pl.I, fig. IV de ses Essais; voyez aussi J. Couch [Hist. fish. hrit. islands, t. I, p. 102). Il ne manque à aucun Plagiostome. Sur une Raie bouclée de taille assez considérable, je constate très-bien la disposition que montre la préparation n° 1672 du Catal. du collège des Chirurg. à Londres [Physiolng. séries i06 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. of comparât. Anat., t. III, part. I, p. 148), faite sur une espèco du même genre et destinée à mettre en évidence le mode d'u- nion avec la sclérotique, dont la surface articulaire correspon- dante consiste en une saillie sur laquelle s'applique la base très-élargie et un peu concave du support. Les mouvements as- sez étendus de cette articulation sont facilités par une mem- brane synoviale. Le ])édicule est plus long et plus étroit dans les Squales que dans les Raies, et rextréme mobilité des yeux, résultant de cette disposition anatomique, doit être fort utile aux Requins, comme M. G. Rennett le fait observer [Note on S/un-ks, etc., capturcd in Port Jackson : Proceed. z^ool. Soc, 18o9, p. 2:2o). Ils peuvent ainsi voir autour d'eux et s'emparer plus aisément de leur proie. C'est à la base de la proéminence postérieure de la scléroti- que et en arrière, que le nerf optique la traverse pour pénétrer dans l'œil. La sclérotique a pour élément principal , du tissu cartila- gineux qui, ne recevant jamais de dépôt calcaire, est formé par le cartilage hyalin dont j'ai parlé dans la description du sque- lette (p. 47). La coque de l'œil a, par là même, une force de résistance qui, si elle est un peu moindre que chez les pois- sons où du tissu osseux donne une grande solidité à la mem- brane, est cependant suftisantc pour s'opposer aux effets nui- sibles de l'énorme pression à laquelle les animaux aquatiques sont soumis. Du tissu conjonctif forme la couche externe de la sclérotique, dont l'épaisseur varie suivant les groupes, mais, en général, n'est pas considérable, car elle a une teinte noirâtre due à ce qu'on aperçoit, à travers sa substance, la couche pig- mentale de la choroïde. Dans le Squale pèlerin, ainsi que le montre la préparation n" 1670 (p. 147 du Catal. de la Collection du collège des chi- l'urgiens, déjà cité), les bords de la sclérotique, loin d'être, comme chez d'autres Squales, amincis ou sillonnés pour rece- voir la cornée transparente, sont, au contraire, un peu épaissis et arrondis. Cette cornée présente une surface plane à cause du peu d'abondance do l'humeur aqueuse qui est i)resque sans utilité, surtout pour les espèces marines, en raison de la den- sité du milieu and)iant. Elle est une dépendance du dernu; aminci et devenu transparent, que recouvre une lame fort ténue et également translucide d'épithélium, provenant de la conjonctive. Celle-ci résulte de la modification que subit à sa face interne le repli cutané, devenu véritable membrane mu- SENSIBILITÉ. SENS DE LA VUE, 407 queuse. Elle se réfléchit sur le globe oculaire en formant, à son pourtour, un cul-de-sac peu profond. La cornée est opaque et colorée à sa circonférence externe : là, elle est munie de ramifications vasculaires et nerveuses qui ne s'étendent pas sur la portion destinée à laisser passer la lu- mière. M. Lcydigs'en est assuré [Beitr.mikrosk., etc., Rochen. und Haie, p. 20) sur la Raja bâtis et sur les Zijgœua et Scymnus de nos mers. C'est un contraste frappant avec la structure de la cornée d'un grand nombre de poissons osseux. Chez le Go- bius fluviatilis et VOrtltrayorisciis viola, il a trouvé beaucoup de fibrilles nerveuses et une vascularisation très-abondante. En dedans de la sclérotique, entre elle et la choroïde, des Plagiostomes en assez grand nombre, de même que beau- coup de poissons osseux, ont une membrane à reflet métal- lique, argentée ou dorée. En raison de son analogie avec la lame d'aspect semblable qu'on trouve dans l'œil des mammi- fères, on l'a nommée Tapis. Dès la l""" édition des Leç. anat. camp. (t. II, p. 402), Cuvicr avait appelé l'attention sur l'éclat de l'œil de la Raie, comme faisant exception à ce qui, suivant lui, était la règle, savoir : l'absence du tapis dans l'œil des oi- seaux et des poissons. « La Raie, dit-il, aie fond de l'œil d'une belle couleur d'argent, produite par la transparence de sa Ruys- chienne qui laisse voir la couleur de sa choroïde; » mais il y a là une lame distincte, que Délie Chiaje a, le premier, si- gnalée. Il a consacré à ce sujet quelque lignes seulement dans une 4* Lettre anatom,-physiol. adressée à von Olfers [Il progresso délie scienz-e lettere ed arti, nuova série, 1840, ann. IX, quaderno 49, p. 10, § II). La comparant au tapis des mammifères, il dit qu'elle a été considérée à tort comme une dé- pendance de la choroïde, et que c'est une membrane argentée particulière, en connexion avec la choroïde, mais indépen- dante de cette dernière. Il l'a vue chez la Torpille, la Raie, le Squale et la Chimère (1). La structure de ce tapis a été surtout étudiée par M. E. Brûcke, dans un travail consacré à l'examen de la membrane resplendissante de l'œil des vertébrés (i>/«//('r'.sArc/i., 1845), où il traite longuement (p. 402-406) de celle des poissons. Les Plagiostomes qui ont servi à ses recherches sont les suivants : (1) En 1836, Hassenstein, se rattachant à l'opinion de Cuvier, avait dit, dans sa dissertation : De luce ex quorumdam anhnal'mm oculis prodeunle (p. 28), qu'on ne peut pas considérer comme un véritable tapis la portion resplendissante de la choroïde des poissons. 108 ORGA>;iSAT10>' DES PLAGIOSTOMES. Scyllîum cat7dus, Charchariafi, sans désignation d'espèce, Z?/- gœnamalUms, Galcus canis, Lamnacornubica, Hexanchusgriseus, Centropliorus squamosus, Squatina vulgaris. M. Leydig [Beitr. vtikr., etc. Rock, uncl Haie, p. 22), de son côté, on 18o2, a exa- miné le tapis des espèces dites Scijninus lichia, Acantlnas vul- garis, Zygama maliens et Raja bâtis (i). L'aspect brillant de cette membrane est du, ainsi que l'obser- vation microscopique le démontre, à la présence de petites écailles un peu allongées, irrégulières, se recouvrant mutuel- lement en partie comme les tuiles d'un toit. M. Leydig les a représentées [Beitr. mikr., etc., tab. III, fig. \a). Ce sont des cellules dont le noyau est quelquefois visible. La figure 1 h en montre une avec son noyau et son contenu, qui consiste en une accumulation de petits cristaux acicu- laires représentant des bâtonnets plats. Délie Chiaje, dans le passage de sa Lettre à von Olfers, citée plus haut, propose de les nommer ophîhalmolithes [ottalmoliti). Ce sont, dit-il, de pe- tits corps triangulaires [triijoui] pointus (2), d'un aspect perlé, jetant un éclat métallique et disposés symétriquement. Aucun aiiatomiste, ajoutc-t-il, n'en a fait mention, car ils ne doivent pas être confondus avec les cristaux en aiguille [acicolari) dé- couverts par M. Ehrenberg sur la face externe de l'iris. Or, la différence supposée par Délie Chiaje n'est pas réelle, et la découverte de ces corps microscopiques est due à l'anatomiste prussien, qui les a signalés [Poggeudorffs Annal. Plujs. und Cheniie, 1833, t. XXYIII) dans un supplément à un Mémoire sur la structure et l'analyse chimique du système nerveux. Ce sup- plément a pour objet l'étude de la formation normale des cris- taux chez les animaux vivants. Dans la revue que M. Ehren- berg fait des différentes cristallisations qu'on y rencontre, il décrit celles qui donnent au péritoine de certains poissons des reflets argentins, et il leur compare, comme étant tout- à-fait analogues, mais un peu moins petits et beaucoup moins nondn'eux, ceux d'où résulte l'apparence métallique de la choroïde des poissons et de la face antérieure de l'iris (jui est le prolongement de celt(> dernière (p. 469) (3). Il y a bien, (1) Aux dinérents poissons (}ui ont été étudiés sous ce rapport, sans par- ler des poissons osseux, il faut ajouter le genre ^cjpe/(5ej-(Stannius, Uand- buch Zool., 2'= cdil., Fische, p. 170, note 14.) (2) Un an auparavant, en iS.'iO [Osserv. anat. .<;u l'occhio iimano, p. 33), il les avait décrits comme terminés par trois pointes d'inégale grandeur; mais il est probable qu'il avait été trompé par une illusion d'optique. (3) M. Ehrenberg a discuté et résolu négativement la question de savoir SE^SIBILITÉ. SEKS UE LA VUE. 109 en effet, identité entre les cristaux de la choroïde et ceux de riris (i). La membrane choroïde, proprement dite, est située à la face interne de la précédente. Elle est richement vasculaire et sup- porte du pigment, mais elle a une certaine transparence, et constitue une véritable Ruyschicniu' ou Uvéc. Les procès ciliaires vus par Cuvier chez le Milandre [Leç. anal, comp., i'" édit., t. Il, p. 399, puis, 2*^ édit., t. III, p. 416), et qui semblaient constituer une exception rare, ont été ti'ouvés, depuis cette époque, chez d'autres Plagiostomes où ils vont, comme à l'ordinaire, se fixer à la capsule du cristallin. On les voit sur les préparations n"' 1670 et 1670 A du Calai, coll. of Surg. ; séries camp, anat., t. III, part. I, p. 147). Ils ont été étu- si les cristaux dont il s'agit sont produits par la glande clioroïdienne. Il a tiré son principal argument de l'absence de ce corps glandulaire chez les reptiles, dont les yeux offrent souvent aussi une teinte argentée, et chez les mammifères dont le tapis est si remarquable. Il aurait pu ajouter que les Plagiostomes sont pri\ es de cette glande. (1) Je dois réparer ici un oubli fait par ceux qui ont étudié le tapis des poissons. Drummond, en efl'ct, qu'on n'a point cité, a vu les élé- ments dont ce tapis se compose, c'est-à-dire les cristaux aciculaires à reflet métallique {On certain appcarences observ. in tlie dissect. ofthe eyes of fishes, in : Trunsact. roy. Soc. Eclinburgh, 1815, t. VII, p. 377-383). Il les a décrits comme de petits aiguillons (spicula) aplatis, étroits et argen- tés. Les observant au microscope, dans l'eau, il fut frappé de l'agitation continuelle des corpuscules roulant sur leur axe Aussi, ne s"attacha-t-il,en quelque sorte, qu'à la description de leurs mouvements, ainsi qu'à la dé- monstration de ce fait parfaitement vrai, qu'il n'avait pas sous les yeux des animalcules. Les nombreuses et curieuses observations microscopi- ques de Robert Brown sur la singulière mobilité de molécules très-ténues provenant des corps les plus différents, quand elles sont plonzées dans l'eau, vinrent, en 1827, jeter un jour inattendu sur un phénomène vraiment étrange. Le titre même du mémoire de l'illustre botaniste, tel qu'il a été traduit dans les Ann. se. nut. t. XIV, p. .341-302, exprime l'opinion qu'il s'était formée sur ce sujet : Exposé somrn. des observ. microsc. faites dans les mois de juin, juill. et aoi'it 1827 sur les particules contenues dans le pollen des plantes et sur l'exist. gêner, de molécules actives dans les corps organi- sés et inorgan. Les recherches ultérieures ont appris que ce mouvement sans progression, et auquel le mot de titubation convient fort bien, ap- partient à toutes les particules des corps solides ou fluides insolubles très-divisés, ou aux molécules qui ont moins de 1/500 de millimètre de diamètre, quand on les examine dans un liquide. Ce phénomène purement physique, propre à tous les corps réduits à un état d'extrême division, de quelque nature qu'ils soient, et dont l'explication n'est pas trouvée, est connu maintenant sous le nom de mouvement brownien. C'est sous ce titre que Dujardin, dans son Manuel de l'Observateur an miaosc, 18i3, livre I, sert. 2«, chap. III, p. 58-60, a donné un résumé précis des remarques faites par les micrographes sur les mouvements moléculaires. 110 ORGAISISATIOIS DES PLAGIOSTOMES. diés, en particulier, sur le Scijrnnus lichia et le Zygœna mal- iens par M. Leydig, qui n'a pas trouvé de fibres musculaires dans le bourrelet choroïdien, dit corps ou anneau ciliaire. Viris offre des différences. Il n'est pas toujours argenté ou doré. Entre les fibres de son tissu se trouve un pigment d'un jaune sale chez le Trygon pastinaca, d'un noir foncé chez le Zy- gœna maliens, jaune avec de petites lignes noires chez diverses Raies, brun chez le Scymmis lichia, où cette teinte est relevée par l'éclat métallique, d'un jaune d'ocre chez les Torpilles. J'ai vérifié sur quelques espèces l'exactitude de ces indications données par M. Leydig; mais l'action de l'alcool altérant les couleurs, il est souvent difticile de déterminer la teinte que la membrane indienne devait présenter pendant la vie. Une disposition anatomique propre non-seulement aux Raies, mais aux. Pleuroncctes et aux Uranoscopes dont les yeux sont, par suite de la conformation du corps, exposés également à l'action plus ou moins directe de la lumière, consiste en un pro- lono-ement de Vins formant un opercule pupillaire, qui descend horizontalement derrière la pupille. Cette palmette, comme la nomme Blainville, a été figurée parMonro [Struct. audphysiol. fish., pi. VII, fig. 3), par Délie Chiaje [Osserv. anal, su Vocchio umano, tab. YII, fig. iO; p. 11) et par J. Couch [Ilist. fish. brit. islands, t. I, p. 81). Elle est formée par une membrane à bords dentelés. Elle est douée de contractilité et protège cer- tainement l'organe contre l'action trop vive des rayons lumi- neux. Peut-être, dit avec raison Monro, les Raies laissent-elles tomber ce voile pendant le sommeil (/S1DIUTÉ. SE^S DE LA VUE. lll j'ai déjà cité pour la grandeur de ses yeux, et d'autres). Arron- die à son bord supérieur, elle devient assez souvent anguleuse sur son autre bord. Comme exemples, je citerai la Raie bou- clée, Ic&Milandres, le Galeoœrdo, etc. Chez différents Carcha- riens, et le Thalassovhinus viilpecula, elle est perpendiculaire à l'axe du corps et ovalaire ; ou bien, enfin, elle est horizontale [Se. canicula). On ignore à quelles particularités physiologi- ques se rattachent ces différences dont l'explication se trouve, (l'ordinaire, dans les habitudes et le genre de vie des animaux, selon qu'ils sont diurnes ou nocturnes. Chez les Plagiostomes, comme chez les autres poissons, les milieux refringoits offrent les propriétés optiques les plus fa- vorables h une concentration puissante des rayons lumineux, rendue nécessaire par la densité du milieu dans lequel ils vivent. J'ai déjà parlé de l'aplatissement de la cornée transparente, par suite de la petite quantité dliumeur aqueuse. Il n'y a, en quelque sorte, pas de chambre antérieure, et la cJuwibre posté- rieure a une capacité proportionnelle au volume du cristallin qui proémine, en s'engageant dans l'ouverture pupillaire, vers la cornée avec laquelle il entre presque en contact, et s'appuie sur le corps vitré qu'il déprime un peu. Comme dans tous les poissons, cette lentille est sphérique (1). Les fibrilles qui forment les couches concentriques et dont la parfaite régularité présente, sous le microscope, le plus bel aspect, sont creuses, selon M. Koelliker [Elém. histol. hum. tr. fr., p. 688), et remplies par un liquide ; de sorte, dit-il, qu'il se- rait plus convenable de donner le nom de tubes aux éléments du cristallin. Leurs bords sont dentelés en scie et l'union de ces libres résulte de leur engrenure réciproque. Les détails les plus circonstanciés sur cette structure sont dus à M. Brewster, qui les a accompagnés de figures simples et très-claires [On the anatom. and optic. structure crystall. lenses Anirn., etc., in : Philos. Trans. roij.Soc. Lond., 1833, part. II, p. 323, pi. VIII, (1) Il n'est pas sans intérêt pour l'histoire de la science, de rappeler ici que c'est l'ctude du Squale qui a permis à Sténon de reconnaître les trois substances dont le cristallin se compose (Decnne Carcharia, in : Blasii anatome animalhim , 16S1, p. 266) : le noyau et la substance corti- cale, et le liquide qui les sépare. Je rappelle ici, mais sans m'y arrêter, parce qu'elles portent sur l'étude du cristallin de l'homme et des ani- maux aériens, les belles recherches de Morgagni {Adveraarin aiiat. Ad- vers. VI, § LXXI, et Epist. unat. quœ ad scripta pertinent Valmlvœ, Ep. XVII, § 32). 112 ORGAiSISATION DES l'LAGIOSTOMES. et 1836, part. I, p. 35, pi. IV-VI). La fig. 2 de la pi. VIll, 1833, montre les dentelures sur la Morue (1). Il les a trouvées moins prononcées chez la Raie bouclée et même excessivement petites dans une autre espèce de Raie non désignée, et chez un Squale, qu'il nomme simplement Squale aux yeux bleus. Je ne pourrais pas, sans m'éloigner du but que je me propose, présenter, même sous une forme résumée, les remarquables résultats auxquels M. Brewster a été conduit par ses études sur rarrangement mutuel des libres, qui offre une régularité parfaite, mais variable suivant les groupes, et avec des degrés de complication foi-t différents. Ainsi, pour ne parler que des Plagioslomes, il y en a, et tel est THexanche, oi!i les fibres, de même que celles de la Morue, à laquelle la pi. VIII, 1833, est consacrée, sont disposées comme les méridiens d'une sphère, car elles viennent de deux centres situés aux deux extrémités de Taxe, pour les plus su- perticiellcs, et des divers points de cet axe pour celles des couches concentriques. Cuvier [Leç. Anat. camp., 1''' édit., t. II, ]). 422) avait déjà signalé ce mode particulier de groupe- ment des fijjres; nuiis M. Brc\vster a poussé beaucoup plus loin qu'on ne l'avait fait avant lui l'examen des dissemblances caractéristiques des cristallins, suivant les espèces. Il a décrit, en outre, deux autres dispositions beaucoup plus compliquées, pour l'intelligence desquelles il est i'udispensablc de recourir aux ligures qui accompagnent son texte. Les recherches chimiques de M. Frémy, consignées dans le résumé d'un travail (\u\ lui est commun avec M. Valenciennes (C. rend. Ac. Se, 1857, t. XLIV, p. 1122 et suivantes), mon- trent que le cristallin des poissons (p. 1130) « s'éloigne entiè- rement, par sa com})Osition chimique, des cristallins apparte- nant aux autres animaux vertébrés. » Le centre, ou noyau, est formé par une matière solide, d'une transparence conq)lèle, non troublée par l'action prolongée de l'eau bouillante. Elle est insoluble dans l'eau, l'éther, l'alcool et les acides ordinaires ; ceux-ci ne la transforment pas en géla- tine. Comme l'albumine des libres du cristallin des mammifè- (1) Un calcul simple, mais trop long à reproduire, ramène à conclure que dans le cristallin d'une petite morue, composé de couciies concentri- ques comprenant chacune un même nombre de libres d'autant plus ténues qu'elles s'approchent davantage du centre, il y a cinq millions de ces fibres et soixante-deux mille cinq cents millions de dentelures. Une semblable structure, dans une lentille transparente, ne doit-elle pas, comme le dit M. Brewstcr, exciter notie etonnement et notre admiration ? SENSIBILITÉ. SENS DE LA VUE. 113 res, elle se dissout lentement dans l'acide acétique, et avec dif- ficulté dans les alcalis. Malgré des propriétés si différentes de celles de l'albumine ordinaire, elle a la môme composition et, par conséquent, elle lui est isomérique. En raison de ces dis- semblances, la matière centrale du cristallin des poissons a reçu un nom spécial : c'est la. phaconine {?ax6;, lentille). Les couches extérieures, semblables à celles des animaux vertébrés aériens, constituent Ve.xophacine; elle est formée par une albumine particulière, la metalbmnine, qui, se dissolvant en grande partie dans l'eau, ne se trouble pas par l'ébullition. L'analyse a démontré, comme pour la phaconine, son isomérie avec l'albumine ordinaire. C'est donc Vexophacine qui forme la portion périphérique du cristallin dans les quatre premières classes des animaux vertébrés on la portion centrale nommée endophacine est, contrairement à ce qui se voit chez les pois- sons, de l'albumine proprement dite, identique à celle du blanc de l'œuf ou du sérum du sang. Le cristallin est-il véritablement entouré pendant la vie par une capsule? Telle est la question que se pose M. Stannius [Ilanclbuck der Zoot. 2" édit., Fische^ p. 177) et qui n'a pas en- core, dit-il, reçu une solution satisfaisante. Cependant, M.Ley- dig, par suite de ses recherches sur le cristallin d'une jeune Torpille et d'un fœtus de Scymnus lichia long de 0"'.16, admet la présence non-seulement de la capsule, mais aussi, à sa face interne, de cellules épithéliales {Beitr., etc. Rock, und Haie, p. 25, § 17) analogues à celles qui se voient sur le même point chez l'homme (KôUiker, Elé7n. hist. hum. tr. fr., 1856, p. 687). Je n'ai point à parler duprocessus falciforme de la choroïde, qui traverse la rétine et se porte jusqu'au cristallin, dont il forme l'enveloppe dite Campanula Ilalleri. On ne trouve, en effet, rien de semblable sur les Plagiostomes. Cependant, en raison de la présence des fibres musculaires lisses découvertes dans la cam- panule, sur laquelle M. Leydig [Beilr. mikr., etc., p. 26-29, § 20) et M. W. Manz {Ueber wahrscheinlichen Accomodat.~ Apparat des Fischauges, 1857) (1) ont donné de longs détails, veut-on la considérer comme un organe propre à permettre l'accommodation de l'œil à la vision distincte, suivant la dis- tance des objets? On s'explique alors difficilement son absence chez les Plagiostomes. Il faut donc admettre, ou que ces pois- sons obtiennent le même résultat par quelque moyen qui nous (I) Voyez aussi un mémoire de Dalrymple (Mag. nat. hist. conduct. by Charlewortli, 1838, t. I, p. 136. Poissons. Tome I. 8 414 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. échappe, ou bien qu'ils sont privés du pouvoir d'adaptation, ce qui ne semble pas probable. C'est là, au reste, une des questions les plus difficiles que présente Tétudc de la vision dans la série animale (i). Vhumeur vitrte est d'une extrême limpidité pendant la vie. On en a la preuve quand on l'examine avant qu'il soit survenu aucune altération dans les liquides de l'économie. Sir John Herschell en a acquis la certitude, comme on le sait par une communication qu'il fit à l'Association britannique pour l'avan- cement des sciences, en iS3S{V Institut, 1839, u" 288, p. 230). Ayant examiné, à bord du navire qui le ramenait du cap de Bonne-Espérance, les yeux très-volumineux d'un Requin dont il n'indique pas l'espèce, et qui venait d'èire harponné, il a constaté que l'humeur vitrée n'offre un aspect comme gélati- neux que parce qu'elle est contenue dans les cellules à parois tout-à-fait transparentes de la membrane hyaloïdc destinées à s'opposer au mouvement libre du fluide. Celui-ci est un liquide aqueux et parfaitement limpide (2), Quelques mots sur la rétijie suffisent, car il n'y a dans sa structure, chez les Plagiostornes, rien qui soit notablement diffé- rent de ce que démontre l'examen de cette même membrane chez les autres poissons et même dans les divers groupes d'ani- maux vertébrés. On trouve en effet ici, dans son épaisseur, comme à l'ordinaire, plusieurs couches; pendant la vie, ainsi qu'on s'en assure par l'examen des yeux immédiatement après la mort, elles tiennent les unes aux autres de la manière la plus intime. Les particularités de structure que le microscope y fait découvrir ont été signalées par M. Leydig [Bcitr. mikr.^ etc. Roch. und Haie, p. 24, § 18, pi. III, lig. 1 d). Je me borne à cette indication, que, sur aucun Plagiostome, il n'a vu les cônes géminés (\\\\, chez les poissons osseux (Stannius, Uand- buch Zoot., 2" édit., Fische, p. 1T7), constituent, avec les tra- bécules perpendiculaires, de même que chez les autres verté- brés, la membrane de Jacob ou couche de bâtonnets. Les nerfs optiques proviennent des tubercules bijumcaux, ou lobes optiques (Voy. p. 69, et Atlas, pi. 2, fig. 2 et 5 B). (1) On en trouve une savante discussion dans le Traité de Phrjsiolugie de M. Longet (t. II, p. 5G-71), qui conclut à la nécessité de l'adaplalion dont le mécanisme, dit-il, reste encore inconnu. (2) Pour la structure intime du corps vitré, qui n'ollrc rien de spécial chez les Plagiostornes, il faut citer un travail de M. E. Briicke (Vêler den inner, Bau des Glaskœrpers in : MuUer's Arch. Anat., etc., 1843, p. 345-348). SENSIBILITÉ. SENS UE L'OUÏE. 115 Les Plagiostomes, contrairement à ce qui a lieu chez les au- tres poissons, les Ganoïdes exceptés, ont les nerfs optiques complètement entrecroisés, de sorte qu'il y a un véritable chiasnia (Atlas, pi. 2, lîg. 2, 3 et 5) formé par l'union parfaite de la substance des deux cordons nerveux, presque aussitôt après leur sortie de Tencéphale. Arrivé au niveau du globe oculaire, le nerf perfore la scléroti- que en dehors et en arrière de la saillie articulée avec l'extré- mité élargie du pédicule qui le supporte. C'est en s'épanouis- sant que le nerf forme la rétine. V. SENS DE L'OUIE. Les poissons, en raison de leur genre de vie, se distinguent des animaux aériens par une grande simplicité de l'organe de l'audition , qui est réduit à ses parties essentielles : ils n'ont que l'oreille interne, la seule nécessaire pour recevoir et trans- mettre les sons dans un milieu liquide. J. Mûller a cependant signalé, chez certains Plagiostomes {Vergleich. Anat. Myxin. : Gefass-system. Verzeichniss Pseudo- branch., p. 79), une disposition curieuse. Il semble, en effet, que les Raies et les diverses espèces des genres Scyllium, Pris- tiurus^ Mustelus, Galeus et Rhinobatus possèdent une sorte de conduit auditif, car un petit canal va de la paroi interne de l'évent, où il s'ouvre par une ouverture étroite, jusqu'à la paroi latérale du crâne. Son extrémité en cul-de-sac se met en rapport intime avec cette paroi, au-dessus de l'articulation du cartilage dit sus- pensorium, précisément dans le point correspondant au laby- rinthe. Peut-être tavorise-t-il l'audition en conduisant, jusqu'au lieu où elles peuvent le mieux être appréciées, les ondes so- nores, c'est-à-dire les vibrations de l'eau. L'oreille e&i située à la partie la plus reculée du crâne. Elle est indiquée à l'intérieur par la protubérance qui se voit de cha- que côté à la région occipitale. L'appareil se compose d'un labyrinthe membraneux entière- ment enveloppé dans un labyrinthe cartilagineux. La sépara- tion complète de l'organe de l'ouïe et de la cavité crânienne, constitue un caractère essentiellement distinctif des Plagios- tomes, car le labyrinthe membraneux des poissons osseux bai- gne en partie ou même presque en totalité dans le liquide qui entoure l'encéphale. L'enveloppe est déjà plus étendue chez les Esturgeons, où un ligament établit un cloisonnement imparfait il 6 ORGAlSISÂTlOiN DES l'LAGIOSTOMES. qui, dans les Chimères, si voisines des Squales, est ci peu près complet. Le labyrinthe cartilagineux des Plagiostomes est plus remar- quable encore par son développement. Il consiste en trois ca- naux semi-circulaires, aboutissant à un vestibule commun, et il est, par conséquent, conformé comme le labyrinthe membra- neux contenu dans son intérieur, mais ses dimensions sont un peu plus considérables que celles de ce dernier qui, retenu par quelques brides cellulcuses, flotte dans un liquide comparable à la lymphe dite de Cotugno, chez les aninuiux vertébrés aé- riens, et nommé périlijmplic. Le labyrinthe cartilagineux, outre Vouverture \ydv laquelle le nerf acoustique pénètre dans son intérieur, en présente d'au- tres. Lorsqu'on examine la petite fossette de la région supé- rieure de l'occiput, on y voit quatre ouvertures, deux de cha- que côté, placées l'une au-devant de l'autre, et de dimensions inégales. La postérieure, ou la plus considérable, qui, à l'état frais, est fermée par une mend)rane, conduit dans le vestibule cartilagineux et n'établit donc aucune communication entre le labyrinthe membraneux et l'extérieur. Tantôt ronde, comme chez les Torpilles, tantôt un peu ovalaire, elle a reçu de Scarpa, en raison même de sa forme, qui n'a pas d'importance, le nom de fenêtre ovale [De auditu, etc., p. 9, § V). Dans l'explication des planches (tab. I, fig. I, e, Raia clavata, et tab. II, fig. VI, w, Squalus [Scyliium] catulus), il la nomme simplement fenêtre du vestibule. A l'exemple de M. Rich. Owen [Lect., uic, Fish. t. II, p. 209), il est préférable de se servir de l'expression de fenêtre de la capsule. Il faut cependant reconnaître que, si l'on voulait employer une dénomination tirée de la comparaison de l'oreille des poissons avec celle des animaux vertébrés supé- rieurs, il conviendrait mieux de dire fenêtre ronde, puisque, contrairement à ce qui a lieu chez ces derniers, pour la fenêtre ovale, elle ne donne point accès dans la cavité vestibulaire proprement dite, c'est-à-dire dans le vestibule membraneux. Telle est l'opinion exprimée par Cuvier dès 1802 [Ler. d'Anat. camp., t. II, p. 460), oîi il désigne comme fenêtre ovale le petit orillce dont il est question plus loin, et qui met le labyrinthe membraneux en communication avec l'extérieur (1). Aux mo- (1) Dans ce même volume, il est vrai, p. 472. on Irouvo cncoie la déno- mination de fenêtre ovale pour Forilice du lahyrinllic eartilaginoux dont il s'agit ici; mais c'est une faute typographique, car la même dénomina- iion est ainsi appliquée à deux ouvertures toul-à-fait diflcrcntes. L'erreur SENSIBILITÉ. SENS DE l/OUÏE. 147 tifs de la détermination donnée par Cuvier, on peut joindre ceux que renferme la note annexée à la p. 492 (t. III, 2" édit.) de ses Leçons. Quoique fermée par une membrane, cette so- lution de continuité de Tenvcloppe solide n'est peut-être pas sans influence sur Tintensité des vibrations imprimées h l'or- gane (1). Vouverture antérieure de» la voi!ite du crâne se voit presque immédiatement au-devant de l'autre, de chaque côté de la fos- sette occipitale, où elle est quelquefois un peu cachée par le rebord de cette fossette. Elle établit une communication entre l'extérieur et le labyrinthe membraneux au moyen d'un canal nommé par Weber.s/»Ms audUorius. Après cequejeviens dédire de Touverture postérieure et de son analogie avec la fenêtre ronde, je n'ai pas à insister sur la comparaison à établir entre l'autre orifice et la fenêtre vestibulaire ou ovale. Quand on examine les téguments de la région sus-cépha- lique des Raies et des Squales, on y aperçoit à l'ceil nu, si le poisson est un peu volumineux, et facilement à la loupe, sur les individus de petite taille, deux pertuis au niveau de la fossette de l'occiput, placés à peu de distance l'un de l'autre. est corrigée dans la 2« édit., où le texte de la première est conservé, mais où l'orifice du labyrinthe cartilagineux est nommé fenêtre ronde. Compa- rez, en effet, dans cette 2e édition, t. III, l'avant-dernier alinéa de la page 503 aux premières lignes de la page 472 de la f^ C'est dans le sens de la 2« édit. (t. III, haut de la page 492 et page 503) que sont rédigés [Hist. des Poiss. t. I, p. 459 et p. 464; les passages relatifs à ces ouvertures. E. H. Weber {De aure et auditu, etc., pars I, De aure animal, aquat., 1820, p. 92 et suiv,, pi. IX, tig. 74, 8, Raia miraletus) leur donne la même signification que Cuvier. Au contraire, Breschet, qui a figuré la fenêtre du labyrinthe cartilagi- neux sur la R. bâtis dans ses Rech. org. de l'ouïe Poiss. {Mém. Sav. e'tr. Ac. se. 1838, t. V, pi. 12, fig. 1,/; fig. 2, i), adoptant l'opinion de Scarpa, la nomme fenêtre ovale, mais ne donne pas de dénomination particulière à l'autre orifice. J'insiste sur ce sujet à cause de la divergence d'opinion des anatomistes et parce que je considère comme étant seule exacte celle de Cuvier. (1) Des ouvertures de la voûte du crâne que la peau recouvre et « par lesquelles, comme Cuvier le dit {Fhst. Poiss., t. I, p. 462), les trémousse- ments du liquide ambiant peuvent être médiatement conduits jusqu'au la- byrinthe, » existent chez certains poissons de la famille des Silures, chez les Lépidolèpres et autres. M. Stannius {Uandbuch Znot., 2« édit., Fische, p. 170) donne des détails anatomiques et bibliographiques sur cette parti- cularité, que je me borne à signaler, comme la curieuse découverte, faite par E. H. Webcr, d'une communication établie, au moyen d'osselets, entre l'oreille et la vessie natatoire chez certains poissons (De aure et auditu, etc. Pars I, De aure animal, aquatil. 1820, p. 40 et suiv.). 118 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Quelquefois, cependant, il y en a davantage. Ainsi, le Myliobate aigle porte, de chaque côté, trois orilices de petits embranche- ments du canal dont il est question plus bas; E. H. Weber les a représentés {De aure et auditu^ etc., tab. IX, fig. 75-79 et 86). Le nombre et l'arrangement de ces trous présentent cer- taines irrégularités : dans une espèce de la famille desPastena- gues, le Tœniura Meyeni, il y a, de chaque côté, deux orilices ; à droite, ils sont très-rapprochés Fun de l'autre; à gauche, ils sont, au contraire, séparés par un plus grand intervalle, et le plus externe est le moins apparent. Sur le Tœniura lymna., on trouve, d'un côté, deux orifices extrêmement rapprochés et presque confondus en un seul, puis un troisième situé en avant des précédents. A gauche, l'orifice est unique, et, par sa po- sition, il correspond exactement aux deux trous })ostérieurs de droite. Chez un Myliobate aigle, oi,i les trois trous sont disposés de la façon indiquée par Weber sur ses planches •.-, j'en trouve un quatrième qui forme l'extrémité d'un tube muqueux. Or, son aspect suffit pour montrer la différence qu'il y a ici, comme chez tous les Plagiostomes, entre les pores muqueux et les ouvertures du sinus auditif externe, qui sont plus pro- fonds et un peu obliques. Les dimensions relatives ne four- nissent pas un bon caractère distinctif, car les solutions de continuité du tégument, qui font partie de l'appareil de l'ouïe, sont tantôt, mais par exception, comme sur quelques Raies, plus petites que les pores muqueux, tantôt, au contraire, plus grandes. Chez la Chimère, il n'y a qu'un seul orifice médian. Si, après une incision transversale de la peau, derrière ces trous, et deux incisions latérales, on détache avec précaution le petit lambeau cutané que l'on vient de circonscrire, ou voit, en le renversant d'arrière en avant, que chaque trou est l'ori- gine d'un -petit canal membraneux. Celui-ci se dirige oblique- ment de dehors en dedans et vient, à une très-petite distance, s'accoler à celui du côté opposé; changeant alors de direction et se portant en dehors et en bas, il pénètre à travers l'orifice du crâne jusqu'au vestibule membraneux. Sa portion inférieure peut môme être considérée, ainsi que Hunter l'a fait observer, comme formée par la réunion des tubes semi-circulaires verti- caux au niveau de leur extrémité commune, au moyen de la- quelle ils s'unissent dans ce point au vestibule. Vers le milieu de son trajet, le canal reçoit les fibres terminales d'un petit muscle qui, par son extrémité supérieure et postérieure, est in- SENSIBILITÉ. SENS DE L'OUÏE. 419 séré sur la fossette occipitale, au-dessus et tout près du bord de la fenêtre du labyrinthe cartilagineux, ou fenêtre ronde ; il se dirige en avant et en dedans, avec un peu d'obliquité de haut en bas, pour se fixer dans Tangle que forme le canal au moment où il change de direction. L'intérieur des deux canaux renferme un liquide auquel du carbonate de chaux pulvérulent, qui y est tenu en suspension, donne une certaine consistance. La présence du liquide sem- ble être un obstacle à la pénétration de l'eau de mer dans l'o- reille, et, par là même, tombe une des objections de Scarpa contre la réalité de cette communication du labyrinthe mem- braneux avec l'extérieur. On en doit la découverte à J. Hunter (1). Monro en a donné une représentation exacte dans les figures 1, 2 et 3 de ses pi. VII et VIII sur la Raie bouclée. On en voit très-bien la disposition chez la Torpille (figure 72, mais parti- culièrement fig. 73 de la planche VIII annexée au Mémoire de E. H. Weber, De aure et auditu, etc.) et sur sa planche IX où est représentée la disposition des diverses parties de l'oreille de la Raie miralet et du Myliobate. Je dois mentionner aussi, comme propre à bien faire saisir la disposition du canal mem- braneux, un dessin très-amplifié donné par Breschet [Rech. org. de l'ouïe, etc., in : Mém. Sav. étr. Ac. se. 1838, t. V, pi. 10, fig. 2) ; il faut également citer ses planches 9 et 12. Scarpa a nié la réalité de la découverte de Hunter et de ses observations, ainsi que de celles de Monro [De auditu, etc., prœfatio^i^. 1 et 2, et cap. II, p. 9, notes). Nul anatomiste, au- jourd'hui, ne saurait partager l'opinion complètement erronée du professeur de Pavie, dont on doit regretter les paroles sé- vères, à l'égard de ces deux illustres anatomistes. (1) Le mémoire où ses observations sont consignées ne fut imprimé qu'en 1782 (Philosoph. Trous, roy. Soc, t. LXXII). On le trouve presque en entier in : Descr. and illuslr. Catal. Collège Surg. London, Seriex comp. anat., t. III, part. I, p. 105-108, et il est traduit d'un bout à l'autre dans les Œuvres compl. de Hunter, par Richelot, t. IV, p. 385-391 . Cependant, les préparations du célèbre anatomiste anglais, faites avant 1760, mon- trent, comme il le déclare, que, dès cette époque, il avait constaté les par- ticularités indiquées dans ce travail. Monro, qui ne connaissait pas les recherches de Hunter, et qui déjà, en 1779, avait vu la disposition dont il s'agit, s'en attribue la découverte {Striict. and physiol. fish., 1785, p. 48). Quoi qu'il en soit, comme Cuvier le fait observer {Hist. Poiss., t. I, p. 460, note), Monro a décrit mieux qu'au- cun de ses prédécesseurs et de ses successeurs l'oreille extérieure des Chondroptérygiens. 120 ORGAmSATION DES PI.AGIOSTOMES. Si, poui' les Raies, aucune incertitude n'est restée sur la présence des canauK de communication entre Textérieur et le vestibule membraneux, il n'en a pas toujours été de môme re- lativement aux Squales. Monro [Struct. and vhysiol. fish. pi. XXXVIII) a représenté avec exactitude la disposition qui se voit chez TAnge de mer [Squatina vulgaris). De même, les pores cutanés avec les canaux qui leur font suite, et dont on aperçoit la trace à travers la peau sur le même Squale, sont dessinés planche XXXIII, fig. 1 [Descr. and illustr. Catalogue, Coll. Surg., Comparât, anat., t. III, part. I, p. 189). Et cependant, Weber [De aure et auditu, etc., p. 103) dit que les canaux mem- braneux, qui vont de Textérieur au vestibule membraneux, manquent chez le Squale, auquel il donne le nom trop vague de Sq. carcharias. Peut-être ce caractère ne se rencontre-t-il pas dans toutes les espèces? Telle était l'opinion de Hunter {Org. de Vouïe chez les Poiss. in : OEuv. compl. tr. fr., t. IV, p. 388); elle semble aussi être celle de M. Rich. Owen, car, dans le court article consacré à la description de Toreille des Plagiostomes [Lect., etc., Fish., t. Il, p. 209), il ne dit rien des Squales à l'occasion de cette disposition anatomique. M. Stannius [Handbuch Zoot., Fische, 2" éd., p. 168) se borne, dans une note de la page 168, après avoir décrit les ouvertures extérieures et les canaux des Raies, à rappeler la dénégation de Weber relativement au Sq. carcharias. L'absence excep- tionnelle d'une portion de l'appareil auditif ne semble cepen- dant pas probable. D'abord, la présence des deux orifices de l'occiput est un fait presque général, comme je le constate dans la collection du Muséum, et il est facile, ainsi que je l'ai déjà dit, de les distinguer des pores cutanés. En outre, les études ultérieures des anatomistes ont démontré que l'Ange de mer n'est pas le seul Squale qui ait de petits conduits membraneux étendus des parties profondes de l'oreille à la surface externe delà tête. Th. Ruchanan a, en effet, décrit en 1825, chez le Squahis canus ou caninus [Galeus canis?), et les trous, et les petits canaux dont ils sont l'orifice extérieur [On the org. of hea- ring in the genus Sq. in : Mem. Werner. Soc. Edinb., 1832, t. VI, for the years, 1826-31, p. 145). Il en a donné une repré- sentation sur la pi. IV d'un ouvrage spécial [Physiolog. illus- trations ofthe organ of hearing, 1828). On y voit, sur ce même Sq. canus dont il a, dit-il, étudié l'oreille sur plus'de cent indi- vidus (p. 108), 1" les orifices extérieurs; 2° l'un des canaux avec sa double inflexion, dont la seconde, beaucoup plus prononcée. SENSIBILITÉ. SENS DE l'oUÏE. 121 est telle que, dans le coude qui en résulte, et qui est précisé- ment le point où s'insère rextrémité inférieure du petit muscle dont j'ai parlé plus haut, une membrane valvulaire, suivant les expressions mêmes de Buchanan, qui la nomme membrana vestibuli, est formée par le reploiement de la seconde portion du tube. La direction oblique du muscle explique comment, par sa contraction, Tanimal peut tirer en arrière la paroi pos- térieure du tube et en élargir, par conséquent, le diamètre au niveau du rétrécissement là où ce petit canal change de direc- tion pour se porter d'avant en arrière; 3° le dessin en montre l'entrée dans le labyrinthe au-devant de la fenêtre ronde fer- mée par sa membrane. Breschet [Rech. org. de l'ouïe Poiss. in Mém. Sav. ctr., 1838, t. V, p. 6oS, note 1) dit avoir « examiné l'oreille d'un grand nombre de Squales et y avoir découvert et constamment re- connu l'existence d'ouvertures de communication entre le si- nus médian et l'extérieur. » En 18o2, M. Leydig [Beitr. mikr. Anat. Roch. etc., p. 30) a également constaté la disposition anatomique dont il s'agit dans les genres Zijgœna, Hexanclnis, Spinax, Mîistelus. Je l'ai moi-même très-bien observée sur le Mustelus vulgaris. Il est donc positif, d'après ces différents témoignages, qu'il y a une analogie complète, relativement aux portions extérieures de l'appareil auditif, entre les Raies et les Squales. Si, chez quelques-uns de ces derniers, elles manquent, on doit consi- dérer leur absence comme une exception. Il ne faut pas perdre de vue d'ailleurs, selon l'observation de Buchanan {Phijsiolog. ilhistr., etc., hearing, p. 111), que les ouvertures extérieures disparaissent peut-être, car il arrive qu'elles échappent aux recherches faites sur des sujets âgés. Le labyrinthe membraneux se compose du vestibule et de trois canaux semi-circulaires qui sont en communication avec lui par cinq ouvertures (1). (1) Outre les figures de l'oreille de la Raie, citées par Cuvier [Hist. nat. Poiss., t. I, p. 458, note) et dues à Klein, à Geoffroy, à Camper (t. VI des Mém. des Snv. étrang. Ac. des se, 1774, et non VII, comme il est dit par er- reur dans cette note), à Monro, à Scarpa, à Comparetti et à Weber, figures que j'ai déjà plus d'une fois mentionnées, il faut ajouter les dessins qui accompa- gnent lo les deux mémoires de Buchanan, l'un sur l'oreille des Squales (Mem. Wern. Soc. t. VIj ; l'autre sur celle de différents animaux, mais où il est également question des Plag. (Physiolog. illustrai, of thc ovgan ofhca- ring); 20 168 liech. de Breschet, sur l'org. de l'ouïe {Mem. Sav. étr. Ac. se, 1835, t.V). 122 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Le vestibule représente un petit sac un peu plus large h sa région inférieure qu'à la supérieure. Il est, en quelque sorte, formé de trois loges. La médiane, ou sac proprement dit^ est séparée de la postérieure seulement par une faible dépres- sion des parois; il en résulte que cette dernière, à laquelle on pourrait donner le nom de Cijsticule proposé par Breschet [Rec/i., etc., Mém. Sav. étr., t. V, p. 659, pi. 10, fig. 2), n'est qu'une appendice du sac. La loge antérieure, qui est plus dis- tincte que l'autre de la loge du milieu, peut être désignée, avec le même anatomiste, par la dénomination d'UtricuIe. Du vestibule partent les canaux semi-circulaires qui y re- viennent après avoir décrit une portion de courbe. Ils sont pro- portionnellement très-considérables dans la plupart des espè- ces, mais Buchanan a mentionné leurs grandes dimensions chez le Squalus [Scymmis] borealis en particulier, où il leur a trouvé une remarquable analogie avec ceux de Thonime [On the organ of hearing Sq. in : Memoirs Wernerian Society, t. VI, p. 459). Chez les Raies, ils peuvent être distingués en antérieur, postérieur et externe. Le dernier est plus ou moins horizontal et les deux autres sont presque verticaux. Ceux- ci se réunissent à leur extrémité supérieure en un seul canal ouvert dans le vestibule par un orifice unique ; il constitue la portion inférieure du sinus auditif ou tube membraneux qui établit, ainsi que nous venons de le voir, la communication avec l'extérieur. Le canal semi-circulaire externe se termine près de là, mais un peu au-dessous de l'orifice commun, bans ces deux points, c'est-à-dire là où s'ouvrent les extrémi- tés supérieures des trois canaux, on ne voit pas de renfle- ment. Ils en présentent un, au contraire, en forme d'ampoule, près de leur autre extrémité, laquelle pénètre isolément dans le sac, de sorte que ces ampoules sont au nombre de trois. Celles des canaux antérieur et externe sont voisines l'une de l'autre et s'ouvrent à la région antérieure et inférieure du ves- tibule près de l'utricule. Au canal postérieur, l'ampoule reste un peu plus éloignée du point d'insertion que dans les deux autres. Une très-grande analogie se remarque entre la disposition de ces canaux chez les Squales et celle que je viens d'indiquer. Weber [De aure, etc. p. 10?> et 104) a signalé certaines diffé- rences, mais la plus importante consistant, suivant lui, dans l'indépendance de l'extrémité supérieure des canaux antérieur et postérieur, n'est pas générale, et peut-être même son obser- SENSIBILITÉ. SENS DE l/OUÏE. 123 vation sur le Sq. carcharias (espèce non déterminée) n'est-elle pas exacte. La réunion de deux canaux peut lui avoir échappé, si, comme Buchanan le dit du Sq. canus ou caninus [Galeus canis?), elle est extrêmement courte [On the org. hearing Sq., etc., in : Mem. Wern. Soc, t. VI, p. IM). Le labyrinthe membraneux, dont le tissu offre une certaine résistance, et qui est baigné par la périlymphe, contient lui- même un liquide semblable au précédent, nommé endolymphe h cause de son siège dans l'intérieur. De plus, on y trouve de petits corpuscules analogues, par leur situation, aux < sselets que renferme Toreille interne des poissons osseux. En raison de leur consistance comparable à celle de l'empois, on ne peut pas les nommer Otolithes. La dé- nomination proposée par Breschet [Otoconie, de xovîa, sable) leur convient mieux. C'est en effet une poussière de carbonate de chaux suspendue dans une substance comme gélatineuse, sorte de mucus dont Barruel a trouvé 25 parties 0/q contre 75 de carbonate de chaux. La principale de ces petites masses est située dans la partie la plus inférieure et médiane du vestibule nommée spéciale- ment sac à pierres. Sa portion postérieure , qui en est quel- quefois complètement détachée et offre moins de consistance, occupe le petit renflement du sac ou cysticule.Dans l'antérieure ou utricule se trouve une masse beaucoup moins volumineuse que celle du sac. Les otoconies ont été figurées au nombre de trois sur la Raie bouclée par Scarpa [De auditu, etc., tab. I, fig. VII, a et b, c, d] et par Breschet d'après la même espèce {Rech., etc., Mem. Sav. etr., t. V, pi. 10, fig. 3) ; mais au nombre de deux seulement chez le Myliobate aigle par E. H. Weber {De aure, etc., tab. IX, fig. 82-85). De longs détails sur ces corps sablonneux , comme il les nomme, ont été donnés par Buchanan [On the org. hearinq, etc., in : Mem. Wern. Soc., t. VI, p. 167-169). L'examen microscopique des fines granulations de l'otoconie montre que ce sont de petits cristaux de forme et de grosseur diverses, non-seulement chez des espèces différentes, mais aussi chez une même espèce. M. Leydig a représenté [Beitràge mihroskop. Anat., etc., Rochen und Haie, pi. I, fig. 7, c, rf, e) les cristaux du Scymnus lichia (p. 32, § 23). Le plus ordinai- rement, ils avaient la forme de lamelles quadrangulaires; d'autres étaient en aiguilles, et quelques-uns constituaient de petits groupes de cristallisations aciculaires. La configuration 124 ORGANISATION DES PI.AGIOSTOMES. en citron n'est pas rare chez les Raies, et dans de semblables cristaux, il a vu, après la dissolution de la matière calcaire par des acides, qu'il reste une cellule avec son noyau. Ici, se retrouve donc la forme cellulaire primitive que j'ai indiquée (p. i08) pour les cristaux du tapis de la choroïde. Les portions des parois du vestibule, qui corre-spondent à ces petits amas calcaires, sont très-abondamment pourvues de filets nerveux. Comme les otolithes, les otoconies doivent donc avoir pour but de transmettre des vibrations plus intenses qu'elles ne le seraient si elles étaient simplement communiquées par les liquides de Toreille. Les nerfs acoustiques (Atlas, pi. 2, fig. 1 et 2F) naissent des parties latérales de la moelle allongée. Leur origine, chez lys Piagiostomes, au moment où ils sortent du bulbe rachidien, comme le montrent ce dessin et, sur VAcayithias vulgaris^ la ligure 1 de la planche II, annexée au mémoire de M. Stan- nius [Bas pcripher. Nervcnsyst. Fische, p. 14), est tellement rap})rochée de la deuxième branche du trijumeau, que le nerf acoustique a pu être considéré par certains anatomistes , et par Scarpa d'abord [De auilitu et olfactu, p. 19, % V), comme une simple division de la 5'' paire. E. H. Weber [De aure et auditu, p. 33-36 et p. 101) a forte- ment combattu, après Treviranus, cette supposition, encore admise par Breschet [Rech. org. de l'ouïe Poiss. in : Mém.Sav. et)'. Ac. se, t. V, p. Q6'i, pi. 10, fig. 1, et explicat. de la pi., p. 715), mais qui est maintenant rejetée (Stannius, Handbuch. Zoot., Fische, 2'' édit., p. 163, et Cuvier, Leç. Anat. comp., 2'= édit., t. III, p. 222). Quoique ce nerf semble avoir, chez certaines Raies, une branche secondaire comparée, mais à tort, au facial, destinée à l'ampoule du canal semi-circulaire posté- rieur, et dite par Weber Nervus accessorius [De aure, etc., p. 102), il n'est pas nécessaire de la considérer comme dis- tincte. Telle est l'opinion émise i)ar M. Stannius [Das peripher., etc., p. 15), très- justement, d'autant plus que ce prétendu nerf accessoire manque chez différents poissons, et parti- culièrement, selon l'indication de Weber [De aure, etc., p. 104, dernier alinéa), chez le Squale, qu'il nomme Sq. car- char i a s. La distribution des branches du nerf acoustique dans l'oreille a été étudiée et représentée sur la Raie par Monro [Struct. and pJiys. fish., pi. XXXVII) , par Scarpa [De auditu et olfactu, p."l3-15, § XIX-XXVIl, tab. I), par Weber [De aure, etc., SENSIBILITÉ. SENS DE l'OUÏE. 125 p. 101-103, pi. IX, fig. 80), et par Broschet [Rech. org. de l'ouïe, etc. Mém. Sav. étr. Ac. se, t. V, p. 662, pi. 10, fig. 1 et 2). Des détails minutieux sur cette distribution, chez le Sq. camis [Galeus canis?) et chez la Raie bouclée, sont donnés par Bu- chanan [Un the org. hearing in : Mem. Wern. Soc, t. VI, p. 159-165). Il décrit, sous le nom de sabuloiis nerve, les nerfs destinés aux points du labyrinthe où sont situés les corps sa- blonneux ou otoconies, et de sabulous plexus, les nombreuses ramifications plexiformes de ces nerfs. Ses descriptions sont accompagnées de figures (pi. I et pi. II). Je dois être très-bref sur ce sujet, car il n'y a pas, chez les Plagiostomes, de différences importantes avec ce qui se voit sur les autres poissons. Notons cependant tout d'abord que, par suite de la fermeture complète du vestibule cartilagineux, le nerf, pour parvenir jusqu'aux parois membraneuses aux- quelles il sert d'enveloppe, le traverse en se divisant en 'deux branches. L'une se dirige en avant, va se répandre sur l'utri- cule où est contenue la petite masse amylacée et sur les am- poules voisines, c'est-à-dire celles des canaux semi-circulai- res externe et antérieur. L'autre, beaucoup plus volumineuse, qui pénètre dans le cartilage par un très-grand nombre de filets, et dont la direction est inverse de celle de la précédente, envoie ses ramifications à la région inférieure du vestibule où elles sont fort abondantes et forment, dans le point sur lequel repose l'otoconie, le plexus dont j'ai parlé plus haut ; puis un petit tronc, résultant de la réunion de quelques-uns des filets de ce plexus, gagne la portion antérieure du sac dite cysticule et l'ampoule du canal semi-circulaire postérieur. Celle-ci, au contraire, reçoit directement ses filets nerveux de la petite branche dépendante de l'acoustique, comparable au facial, et considérée à tort par Weber comme un nerf auditif acces- soire, quand cette branche particulière existe. Les ampoules présentent à l'intérieur de fines cloisons incomplètes sur les- quelles se répandent les filets nerveux qui, là, comme sur les autres portions du labyrinthe membraneux, se divisent en ra- mifications d'une ténuité telle que le microscope môme ne per- met pas de constater leur mode de terminaison. M. Leydig n'y a pas vu les anses dont on a souvent parlé comme étant une des formes des derniers ramuscules microscopiques. Je ne crois pas que ces anses appartiennent aux fibres les plus extrêmes des nerfs; leur bout terminal doit presque toujours échapper à l'observation. 126 OKGANISATIO.N DES PLAGIOSTOMES. On a des preuves nombreuses du pouvoir dont sont doués les poissons d'entendre les bruits. Je me contenterai de citer ici un passage de OthonFabricius relatif aux .S^. carcharias,es- pèce indéterminée, mais qui est, peut-cire, comme on peut le supposer avec Millier et Honle {Plaaio.st.^ p. 50), la Lciche des mers du Nord {Scijnmîis burealis). Ce poisson, dit-il, a Touïe fine; car, dès qu'il entend la voix des hommes, il se montre à la surface pour les attaquer; ils évitent donc de le provo- quer à sortir des profondeurs de la mer. Si, pendant la pêche, le silence n'est pas observé, le Carchai-ias arrive et la rend infructueuse en faisant fuir les poissons [Fauna Groen- landica, 4780, p. 129). Au reste, tout en reconnaissant Fim- portance du secours que le sens de l'ouïe rend à des ani- maux appelés à vivre constamment dans l'eau, il ne faut pas perdre de vue les remarques très-justes de Cuvier sur l'im- perfection relative de ce sens chez tous les poissons. « Il est probable, dit-il, que le bruit produit en eux une sensation forte, mais qu'ils ne distinguent ni cette infinie variété de tons et de voix, ni ces articulations dont nous voyons tous les jours les quadrupèdes et les oiseaux être si vivement frappés. » {Hist.Poiss.,t. I, p. 469). A l'occasion du sens de l'ouïe, je me trouve naturellement amené à étudier la question de savoir si les Plagiostomes peu- vent, comme divers poissons osseux, faire entendre des sons (1). Aristotc [Hist. anim., lib. IV, ch. IX, tr. fr. de Camus, t. I, p. 221), après avoir fait remarquer, avec beaucoup de raison, que ces animaux « n'ayant ni poumons, ni trachée, ni pharynx [sic], n'ont point de voix, et que ceux que l'on dit en avoir ne forment autre chose que certains sons et des sifilements, » ajoute : « quelques Sélaques semblent également siffler. » (1 Des observations très-intéressantes sur les bruits que différents pois- sons produisent lorsqu'ils sont immergés ou môme quand ils sont hors de l'eau, ont été souvent faites pendant les voyages en mer. Je n'ai pas à m'arrètcr sur ce point, car c'est chez les poissons osseux que se rencon- tre presque exclusivement cette singulière faculté de déterminer dans les organes intérieurs des vibrations assez fortes pour qu'elles puissent se communiquer à l'eau, et, do proche en proche, à l'atmosphère, ou direc- tement à l'air lui-même quand ils cessent d'être plongés. Ces poissons bruyants ont été l'objet d'études et de recherches expérimentales dont j'ai présenté un exposé dans une de mes leçons au Muséum que j'ai résumée pour V Annuaire scientifique de 18(J2, publié par M. Dchérain. Cet article inséré (p. 238-251) renferme un examen des hypothèses émises sur ce sujet, avec des indications bibliographiques assez nombreuses, et divers récits des concerts étranges entendus par des navigateurs dignes de foi. NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. 127 Il y a très-peu d'indications à Tégard d'une production de bruits par ces derniers. Je ne trouve même à mentionner, jusqu'à ces dernières années, qu'un fait consigné dans la l'''^ édit. de VIchthyologie de Nice, publiée par Risso, qui dit (p. 17), en parlant de l'une des Raies à tète cornue de la Médi- terranée, le Cephaloptèrc M assena : « Lorsque la femelle fut jetée dans le bateau, elle y mugit d'une manière douloureuse pour avoir introduit dans ses ouïes le bout de sa queue. » En 1857, M. Mettenheimer a communiqué à J. Mûller, qui l'a insérée dans ses Archiv fur Anat., etc., de cette même an- née, p. 302, une observation qu'il eut occasion de faire sur une Piaie bouclée. Elle mérite d'être signalée. Se trouvant dans un bateau de pêche de la mer du Nord, où il voulait voir fonction- ner une drague pendant la marée, différents Pleuronectes et des R.aies volumineuses furent sortis du filet. Ces dernières étaient dans un état manifeste de fureur que les mauvais traite- ments des pêcheurs augmentèrent. Elles prenaient une position bizarre, se soutenant sur leurs nageoires pectorales et rele- vant la tête. Il y en eut qui firent alors claquer l'une contre l'autre les mâchoires; en même temps, des bruits courts, vifs, comparables au ronflement d'un homme endormi, se succé- daient avec rapidité. Ces bruissements, d'une nature parti- culière, fort pénétrants, exprimaient évidemment la colère, et, selon M. Mettenheimer, se produisaient dans les évents dont il vit, au moment oii les sons se faisaient entendre, les bords membraneux vibrer avec rapidité. Ils seraient donc le résultat du passage et de l'expulsion violente par ces ouvertures, de l'air introduit dans la bouche. De là, résulte la conséquence que les Raies semblent pouvoir être bruyantes seulement hors de l'eau. FONCTIONS DE LA VIE DE NUTRITION. I. DIGESTION. L'étude de la digestion comprend celle des organes oii elle s'accomplit et celle des divers actes successifs dont elle se compose. Cette doubla étude offre un grand intérêt chez les Plagiostomes, en raison des particularités remarquables de leur organisation. 1:28 ORGAMSATIOÎ< DES PLAGIOSTOMES. APPAREIL DIGESTIF. La cavité buccale a, pour charpente, les différents cartilages qui forment les arcs dentaires supérieur et inférieur, ainsi que le plancher de la boîte crânienne constituant le plafond de la bouche. J'ai indiqué, en décrivant l'extrémité cépha- lique du squelette, les diverses particularités de l'appareil mandibulaire (p. 29-32). L'ouverture antérieure de la gueule varie dans a sa forme, h son étendue et c sa position. a Tantôt, elle est transversale, presque rectiligne, comme on le voit chez les Raies et chez quelques Squales; tantôt, au con- traire, arrondie en courbe plus ou moins ouverte. b C'est sous cette dernière forme que l'oritice a le plus d'am- plitude : par exemple, dans les grands Carcharias [Prionodon. lamia, glaucus, leucos), le Carcharodon Rondeletii. Dans le Se- lache maxima, il est énorme, le contour de chaque mâchoire mesurant 'l'".20. Comme contraste bizarre, il suftit de rappeler ses dimensions exiguës chez certains Spinaciens, tels que l'Hu- mantin [Centrina Salviani), et chez les Raies, où la dispro- portion de cette ouverture avec leur taille parfois considérable étonne à cause du peu de volume que doivent nécessairement présenter les animaux dont elles se nourrissent. c Enfin, l'orifice buccal est presque toujours situé à la région inférieure et plus ou moins loin de l'extrémité souvent très- proéminente du museau, d'où résulte, pour les Squales, l'o- bligation de se retourner au moment de saisir la proie. C'est seulement par exception qu'il est terminal [Ulnnodon, Cestra- cion, Squatina, Cephaloptenis). Comme chez la plupart des poissons osseux, Torilice buccal est ordinairement nu. La peau, pénétrant dans la cavité de la gueule, s'applique sur les cartilages dentaires et y sert de sup- port aux dents, qui n'ont aucune relation immédiate avec le squelette. Chez beaucoup de Squales, au niveau des angles de cet orifice et le plus habituellement en haut comme en bas, le tégu- ment forme des plis labiaux résultant de la présence des carti- lages des lèvres. Ces plis sont importants à noter dans les des- criptions spécifiques, .à cause des différences qu'ils présentent. Prolongés plus ou moins vers la ligne médiane, ils n'ont l'ap- parence de lèvres, très-imparfaites il est vrai, en raison del'ab- NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. 12^ sence du tissu musculaire, que chez un petit nombre d'espèces dans le groupe des Leiches ou Sajjnniens. Les Squatines ont le pli labial supérieur prolongé en dehors et en arrière jusque vers la première fente branchiale sous la forme d'un lambeau droit ou ondulé, suivant les espèces. Jamais, cependant, si ce n'est chez le Squale à bec de scie, ou Priostophore, dont le mu- seau présente, vers le milieu de sa face inférieure et de chaque côté, un long barbillon, il n'y a les appendices filiformes, et quelquefois rentlés à leur extrémité, que portent les Silures, certains Cyprins, les Baudroies, les Chironectes, les Mulloïdes et les Gades. Les Plagiostomes, surtout les Raies, ont, dans l'intérieur de la bouche, des replis de la membrane muqueuse qui jouent, de même que chez les poissons osseux, le rôle de lèvres in- ternes. Le repli supérieur des Raies, destiné à s'opposer k la sortie de l'eau par l'orifice antérieur de la cavité buccale, est une sorte de voile placé derrière la mâchoire. Son bord libre, tantôt droit, tantôt cintré, présente parfois des dentelures. La membrane muqueuse forme également, chez les Squales, au niveau des dents, des replis qui recouvrent leurs rangs posté- rieurs. Souvent, à leur bord libre, il y a une sorte de feston dont les pointes viennent se loger dans les espaces que lais- sent, entre elles, les dents d'une môme rangée [Carcharias [Prionodon] leucos et d'autres). La langue manque chez les Plagiostomes, ou du moins est réduite à un très-petit volume. Il y a bien la pièce cartilagi- neuse médiane qui, placée entre les deux branches latérales de l'hyoïde, en représente le corps et peut prendre le nom de basi-hyal [Copula de Rathke in Anat. Untersuchungen Kienien^ apparat, p. 20); mais la petite pièce fixée à son bord anté- rieur dans le plus grand nombre des poissons osseux, c'est- à-dire l'os lingual, fait défaut chez les Plagiostomes, et c'est le cartilage médian lui-même qui en tient lieu. Il est un peu saillant en avant chez la Squatine, par exemple ; tandis que celui de VAcanthias vulgaris a la forme d'une bande étroite et courte, et représente une portion de courbe très-ouverte (1). (l) Il serait trop long et inutile crénumérer les différentes formes de ce cartilage, très-faciles d'ailleurs à constater sur le squelette. On peut en prendre une bonne idée sur les figures 2, 4, 6, pi. VI; fig. 3, pi. VIII; fig. 1, pi. XI et fig. 5, pi. XII, de M. Molin [Srillo scheletro degli Sqiialim Mem. Instit. Veneto, 1860, t. VIII). D'autres dessins, dus à Rathke et àLaurillard, sont cités plus loin dans l'étude des organes respiratoires. Poissons. Tome L 9 130 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Jamais, contrairement à ce qui se voit sur certains poissons osseux, cette pièce du squelette n'est armée de dents. Telle est donc la simplification de l'organe, que, le plus souvent, il disparaît. La cavité buccale sans cesse traversée par Teau, et privée des organes papillaires qu'on trouve sur la langue et sur la paroi interne des joues et des lèvres chez les animaux aériens, ne reçoit aucun liquide comparable à la salive (1), A peine est -il nécessaire de mentionner, comme pouvant peut-être suppléer, mais bien imparfaitement, aux organes sa- livaires, les grains glanduleux du palais trouvés chez les Raies par Cuvier [Leç. Anat. conip., t. IV, l'"'' partie, p. 460). DENTS. I. Situation, mode iVinsertion et nombre. — Les Poissons se distinguent ordinairement des Reptiles, mais surtout des Mam- mifères, par le grand nombre de leurs dents, car, outre les mâchoires, souvent les différentes pièces osseuses de la gueule et de l'entrée du pharynx, ainsi que la langue elle- même, en sont couvertes. Les dents des Plagiostomes en par- ticulier sont nombreuses et redoutables, soit par leur volume, soit par leur forme. On trouve cependant entre eux et les autres poissons cette première différence remarquable, que l'entrée de l'orifice buccal est la seule région où se voient les dents. Une seconde dissemblance résulte de leur singulier mode d'insertion. Au lieu d'être, comme chez les autres animaux ver- tébrés, fortement adhérentes à des pièces osseuses, souvent creu- sées d'alvéoles destinées à en loger la racine, elles n'ont.d'autre support que la peau dont elles constituent une dépendance, et a laquelle elles sont intimement unies. La dénomination de Bermodontes, imaginée par Blainville [Prodr. nouv. distrib. syst. du règne animal , in : Nouv. Bullet. des sciences, 1816, (1) C'est à la classe des ganglions vasculaires, qu'il faut rapporter l'or- gane que Stenon, le premier, a trouvé chez la Raie sous la mâchoire inférieure et à moitié recouvert par les muscles génio-hyoïdiens {Dcmuscuiiset glan- dulis), p. 86, et que Retzius, sans connaître ce fait, asignalé plus tard chez différents Plagiostomes (Observât, in anat. Chondropt. 1819, p. 30). Ne lui trouvant pas la structure des glandes, il l'a comparé au thymus, en raison de l'abondance de ses vaisseaux et de sa position. C'est, en elfct, un gan- glion vasculaire, mais on doit, à l'exemple de Stenon, le considérer plutôt comme l'analogue du corps thyroïde. NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. DENTS. 131 p. 112), et opposée à celle de Gnathodontes, rappelle ce carac- tère propre aux Sélaciens. Les cartilages dentaires ne méritent donc pas précisément ce nom, appliqué dans un sens absolu, puisqu'ils n'entrent point en rapport immédiat avec les dents, mais supportent les re- plis cutanés dont elles sont une sorte de production. Elles peuvent donc, au moins celles de la première rangée, subir un certain déplacement produit par la mobilité peu marquée, sur- tout chez les Raies, mais cependant réelle, du tégument. Au reste, elles n'y sont pas très-solidement fixées. Dans les attaques rapides et soudaines du Squale , ou dans ses efforts pour retenir une proie robuste qui cherche à lui échapper, des dents apparte- nant à cette rangée antérieure doivent être brisées. Celles des rangs intérieurs sont-elles, comme le dit Lacépède [Hist. Poiss., 1. 1, p. 179) « un supplément de puissance pour le Requin? Con- courent-elles, avec celles de devant, à saisir, à retenir, à dilacérer la proie dont il veut se nourrir? » Le Squale peut-il, selon les expressions mêmes de M. Agassiz [Poiss. foss., t. III, p. 78), hérisser son formidable râtelier? Ou bien, au contraire, ne sont- elles destinées qu'à venir successivement prendre la place de celles qui tombent? Lacépède le nie. Il n'est cependant pas douteux que tel est leur rôle. Leur diminution de longueur dans les derniers rangs montre que toujours il y en a qui sont en voie de formation. Il ne semble pas admissible que l'animal puisse volontairement les redresser toutes à la fois pour mul- tiplier le nombre de ses armes. Il suffit, d'ailleurs, d'exami- ner les dents non sur le squelette, mais à l'état naturel, pour constater qu'il y a un obstacle matériel au jeu simultané des diverses pièces de cet appareil. Elles sont en effet recouvertes, comme je l'ai dit plus haut (p. 129) , par un repli de la mem- brane muqueuse souvent festonné à son bord antérieur, au niveau du deuxième rang, afin de permettre le redressement des dents qui le composent, et que viennent alors remplacer celles du troisième. J'ai été souvent frappé de cette disposi- tion anatomique , dont M. Owen , au reste , fait mention pour combattre la supposition gratuite du mouvement d'ensemble de tout l'appareil dentaire. L'arrangement des dents est presque toujours parfaitement régulier. Tantôt , mais c'est le cas le plus rare dont certaines Raies, et en particulier la bouclée, nous offrent un exemple, les dents d'un rang sont alternes avec celles du rang précédent, ce qui produit une disposition en quinconce; tantôt, au con- 132 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. traire, chaque dent du rang le plus antérieur est suivie des dents d'attente qui , destinées à venir successivement prendre sa place, sont situées les unes derrière les autres avec une exacte symétrie. Elles forment ainsi des séries longitudinales parallèles dont le nombre est variable suivant les espèces (Atlas, pi. 7, fig. 8). Sur la Raie étoilée [R. aster.), et, généra- lement, les Plagiostomes de ce groupe, toute proportion gardée, en ont plus que les Squales, je compte 80 séries à chaque mâ- choire, 52 sur celles du Snjmnus [Lœmargus] borealis, et 20 seulement chez le Scynmm Ikhia. Les Torpédiniens ont des séries peu nombreuses (Atlas, pi. 11). Les rangées sont loin d'avoir toujours une étendue égale, car elles se composent chacune d'un nombre de dents variable suivant les espèces. Ainsi, on en compte 6 ou 7 dans les diffé- rents Scymniens à la mâchoire inférieure, et jusqu'à 17 vers le milieu des mâchoires sur certaines Raies. Notons, au reste, que si les rangées médianes recouvrent presque les trois quarts de la circonférence des cartilages , il n'en est plus de même vers leurs extrémités, oî^i elles deviennent progressive- ment de plus en plus courtes. Enfin, dans le jeune âge, elles le sont plus que dans l'âge adulte. Chez les Scymnus, ces dents d'attente sont complètement renversées, ayant leur base tour- née en haut et leur pointe en sens opposé. Elles sont disposées avec une régularité parfaite, les unes au-dessus des autres, se recouvrant mutuellement dans une partie de leur hauteur, et restent appliquées contre la face postérieure de la mâchoire, qui est surmontée de dents en action formant un ou deux rangs, et dont le bord libre, qui est tranchant, occupe la position nor- male (Atlas, pi. 5, fig. 1-4) (1). Si le nombre des dents en action vient à êti'e diminué mo- mentanément, il est bientôt complété. A la dent du deuxième rang, qui a pris la place de celle du premier, qu'un accident ou sa chute naturelle a fait disparaître, succède la dent correspon- dante du troisième, et ainsi de suite. C'est au rang le plus in- férieur et dernier qu'une dent de nouvelle formation se montre. Je ne parle ici que de remplacements partiels; mais chaque rangée de dents est appelée à son tour à venir occuper la posi- (1) Je mLMitionne seulement les dents inféi'ieures des Scymniens; les su- périeures, de forme très-diflcrente (voy. la descr. de ce groupe,', offrent beaucoup moins de régularité dans leur arrangement. Chez beaucoup d'au- tres Squales, au contiaire, et chez les Raies, il y a similitude, sous ce rap- port, entre les dents de l'une et de l'autre mâchoires. NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. DENTS. 133 lion la plus élevée et la plus antérieure. Ainsi, des armes usées et devenues insuffisantes, sont constamment et sans interrup- tion, remplacées par des armes intactes et plus puissantes. Chez tous les Plagiostomes, la substitution de dents nou- velles à des dents anciennes s'opère non-seulement quand elles sont pointues et séparées les unes des autres, de manière ù former la herse ou la lame de scie, mais chez les Mustéliens, les Cestraciontes, les Myliobates, et dans tout le groupe des Rhines où, aplaties et rapprochées, quelquefois môme comme soudées par leurs bords, elles représentent en quelque sorte des mosaïques. Souvent, il y a, sur la ligne médiane, une rangée de dents : c'est un fait très-propre à démontrer qu elles sont absolument indépendantes des cartilages. Une autre preuve encore de leur indépendance se tire du déplacement progressif dont je viens de parler, par suite duquel chaque rangée d'attente est amenée successivement et à son tour en avant pour constituer la rangée en action. Il n'est pas produit, en effet, par un mouvement simultané des cartilages dentaires les entraînant avec eux. C'est le derme, auquel elles appartiennent réellement, qui se porte peu h peu vers le bord antérieur de la mâchoire. Hérissant a présenté des observations intéressantes sur ce sujet dans ses Recli. sur les usages du grand nombre de dents du Canis carcharias [Mem. Ac. des se. Paris [pour l'année 1749], 4753). Il les a rendues plus instructives encore par les 3 plan- ches annexées à son Mémoire, et oi^i sont figurées des irré- gularités dans la disposition des dents, résultant de la chute de quelques-unes et du déplacement de celles qui viennent s'y substituer. Ainsi, la troisième fait bien comprendre leur mode de progression, car on en voit plusieurs dans différents degrés de redressement. Si la vie de l'animal s'était prolongée davantage, cette irrégularité aurait sans doute cessé et la mâ- choire dessinée sur cette planche n'aurait plus offert le même intérêt. Comment, au reste, douter que ce ne soit là le vrai mécanisme du renouvellement des dents en action, lorsqu'on voit la cu- rieuse modification produite sur celles d'un Galeus, dont la mâ- choire inférieure, traversée en bas, près de son bord postérieur, par l'aiguillon caudal d'une Pastenague qui se brisa dans l'at- taque, avait conservé ce corps étranger pendant un temps assez long déjà quand le Squale fut pris? Un dessin de la mâchoire armée de ses dents entre lesquelles le dard proémine, est donné 134 ORGAMSATION DES PLAGIOSTOMES. par André {Descr. of teeth, etc., in Philos. Trans. roy. Soc, 1784, t. LXXIV, part. II, p. 279, pi. XIII, reproduite par M. Rich. Owen [Odontogr., Atl., pi. 28, fig. 9 et t. I, p. 39). Il fait parfaitement comprendre le résultat de cette expérience naturelle. Dans deux rangs verticaux contigus, composés, comme les autres, de cinq dents obliques à pointe dirigée en arrière, et d'une sixième, relevée et en position, on voit, sur le bord latéral correspondant de toutes les dents de ces deux ran- gées, une déformation manifeste. Elle est due à ce que, depuis le moment de la blessure, chacune de ces douze dents, qui a d'abord occupé le rang le plus inférieur, a trouvé là un obsta- cle h son développement normal par suite de la présence de Taiguillon. Toutes celles dont Tun et Tautre rang se compo- saient au moment où il a pénétré dans le cartilage dentaire, avaient donc déjà disparu les unes après les autres et avaient été successivement remplacées parles dents difformes, et même plusieurs de ces dernières étaient peut-être déjà tombées (1). Le mouvement de progression ne s'était donc produit que dans les téguments et non dans la mâchoire. Supposons qu'il en eût été autrement et que les dents eussent été déplacées avec le cartilage lui-même. Alors, ou l'aiguillon n'aurait plus été re- trouvé, sa chute ayant accompagné celle des dents entre lesquelles il avait pénétré; ou bien, moins de temps s'étant écoulé, il aurait été suivi et précédé d'un nombre variable de dents parfaitement intactes, puisque, conservant toujours la même position relativement à celles qu'il avait atteintes au mo- ment où la mâchoire fut perforée, il n'aurait pu nuire au dé- veloppement ultérieur d'aucune des pièces de l'armure den- taire. II. A l'étude du nombre des dents se rattache celle de leurs dimensions. La cavité buccale, malgré toute son ampleur, n'en peut pas contenir beaucoup sur chaque rang, s'il s'agit, par (1) Dans chaque rang vertical, il y avait 6 dents, et, sur les deux mâ- choires, 52 rangs : en tout, 312 dents. Leur formation était évidemment postérieure à la blessure, puisque toutes étaient déformées dans les deux rangs contigus à la partie inférieure desquels l'aiguillon avait péné- tré : des dents en nombre égal ayant précédé celles-là, étaient donc déjà tombées. Supposez maintenant un plus long espace de temps écoulé depuis le moment de la pénétration du dard, et cette estimation, dont le chiffre s'élève à 624, sera trop faible. Enfin^ si la vie s'était prolongée davantage, le renouvellement de l'armure dentaire aurait continué jusqu'à la mort. On comprend ainsi quelle quantité considérable de dents est mise à la dis- position d'un Plagiostome pendant toute la durée de son existence. NUTRITIOÎS. APPAREIL DIGESTIF. DENTS. 135 exemple, du Squale de nos mers dit Carcharodon Rondeletii; ses dents triangulaires et dentelées sur les bords, senties plus grandes qu'on ait jamais eu occasion de voir, jusqu'à ce jour, dans les mers de Tépoque actuelle. Leurs dimensions sont ce- pendant inférieures à celles des glossopètres (1) volumineux, des terrains anciens et qui, semblables pour la forme aux dents de notre Carcharodonte (Atlas, pi. 7, fig. 7), ne laissent aucun doute sur rexistencc de Squales énormes dans les mers dont les dépôts ont formé certaines couches de notre globe. Ainsi, Lacépède [Hist. Poiss., t. I, p. 205) a calculé, d'après une dent fossile trouvée h Dax, et conservée au Muséum, longue de 0'".082, et comparée à la plus grande dent d'un Squale de nos mers, que l'individu auquel elle avait appartenu, devait me- surer 23 mètres. Chez un Carcharodonte long de 11"\248, M. Owen [Odontography, p. 300) dit que la plus considérable a 0"'.050 do haut et 0"'.043 de large. La plus grande dent d'un Squale de la même espèce dont le Musée de Paris ne possède que les mâchoires, a 0'".045 dans un sens et 0'".033 dans l'au- tre. La taille de ce poisson devait donc être moindre. Les dents de Plagiostomes offrent cette particularité qu'il y en a de toutes les grandeurs; mais, par opposition aux précé- dentes, on ne peut pas en citer de plus petites que celles du grand Squale dit Rhinodonte.'D\s]}0&èe& régulièrement en quin- conce, sur une largeur de 0".03, elles représentent les pointes d'une très-fine carde et ont quelque ressemblance avec les dents en brosse de certains poissons osseux. On peut aisément se figurer leur extrême petitesse par ce fait que, malgré le peu de place qu'elles occupent dans la vaste gueule terminale de ce poisson, elles y sont cependantau nombre de plus de 6,000. Le gigantesque Y^èlerhv [Selache maxima), de la même fa- mille que le Carcharodonte^ mais dont la taille est beaucoup plus considérable, porte également des dents très-petites, bien moins ténues cependant que celles du Rhinodonte. Elles sont en forme de cônes hauts de 0"\006 à 0'".008 chez le seul (1) Voy,, sur Torigine de cette dénomination, Lacépède {Hist. des Poiss., 1. 1, p. 203). — On a nommé Bufonites ou crapaudines, des dents fossiles de poissons, prises pour des corps qui, disait-on, avaient été contenus dans Tintérieur du crâne des crapauds. M. Agassiz a démontré que l'on a rapproché à tort les Bufonites ordinaires, ou dents fossiles à racine creuse, à couronne distincte et qui ne proviennent point des Plagiostomes, des Bufonites à dos sillonné, ou dents aplaties à la base et non adhérentes aux mâchoires. Celles-ci, en effet, appartiennent à des genres voisins des Ces- traciontes {Poiss, foss., t. III, p. 74). 136 ORGA?(ISATIO>( DES PLAGIOSTOMES, spécimen que les collections d'Europe possèdent, et leur nom- bre est d'environ 2,700. (Atlas, pi. 3, fig. 18.) Chez ces grands Squales à dents si peu considérables [Rhin. et Selachc)^ on ne remarque en quelque sorte pas de différen- ces dans leurs dimensions, quel que soit le point où elles sont situées, non plus que chez les Roussettes, les Emissoles et les Raies proprement dites, oi^i la denture se compose toujours de petites pièces nombreuses, juxta-posées. Le plus souvent, au contraire, les dents de Squales offrent un volume différent, se- lon la place qu'elles occupent. Ainsi, au milieu de chaque rangée transversale, elles sont, d'ordinaire, plus grandes que vers les extrémités. En outre, leur volume, sur les rangées ver- ticales, subit une diminution graduelle d'avant en arrière, à mesure que la position en est plus reculée. Chez d'autres [Rh. [Syrrh.] Bougainvilh'i, Atlas, pi. 10, fig. 1), ce sont les mé- dianes qui ont le moins de longueur. Il n'est pas rare que les dents de l'une des mâchoires soient plus petites, plus grêles que celles de la mâchoire opposée. III. Relativement à la forme, il y a de nombreuses diffé- rences à indiquer. 1° C'est d'abord une singularité remarquable des Plagios- tomes qu'il y ait souvent, chez un même animal, défaut de pa- rité dans la conformation des dents suivant la place. Les dis- semblances, sous ce rapport, entre les Raies proprement dites, sont rares ou très-peu prononcées. Parmi les Squales, au contraire, elles sont fréquentes et fournissent de bons caractères génériques. Je citerai, par exemple, les Carchariens, dont les dents inférieures, grêles et étroites, s'élèvent comme des cônes minces et efiilés, plus ou moins droits ou obliques, sur une base élargie, tandis que les supérieures sont larges, triangulaires et généralement diri- gées en dehors. De plus, il n'est pas rare que les unes portent des dentelures, soit à la base, soit sur les bords, et qu'à la mâchoire opposée, elles présentent un tranchant uni. Quelquefois, ce sont les dents inférieures qui sont les plus grandes, et, en même temps, elles se distinguent des supé- rieures par une forme tout-à-fait différente. Il en est ainsi chez les Notidaniens, où des dents en crochets sont opposées aux larges dents en peigne oblique et à nombreuses dentelures du bord inférieur de la gueule (Atlas, pi. 4, fig. 1-12), et chez la plupart des Scipiniiens. A l'exception du genre Echi- norhmus, dont l'armure dentaire est semblable en haut et en NUTRITION, APPAREIL DIGESTIF. DENTS. 137 bas, ils ont des dents supérieures coniques, pointues, plus ou moins grêles, et des dents inférieures à base très-haute, sur- montée d'une portion libre, triangulaire, tantôt verticale [Scym- mis proprement dits) et lisse ou dentelée sur les bords, tantôt très-oblique, même presque horizontale et offrant ainsi un bord libre tranchant [Lœmargus] . (Atlas, pi. S, fig. 1-4.) 2° Ce n'est pas seulement quand les dents n'appartiennent point à la même mâchoire, qu'elles offrent des différences de forme; souvent, cette forme varie suivant la place qu'elles oc- cupent. Ainsi, vers les angles de la bouche, elle se moditie avec la grandeur. En outre, certains Squales, parmi lesquels je citerai le Cardtarien, type du genre PInjsodou, puis les L«w- 7iiens du genre Oxijrhine., ont les dents médianes autrement conformées que celles qui les suivent à droite et à gauche. Enfin, les plaques dentaires latérales des Myiiobates ne res- semblent ni pour la grandeur, ni pour la forme, aux plaques du rang médian. Chez le Cesiracion, par exemple, la quatrième avant-der- nière rangée, comprenant les dents les plus longues et les plus larges, qui forment la partie la plus saillante de cette sorte de coquille enroulée représentée par son singulier système dentaire, est précédée et suivie de dents d'autant plus petites que le rang dont elles font partie est plus éloigné de ces grosses dents. Il y a exception, cependant, pour les cinq rangées antérieures 011 elles gardent le même volume. De grandes dissemblances peuvent, comme on le voit, se constater sur les dents d'un même Plagiostome. 3° Il y a également des dissemblances suivant l'âge, car sou- vent, chez les Carchariens en particulier, les dents des jeunes individus ne portent pas les dentelures latérales caractéristi- ques de l'âge adulte dans certains genres et selon les sexes : ainsi, diverses Raies mâles se distinguent des femelles par les pointes de leur armure dentaire. Les faits qui précèdent suffisent pour montrer combien sera difficile, dans certains cas, la détermination de l'espèce ou du genre auquel peuvent appartenir une ou plusieurs dents iso- lées. Les difficultés sont bien plus grandes encore quand il s'agit de poissons fossiles dont on ne peut désigner que par les caractères des dents ou de l'écaillure, la véritable place dans les cadres zoologiques. M. Agassiz [Poiss. foss. t. III, p. 78 et 77) a insisté sur l'em- barras causé par ces obstacles, lui qui, mieux que tout autre 138 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. cependant, pouvait les surmonter. Aussi, comme il le dit avec raison, Thabitudo seule d'apprécier sur les Squales de Tépoque actuelle les différences offertes par le système dentaire, peut guider le naturaliste qui court risque encore de commettre cer- taines erreurs de classification. Par ces motifs, il a apporté une grande prudence et beaucoup de réserve dans les conclusions qu'il a tirées de ses études approfondies, non-seulement sur les dents fossiles, mais sur les aiguillons des nageoires ou ichthyo- dorulithes, et, particulièrement quand il cherchait à savoir si telle dent et tel aiguillon se rapportaient ou non à une seule et môme espèce. Des détails qui précèdent, résulte la preuve d'une grande variabilité dans la forme des dents des Sélaciens; mais je crois devoir ajouter encore quelques rapides indications. Une première distinction à établir est fondée sur ce fait : a que les uns, ce sont les moins nombreux, ont des dents plates ou sans pointe ni tranchant, et h que les autres ont des dents saillantes, soit tranchantes, soit pointues; c enfin, elles sont quelquefois dentelées sur les bords. a. L'exemple le plus remarquable de dents plates est fourni par les Myliobates : ce sont de grandes pièces à surface plane formant une sorte de pavé dont l'action sur les substances ali- mentaires est comparable à celle d'une meule. Des dents moins singulières dans leur apparence générale, beaucoup plus petites, mais plates et disposées connue les pier- res d'une mosaïque, sont celles de différentes Raies, des Squa- tinoraies, spécialement du lihina ancylostoma. C'est également de dents sans saillie, mais h. surface convexe, que sont armées les mâchoires des Cestracioîites. Très-rares dans notre monde actuel , puisque trois espèces au plus sont connues, ils étaient, au contraire, fort abondants aux époques paléontologiquesles plus anciennes; M. Agassiz a appelé d'une manière particulière ralLention sur ce fait curieux. Il en a eu la démonstration évidente par l'examen d'un grand nombre de dents comparables, dans leur structure, à celles des Cestra- ciontes, mais assez différentes pour qu'il ait pu, avec raison, les considérer comme types de plusieurs genres distincts (i). (l) « Quelquo opinion que Ton ait sur l'ordre de succession des ani- maux qui n'existent plus, il est un fait auquel on ne saurait avoir trop égard, quand on recherche les lois qui ont préside à la icijartition des êtres vivants à la surface du globe à différentes époques géologiques; c'est que les types de notre époque qui présentent la plus grande analogie NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. DENTS. 139 Les dents de nos Cestraciontes actuels, dont les différences spécifiques se tirent uniquement des caractères extérieurs, for- ment, comme chez les Mourines, des meules. Cependant, au lieu de présenter une surface plane plus ou moins large , elles constituent dans leur ensemble, à droite comme à gauche, sur Tune et sur l'autre mâchoire, un demi-cylindre composé de plusieurs rangées obliques et parallèles de dents qui, toutes, ont leur surface bombée et sont séparées par de petits enfon- cements indiquant leurs limites et faisant paraître plus sail- lantes ces sortes de côtes juxta-posées. b. Déjà, chez les Cestraciontes, commence h se montrer la forme la plus habituelle du système dentaire, je veux dire la forme pointue , car leurs dents antérieures , surtout les moins rapprochées du bord externe du demi-cylindre, portent en^ar- rière une saillie assez acérée. Un mélange de dents plates et de dents aiguës se voit souvent chez les Raies, où les plus éloignées du bord antérieur sont généralement terminées en pointe et peuvent servir, par leur direction oblique en arrière, à retenir la proie; les antérieures, au contraire, sont souvent mousses. C'est une disposition ana- logue que présentent les Mustéliens ou Squales h dents de Raie, comme on les nomme quelquefois. Parmi les dents pointues, les plus simples sont en cône de lon- gueur variable, et le plus souvent un peu aplati, sans élar- gissement k la base. Telles sont les pièces, soit de Farmure dentaire tout entière des Squatines, soit seulement de la supé- rieure chez les Centrines et les Scymniens. Ce cône eftilé et pointu ne constitue que Tune des portions de la dent à Tune ou à l'autre des deux mâchoires de certaines espèces du grand avec ceux des premiers âges de la nature, sont aussi les plus rares. Ce fait est d'autant plus frappant qu'il se reproduit dans presque toutes les clas- ses du règne animal, et souvent même plusieurs fois dans les diverses fa- milles de la même classe; mais ce n'est pas seulement le nombre des es- pèces qui va décroissant, celui des individus est aussi plus limité qu'à l'ordinaire Nous avons un autre exemple de ce fait dans le genre Cesiracion, dont il n'existe qu'une seule espèce vivante (on en distingue trois aujourd'hui), qui est l'un des Squales les plus rares que l'on con- naisse. » (Agassiz, Rech. sur les Poiss. fcss., t. III, p. 168). M. Agassiz présente des observations analogues (t. III, p. 75) à l'occasion du genre Mustelus : deux espèces seulement habitent nos mers, et il est re- présenté, comme le précédent, par de nombreux genres analogues dans toute la série des teiTains secondaires. Au contraire, les genres actuels abondants en espèces, ou n'ont pas de représentants parmi les fossiles, ou bien sont limités aux terrains tertiaires ou crétacés. 140 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. genre Carcliarias , divise'", d'après les différences de forme du système dentaire, en plusieurs sous-genres. Ainsi, chez VHypo- prion hemiodon, les dents inférieures offrent, dans leur portion adhérente, un élargissement et se terminent par une sorte de dard très-mince. Dans le Prionodon limbatus, en haut et en bas, les dents longues, étroites et acérées, sont comme un prolon- gement de la base. Celle-ci porte-t-elle, de chaque côté de la pointe médiane, une ou deux petites dentelures? On a sous les yeux alors le type des dents, soit d'Odontaspide (Atlas, pi. 7, tig. 3), qui même ne se distinguent bien que parla des dents d'Oxyrhine (Id., tig. 4), soit de Roussettes (In., fig. 1) ou de certains genres dontlenom rappelle leur analogie, sous ce rap- port, avec ces dernières. Tels sont les Scylliodontes, les Cen- troscylles, les Triccnodontes. Quelquefois, comme chez le Spinax, les dentelures ne se voient qu'à une seule mâchoire. c. Souvent les dents plates portent, ou à leur base, ou sur les bords , soit dans toute leur étendue , soit seulement dans une portion de leur longueur, des dentelures iRnlol profondes, tan- tôt peu apparentes, qui, par leur constance, fournissent d'ex- cellents caractères de genres ou d'espèces. On peut, à l'exemple de M. Agassiz, dresser un tableau des genres à dents en scie, en commençant par ceux où les créne- lures sont le plus développées : 1° Notidanus [Hexanchus et Heptanchus) ; ^"Hemipristis (genre fossile où elles manquent vers le sommet des dents) ; 3" Ga- leus; 4° Gaîeocerdo; 5° riialassorhinus; 6" Corax (genre fos- sile h dents non creuses à l'intérieur, comme celles des Galeua et Gaîeocerdo, et ii dentelures plus régulières); 7" Zygœna\ 8" Carcharias (excepté les genres Scoiiodon, Phijsodon et Aprion, à dents lisses); 9° Ghjphis; 10° Carcharodon. Les dentelures constituent un caractère curieux du système dentaire. Elles doivent avoir leur importance à cause du rôle que les dents sont appelées à remplir, comme oi-ganes de pré- hension destinés en outre, ou à couper, ou à déchirer la proie. Cependant, si on les trouve chez des Squales redoutables par leur taille, comme les Carcharodontes et certains Carchariens, tels que les Prionodontes lamia, leucos, glaucus, elles maïuiuent à d'autres Squales d'une taille semblable [Lamna cornubica , Oxîjrhina, Odontaspis) et aux grandes Leiches [Lœmargus) des mers septentrionales. IV. Structure. Les dents des Plagiostomes sont composées de deux portions : l'une offrant un aspect très-analogue à celui de MTRITION. APPAREIL DIGESTIF. DENTS. 141 rémail et qu'on pourrait, par comparaison avec les dents or- dinaires, nommer couroMW.3,- l'autre, non émaillée, base osseuse implantée dans le derme. Celle-ci n'est point une vraie racine, car elle ne contracte pas avec le cartilage dentaire l'adhérence qui, chez les autres animaux, fixe les dents au squelette, soit par enclavement dans des alvéoles, soit, comme dans la plupart des reptiles, par juxta-position avec le bord libre des os maxil- laires ou avec leur paroi interne. Tantôt cette base est simple et de même forme que la dent, ou bien rétrécie : elle constitue alors une sorte de pédicule sur- monté d'une portion aplatie (lî. Gamw/Y//, Atlas, pi. 7, fig. IS- IS) ou conique [B. chagrinea, id., tig. 9 et 10). Tantôt, au contraire, la base de la dent est profondément échancrée; mais c'est là une exception particulière aux genres Lamna et Oxy- rhina de la famille des Lamniens et aux Odoiitaspides (Id., fig. 3 et 4). La substance osseuse est plus ou moins apparente au-dessus du derme, et, souvent, on en voit une petite portion. Or, la forme que présente le bord de l'émail qui la limite étant fort constante , il est quelquefois utile, dans les descrip- tions, d'en tenir compte comme d'une particularité distinctive. Si, ne nous bornant plus aux caractères extérieurs, nous étudions la structure intime des dents de Squales, nous reconnaissons, avec le microscope, la présence de canaux dits médullaires par M. Rich. Owen [Odontogr., t. I, p. 32), et de canaux calcigères qui , sous la forme de fines ramitica- tions, sont la continuation des premiers. Faciles à distin- guer, pendant la période de développement, par la nature même de leur contenu , les deux sortes de canaux cessent plus tard d'offrir des différences, parce que les médullaires, qui avaient une vascularisation assez abondante, sont enva- his par la matière calcaire. Les principaux de ces canaux médullaires suivent une direction à peu près parallèle à l'axe longitudinal de la dent , depuis la base oi^i se trouve la petite cavité de la pulpe. C'est de là qu'ils partent, et ils donnent de nombreuses ramifications transversales. Celles-ci , mille fois anastomosées, viennent aboutir à de petits sinus communiquant les uns avec les autres. Ils forment la limite entre la dentine vasculaire et la dentine condensée simulant l'émail, ou sub- stance corticale, dans laquelle se trouve une grande quantité de tubes calcigères dont la direction est transversale, et ter- minés généralement dans des cellules situées immédiatement au-dessous de la couche la plus superficielle de la dentine 442 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. extérieure. M. Leydig [Beitr zurmikrosk. Anat., etc. p. 52) in- siste sur Fabsence de Fémail et sur Tidentité de la portion la plus externe avec la substance même du corps de la dent. Enlln, dans cette dernière on trouve de très-nombreuses rami- fications des tubes calcigères, nés des canaux principaux ré- pandus dans les couches concentriques dont sont entourés les tubes médullaires. V. Quant au mode de développement des dents, sans entrer dans des détails qui m'entraîneraient trop loin, je me bor- nerai à renvoyer aux conclusions que M. Rich. Owen a tirées de ses études sur des fœtus de Squales. Il les a nettement formulées [Odontogr., t. I, p. 36 et suiv.; C. rendus Ac. .se, 1839, t. IX, p. 784-88, et Ann. se. nat., 2*^ série, t. XII, p. 209-220, pi. 9). Elles s'appliquent d'une manière géné- rale au développement de toutes les dents, mais elles sont contraires à la théorie longtemps adoptée, surtout en France, de leur accroissement, comparé à celui des poils et des on- gles, par exsudation à la surface du bulbe, sorte de mem- brane glandulaire qui sécréterait successivement les couches dont elles se composent. Cependant, comme les recherches ul- térieures ont confirmé l'exactitude des observations du savant anatomiste anglais, on peut admettre avec lui, au moins en ce qui concerne les Squales, que les dents se développent par dépôt de sels calcaires dans des cellules, ou dans des tubes préalablement creusés dans la substance du bulbe. L'ivoire ou le corps de la dent s'ossifie donc de la même manière que l'os, avec cette différence que dans la gangue ou 7natnx qui doit devenir os, et dans celle qui se transformera en ivoire, l'ossi- fication dentaire se fait en sens inverse : dans la dent elle est centripète, tandis qu'elle est centrifuge dans le système osseux proprement dit. L'étude du système dentaire, dont les dispositions différen- tes sont en rapport avec le genre de vie des Plagiostomes, m'amène à dire quelques mots de leur mode d'alimentation. Tous ceux qui ont des dents acérées recherchent avec ar- deur les animaux souvent volumineux dont ils veulent se nour- rir, et les attaquent avec une impétuosité dont les Brochets et les Serrasalmes, entre autres, nous offrent, parmi les poissons osseux, de remarquables exemples. Je ne rappellerai pas tous les récits auxquels a donné lieu l'étonnante voracité des Squales, ces tigres des mers, pour me servir de l'expression employée par Lacépède {Uist. Poiss., Squale requin, l. I, NUTRITION. MODE D ALIMENTATION. 143 p. 173), dans un de ses tableaux les plus brillants, mais em- preint de rcxagération trop habituelle aux écrivains qui ont traité ce sujet. Voici, toutefois, des assertions positives. Chez un Squale ouvert à bord d'un navire qui se rendait à la Marti- nique, M. le docteur Guyon trouva des débris de pantalon et une paire de souliers. Outre des poules et des canards, morts dans la nuit et jetés le matin à la mer, ainsi que divers ob- jets provenant de l'équipage, un Squale, dont on fit Tautopsie sur le navire commandé par le capitai^ne Basil Hall, avait avalé la peau d'un buffle tué à bord quelques heures auparavant. Et même Brunnich [Ichth. Massiliens., 1768, p. 6) raconte, d'après deux témoins dignes de foi, dit-il, que, sur les côtes do la Méditerranée, on prit un Squale de plus de 5 mètres, dont l'estomac était rempli par deux thons et par le cadavre entier d'un homme recouvert de ses vêtements. Enfin, un exemple curieux de l'énorme capacité de ce viscère se trouve dans une note de M. G. Bennett, sur de grands Squales pris au Port-Jackson [Proceed. Zool. Soc, 1859, p. 224). On tira de l'estomac d'un Carcharias [Prionodon leucos) long de 4 mè- tres à peu près, huit gigots de mouton, la moitié d'un jambon, les quartiers postérieurs d'un porc, les membres de devant d'un chien avec la tête et le cou entouré d'une corde, 135 ki- logrammes de chair de cheval, une racle de navire et enfin un morceau de sac. « La voracité des Squales est extrême dans certains cas; dans d'autres, elle est nulle , sans qu'on puisse en donner de bonnes raisons. Nous avons vu des Requins rôder autour du vaisseau pendant des journées entières, refuser pendant long- temps la chair qu'on leur présentait, enfin, se laisser prendre et ne rien offrir dans leur tube digestif» (Quoy et Gaim., Rein, sur q.q. Poiss. de mer et sur leur distrib. geogr., 1824, p. 3). La voracité des Squales n'est pas la même dans tous les pa- rages. Ainsi, Humboldt [Voy. aux rég. équinox. du nouv. con- tin., t. IV, p. 97) dit que, à la Guayra, port voisin de Caracas, on n'a rien à craindre de ceux qui sont si fréquents dans ce port, mais que ces Requins sont dangereux et avides de sang aux îles opposées k la côte de Caracas (1). (1) Une différence également inexplicable a été observée dans les ins- tincts des Crocodiles par l'illustre voyageur. « Les Crocodiles d'une mare des Llanos, dit-il {loc. cit.), sont lâches et fuient même dans l'eau, tandis que ceux d'une autre mare attaquent avec une intrépidité extrême. » Il dit encore (loc. cit., t. VI, p. 150) : « Le Rio Uritucu est rempli d'une race de 144 OIIGAMSATION DES PLAGIOSTOMES. William Tathani raconte {The. philosoph. Maga'^-. by Alex. Tilloch, 1803, l. XVII, p. 318) rétonnement qu'il éprouva, dans le port de Charleston (Caroline du Sud), en voyant un mousse tombé à Teau pendant une manœuvre sur le mât de beaupré, ne point être attaqué, bien que dans l'endroit même de sa chute, deux ou trois Squales, quelques minutes aupara- vant, eussent été aperçus à la surface de Teau. Sa surprise fut plus grande encore de voir des enfants se baigner, sans crainte et sans danger pour eux, sur le bord de la mer, pendant que deux Squales y prenaient leurs ébats ; mais aux appréhensions de Tatham, on répondit en lui donnant l'assurance que ces poissons étaient, en quelque sorte, d'an- ciens camarades de jeu des enfants qui n'avaient rien à en re- douter, les Squales de cette localité n'étant pas voraces. Les petits baigneurs s'enfuiraient avec rapidité, lui dit-on, si, par hasard, un Requin d'espèce dangereuse, qu'ils sauraient d'ail- leurs parfaitement distinguer, venait à se montrer. Les espèces à dents plates, destinées à triturer les aliments, sont moins voraces que les autres. Elles se nourrissent surtout de Crustacés, de Zoophytcs et de Madrépores, comme on le sait par l'examen des viscères. Ainsi, pour citer un exemple auquel plusieurs autres pourraient être joints, M. Elliot (Can- tor, Cat. Malay, fishes, p. 1394) a trouvé, dans l'estomac de plu- sieurs Rhines ancylostomes^ des fragments de Crustacés en quantité prodigieuse. Ce sont ces mêmes animaux et des Mol- lusques à coquilles qui servent aussi de pâture à certaines Roussettes, au Stcfiostoma fasciatum (Elliot in : Cantor, Catal. Malay, fish., p. 1380), quoique ces Squales n'aient pas les dents plates; mais elles sont fort petites et constituent des armes peu propres à permettre l'attaque contre de grosses proies. L'énorme Pèlerin [Sdache maxima] est moins carnassier que beaucoup d'autres espèces plus petites. Ses dents étant très-courtes et faibles, il ne peut se nourrir, comme les Balei- nes proprement dites, que d'animaux peu volumineux, et, par conséquent, il ne se montre pas, à la manière des Squales à puissante armure dentaire, intrépide assaillant contre tout ce Crocodiles très-icmaïquablos |)ar leur férocité. On nous conseilla d'empê- cher nos chiens d'aller boire à la rivière, car il arrive assez souvent que les Crocodiles d'Uritucu sortent de l'eau et poursuivent les chiens jusque sur la plage. Cette intrépidité est d'autant plus frappante, qu'à six lieues do là, les Crocodiles du Rio Ti^nao sont assez timides et peu dangereux. Les mœurs des animaux varient, dans la même espèce, selon des circons- tances locales diflicilcs à approfondir. » NUTRITION. MODE DE PRÉHENSION DES ALIMENTS. 145 qui nage autour de lui. On manque de renseignements sur le Rhinodon typicus que le Musée de Paris seul possède ; mais, d'après la ténuité encore plus remarquable de ses dents, on est naturellement amené à lui supposer, comme au Pèlerin, des habitudes pacifiques. La voracité de la plupart des Squales les entraîne, presque sans discontinuité, à la poursuite de la proie. Les Raies, moins terribles dans leurs attaques, recherchent, le plus souvent, leurs victimes au fond de la mer. M. Rich. Hill, qui a publié [Aiui. and Magaz. nat. hist.^ 2" série, 1851, t. VII, p. 353 et suiv.jun travail intéressant sur différents points de l'histoire des Squales [Contribut. to the nat. hist. of the Shark]., a insisté sur la manière dont ils poursui- vent leur proie. Il a d'abord constaté, par l'abondance des jeunes individus ramenés dans les filets traînants nommés sei- nes, que plusieurs Squales habitent d'ordinaire les fonds qu'ils parcourent sans cesse pour y trouver leur nourriture, la cherchant çà et là, comme le chien de chasse qui, le museau près du sol pour mieux flairer la trace du gibier, bat le terrain en tous sens. Aussi, l'habitude de nager en troupes sur les fonds, qui semble propre au Squale bouclé {Echinorhinus spi- nosus), à la Leiche [Scymniis lichia) et aux Roussettes, a-t-elle valu plus particulièrement à ces dernières des noms vulgaires empruntés, en quelque sorte, à la nomenclature des races ca- nines. C'est ainsi que, aux dénominations de chiens tachetés, rudes, etc., sont venues s'ajouter, parmi les Anglais, celles de chiens bassets et de chiens courants. Ce genre de vie, suivant l'observation de M. Hill, est plus particulièrement propre aux espèces ovipares. Les Roussettes déposent leurs œufs là où ils peuvent, en s'accrochant par les filaments terminaux des an- gles, recevoir la lumière et l'action bienfaisante du soleil. Par conséquent, hors le temps de la ponte, elles restent dans les profondeurs, n'ayant pas besoin, comme les Squales vivipares, de séjourner près de la surface de la mer pour y chercher la chaleur dont l'action paraît nécessaire au développement des jeunes animaux contenus dans les oviductes. Les Squales offrent, dans leur mode de préhension des ali- ments., cette particularité qu'ils ne peuvent pas s'en emparer en continuant à nager sur le ventre. Tous les voyageurs qui les ont observés en mer, les ont toujours vus se retourner au mo- ment de l'attaque, la longue proéminence nasale n'apportant plus alors aucun obstacle au jeu des mâchoires. Poissons. Tome I. 10 146 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. On ne sait pas positivement s'il en est de même pour les Raies, mais on est en droit de le supposer, en raison de la con- formité de structure. Quand on ouvre l'estomac d'une Raie, on est surpris d'y trouver quelquefois des proies entières, d'une taille considérable, des poissons plats, entre autres, qui vivent comme elles dans les fonds. C'est ainsi que, dans une note à l'Histoire naturelle de l'Irlande, due à Thompson, le doc- teur Bail, cité par Yarrell [Hist. brit. fish.,'^'' édit., t. II, p. 563), parle d'une grande Plie que la poche stomacale d'une Raie de 2"'. 128 contenait. Il est difficile de comprendre comment le passage d'une si grosse proie s'effectue à travers une cavité buccale relativement si petite. Sans doute, ces poissons ont été préalablement roulés sur eux-mêmes et transformés en une sorte de cylindre ; mais les Raies exerceraient-elles sur la vic- time quelque action capable de paralyser sa force de résistance? Mon père, sans en donner une preuve positive, pensait que, peut-être, la matière rejetée par les pores cutanés, pouvait, par son contact, l'engourdir et la stupéfier (C. rendus Acacl. des sciences, 1847, t. XXIV, p. 303) (1). Les Torpilles déchargent-elles leur électricité contre les ani- maux dont elles veulent se nourrir, afin de pouvoir s'en empa- rer plus facilement? Il y a lieu de le supposer, mais on n'en a pas la certitude. Peut-être, pour ces poissons nus et, par con- séquent, mal protégés, l'appareil électrique fournit-il seule- ment un moyen de défense. Au reste, les armes défensives et offensives des autres Plagiostomes sont terribles. Ainsi, les Pristides portent un long bec en forme de scie dentelée des deux côtés; les nageoires dorsales des Spinacicns et des Ces- traciontes sont munies d'une forte épine; la queue des Paste- nagues, des Myliobates, de certains Céphaloptères, a un ou plu- sieurs dards longs et dentelés, et celle des Raies est plus ou moins hérissée de forts aiguillons (2). La queue des Squales enfin est redoutable à cause de sa puissance musculaire. Les Aiguillats [Acanthias], par exemple, commeM.Couch le rapporte [Hist. fisli. british islands, t. I, p. 51), savent adroite- ment frapper avec leurs aiguillons dorsaux, en exécutant des (1) Opinion émise à l'occasion d'une lettre du professeur Maltcucci (Id., p. 302), annonçant que l'oi'ganc de la queue des Raies, décrit par M. Robin comme organe électrique, ne produit aucun des phénomènes propres à caractériser les appareils qui dégagent de Félcctricité. (2) In supina parle rostri, alii sunt aculei acutiores, alii in os recurvi, ad capiendos vcl retincndos pisccs (Rondelet, H. oxyrh.^ De yisc, p. 347). NUTRITION. MODE DE PRÉHENSION DES ALIMENTS. 147 mouYcments rapides du tronc. Aussi, les pêcheurs doivent-ils prendre des précautions, même lorsqu'ils saisissent ces pois- sons par la tête, leur main n'étant pas à Tabri d'une attaque soudaine de l'aiguillon de la seconde dorsale. Les habitudes de combat des Pastenagues sont décrites par M. Couch dans un passage manuscrit que ne renferme pas son ouvrage récent [Hist. fishesBrit. islands), mais Yarrell le transcrit [Hist. Brit. fishes^ 3^ édit., art. Trijgon pastinaca, t. II, p. 593). Elles sembleraient indiquer, selon M. Couch, que l'animal sait combien son arme est puissante. Saisi et ef- frayé, il enroule sa queue longue, mince, flexible et semblable à un fouet, autour de l'ennemi, puis le frappe à coups re- doublés avec l'aiguillon, et les dentelures latérales qui en hérissent les bords dilacèrent les parties atteintes. A peine est-il nécessaire d'ajouter qu'il n'y a point de venin sécrété à la base de cet instrument dangereux, dont la longueur est quel- quefois de O^.SS à 0"\30 chez les grands individus. La cause des accidents graves auxquels ces blessures peuvent donner lieu, s'explique par l'acuité de l'aiguillon, qui en permet la péné- tration jusqu'au milieu des parties profondes, et par la pré- sence des dentelures latérales, produisant des plaies déchirées, douloureuses, toujours moins simples que les solutions de continuité faites par des instruments tranchants, et difficiles à guérir. Il y a loin de là aux exagérations de Pline (1), d'iE- lien (2) et d'Oppien (3). Les Raies se défendent et attaquent en exécutant une ma- nœuvre singulière que décrit Yarrell [Hist. Brit. fish., 3'' édit., t. II, p. 549), d'après Couch, en parlant de la Baie vomer; mais elle doit être habituelle à toutes les espèces de ce genre, dont l'appendice caudal est fortement épineux. L'animal replie son disque de bas en haut, et si, comme chez cette Raie, le museau est long, il vient toucher à la base de la queue, dont la portion (1) Hist. naiur., lib. îX, 72, 1, édit. de Littré, t. I, p. 385. « L'aiguillon qui arme la queue du Trygon, enfoncé dans la racine d'un arbre, le fait périr; il perce les armures comme une flèche; à la force du fer, il joint l'action du poison. » (2) De natura animalium, éd. et interpr. J. Gottl. Schneider, 1784, lib. I, cap. LVI, p, 16. Aucun remède ne peut être opposé aux blessures que fait l'aiguillon de la Pastenague marine, qui tue dès qu'il frappe. (3) Halieutiques, trad. Limes, chant 2", p. 110. « Il n'est pas de blessure qui fasse un mal plus assuré que celle de la Trigone, pas même celles de ce fer que l'art a fabriqué poui- les combats; pas même celles de ces flèches ailées que les Perses empoisonnent. » 148 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. terminale, nécessairement dirigée en haut, à cause de la posi- tion du corps, est agitée par de violentes contractions muscu- laires, et blesse tout ce qui se trouve à sa portée. Les dents, souvent si formidables, en raison des blessures qu'elles peuvent faire, ne servent cependant pas plus que les dents de beaucoup de poissons osseux, à une véritable mas- tication, si ce n'est peut-être quand elles ont, aux deux mâchoi- res, comme celles du Sq. renard [Alopiasvulpes), un bord hori- zontal tranchant, et même, sera-t-elle alors très-incomplète. Elle le deviendra bien plus encore chez les Plagiostomes qui, comme les Scymniens, ont, en bas, des dents tranchantes et, en haut, de véritables crochets. Elle sera enfin tout-à-fait impossible pour les espèces à dents acérées coniques ou triangulaires. Leur obliquité naturelle apporte à l'accomplissement de l'acte de la mastication, un obstacle qui est augmenté par le mode d'articulation des mâchoires, la supérieure étant plus avancée que l'autre. D'après cette disposition de l'appareil maxillaire et de son armure, il est permis de considérer comme exagéré ce qu'on dit d'hommes coupés en deux ou qui ont eu des mem- bres détachés du tronc (1). Telle est l'opinion de MM. Quoy et Gaimard. [Rem. sur q.q. jjoiss. de mer et sur leur distr. géogr., p. 4). Ils ajoutent, avec raison, que les dents paraissent plus spécialement destinées à déchirer, et à vaincre les efforts d'une victime encore vivante au moment où elle est engloutie. Les proies sont, souvent, avalées par portions volumineuses, et même elles pénètrent tout entières presque sans altération dans l'estomac, si elles sont peu considérables (2). Les Myliobates, les Emissoles (3), les Ceslraciontes peuvent cependant broyer des aliments durs, comme le font les Tétrao- dons, les Diodons, les Scares, les Anarrhiques, les Sparoïdes (1) Je citerai, en particulier, le récit fait par Pline des combats entre les pêcheurs d'épongés et les Squales (lib. IX, 70, 2, t. I, p. 384, éd. Littré). (2) La pèctie des Plagiostomes, quand ils sont de grande taille, et celle des gros poissons osseux ont, plus d'une fois, fourni l'occasion de trouver dans leur estomac de petites espèces qui, vivant dans les abîmes les plus profonds, écliapperaient par là même à l'étude. On doit recommander aux voyageurs de ne pas négliger, pendant les traversées, une pareille source d'enrictiissements souvent précieux pour les coUedions. (3) Et. GeolTroy Saint-Hilaire (Ann. Mus., 1811, t. XVII, p. 163), dans une note relative aux deux prétendues espèces d'Emissoles de nos mers (Must. vulg. et M. asterias Risso), a donné des détails sur le mode d'alimentation des poissons de ce groupe. Ils paraissent, comme les autres espèces à dents triturantes, se nourrir particulièrement de crabes. NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. PHARYNX. 149 à molaires bien développées et les poissons à grosses dents pharyngiennes. La proie, rapidement entraînée vers l'arrière-fond de la gueule et dans \e pharynx, ne se trouve pas, en général, pen- dant Tacte de la déglutition, arrêtée au-devant des poches bran- chiales, par des obstacles semblables à ceux qu'elle rencontre chez la plupart des poissons osseux, car les pièces cartilagi- neuses qui limitent les orifices internes de ces cavités ne por- tent pas d'appendices formant une sorte de barrière destinée à ne laisser passer que Teau. Le grand Squale nommé Rhinodon typiciis offre cependant une singulière exception décrite par A. Smith dans l'explica- tion de la planche XXVI [Illustr. zool. S. Afr., Pisces), oîi il a, le premier, fait connaître cette espèce, type unique, jusqu'à pré- sent, du genre. Le pharynx, dit-il, est très-vaste, et l'extré- mité interne de chaque sac branchial est obstruée par une multitude de petites saillies cartilagineuses très-rapprochées les unes des autres, dont la direction est latérale et qui sont munies chacune d'une frange membraneuse, de sorte que l'eau seule peut s'engager dans les cavités respiratoires. Une dispo- sition très-analogue a été observée par M. R. Foulis sur un Sq. pèlerin de 12'". 16, pris sur les côtes de l'Amérique du Nord [Proc. Boston Soc. nat. hist. [1851-54], 1854, p. 202 et suiv.). Quoique l'estomac du Rhinodonte fût vide et qu'on ne pût connaître les aliments qu'il recherche, on est amené à supposer que, comme le Pèlerin, il se nourrit, en raison même de l'ex- trême brièveté de ses dents, de très-petits animaux. La dé- glutition des corps qui ne doivent pas entrer dans les voies digestives est empêchée par une incurvation presque à angle droit de l'œsophage : sa région supérieure, un peu rétrécie, se dirige en bas vers la paroi abdominale. Or, ce changement brusque de direction permet à l'animal de retenir dans sa vaste gueule, pour le rejeter ensuite, tout ce qui, sans pouvoir servir à l'alimentation, y avait été introduit avec l'eau dont la plus grande partie s'écoule par les orifices latéraux du pharynx. Pour les autres Plagiostomes, dont l'alimentation se compose de proies plus volumineuses, les inconvénients qui résulte- raient, pour les branchies, du contact de corps capables d'y déterminer des lésions, sont moins à craindre, et ne sont évités que par le rapprochement des arcs branchiaux. Les cavités respiratoires se trouvent ainsi fermées au moment où les ali- ments sortent du pharynx. 180 ORGANISATION DES PLAGIOStOMES. Le dernier temps de la déglutition, car il n'y en a vraiment que deux, chez ces animaux, où le premier et le deuxième se confondent en un seul, consiste dans le passage des aliments à travers Yœsophage. Ce tube a génrralement peu de longueur, et, chez le Squale pèlerin en particulier, il est très-court. Sa couche contractile se compose de muscles à fibres striées. Sa membrane muqueuse offre, le plus souvent, des plis longitu- dinaux avec quelques plis transverses. Elle est même réticulée chez certaines Raies [R. fullonica, Linn.) et munie, au con- traire, de simples plis en long chez la R. bâtis (Retzius, Obs. anat. Chondr., p. 23). Meckel, en 1818, a constaté que chez VAcanthias ordinaire (il le rappelle dans son Anat. cojnp., trad. fr., t. VII, p. 582), la face interne de Tœsophage est hérissée de saillies fortes et résistantes, triangulaires, les unes longues et les autres plus courtes (Voyez Ev. Home, Lect. compar. Anat.., 1. 1, p. 349, pi. LXVII). L'œsophage duMyliobatis aquila a offert à Meckel une disposition analogue; il y a trouvé, lar- gement espacées, sept rangées de saillies triangulaires, imbri- quées, déprimées et molles (p. 583). Sur le Squale pèlerin, de 9'". 42, décrit par Blainville, des pa- pilles, situées à la partie antérieure, formaient une bande longue de 0'^.08, occupant presque toute la circonférence du canal. Elles étaient ramifiées, et représentaient, par leurs divisions dicho- tomiques, une « espèce d'arbre couvert d'un très-grand nom- bre d'autres papilles très-fines qui la faisaient paraître comme lanugineuse. Les plus grandes de ces papilles occupaient le milieu de la bande et pouvaient avoir 0^.10 à 0"M1 de long » {Ann. Mus., t. XVIII, p. 97, pi. 6, fig. 2, 1,1 et fig. 5, gr. nat.). Ev. Home, dans la môme espèce, les a vues et les a figurées pi. LXIX, fig. 1 a, et fig. 2, gr. nat. Par leur direction d'avant en arrière, elles s'opposent au retour, dans la bouche, des ali- ments qui viennent d'être avalés et remplissent le même rôle que les longues pointes coniques et cornées de l'œsophage de certaines tortues, dessinées par Gottwaldt [Chelonia caouana in : Benierk. iïber die Schildkrôten, pi. rf, fig. V). h''esto7nac, comme celui des autres poissons, est formé de deux portions. L'une [sac stomacal) est volumineuse et très-di- latable, puisque, chez les grands Squales, des quantités énor- mes d'aliments peuvent s'y accumuler (voyez p. 143). L'autre partie [tube ou boijau pyloriqué), de longueur variable, beau- coup plus étroite, et qui semble être destinée à ne recevoir que le chyme ou du moins que les nuitériaux déjà préparés pour NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. ESTOMAC. 151 la chymilication, ne suit pas le môme trajet. Elle se porte d'ar- rière en avant, et, par conséquent, en sens inverse de la por- tion cardiaque ou sac stomacal. On en voit une représentation sur la pi. LXVIII de Ev. Home [Lect.). Le sac forme quel- quefois au-dessous de l'origine de la portion récurrente, comme chez les Zygènes, une sorte de cœcum, mais toujours moins prononcé que chez les poissons osseux. La déviation du boyau pylorique n'est pas aussi brusque dans les Raies que dans les Squales, et elle ne présente pas non plus, quand on la com- pare au sac stomacal, la même différence de volume. L'estomac se distingue de l'œsophage par la cessation des fibres musculaires en anneau qui, au point où ce dernier finit, sont, chez certaines espèces, renforcées de manière à former, au niveau du cardia, une sorte de sphincter quelque- fois très-saillant; c'est ce qu'on voit, par exemple, dans le genre Zygœna. A partir de cette ouverture antérieure, il n'y a plus que des fibres longitudinales, si ce n'est k l'issue du boyau pylorique oi^i des fibres annulaires constituent un sphincter. Ces fibres contractiles sont très-différentes de celles de l'œso- phage, en ce qu'elles n'ont plus les stries caractéristiques du système musculaire de la vie animale. La membrane muqueuse de l'estomac se présente avec un as- pect différent, selon les espèces. Tantôt, et c'est le cas le plus ordinaire, elle est irrégulièrement plissée en long, mais sans dis- semblance notable dans l'une et dans l'autre portion de ce vis- cère. Chez le Lamna cornubica, on trouve, en outre, des plis transverses. Cette disposition est plus remarquable encore sur le Pèlerin, dont le sac stomacal est composé de deux portions sé- parées par un léger étranglement. La première est tapissée par une membrane muqueuse réticulée, tandis que la seconde, beaucoup plus longue, ne porte que des plis longitudinaux. Aussi, Blainville [Ann. Mus., t. XVIII, p. 98-100, pi. 6, fig. 2, B et C) les a-t-il comparées, l'une au Bonnet ou Réseau des Ru- minants, et la seconde au Feuillet. (Voy. également la pi. LXIXdeHome.)Cene sont cependant pas deux estomacs. Selon Mcckel, on devrait y voir seulement un sac stomacal un peu modifié {A7îut. comp., trad. fr., t. VII, p. 584); mais la por- tion réticulée constitue, comme il est dit dans les Leç. Anat. comp., Cuv., 2« édit., t. IV, 2" part., p. 166, une dépendance de l'œsophage. Telle est également l'opinion de J. Millier (f/w- tersuchung. die Eiîigew. Fisclie in : Anat. Myxin. II. Abschnitt; Verdaaungsorg., p. 15). Le 1" estomac, dans la description 152 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. de Blainville est, dit-il, une portion de l'œsophage, et le 2% le sac stomacal ; les 3'' et ¥ n étant, en réalité, que le boyau py- lorique. Dans l'estomac du Thalassorhimis vulpecula, Duvernoy [Leç. id., p. 163) a décrit un aspect particulier de la muqueuse qui forme de larges plis longitudinaux et arrondis, comme les circonvolutions du cerveau. Au niveau du cardia, chez le Rhi- nod. typicus, elle a des prolongements pointus dirigés en ar- rière et dont le rôle, comme le suppose A. Smith [loc. cit.), doit être d'opposer un obstacle à la sortie des petits animaux qui ont pénétré dans l'estomac. A cet orifice cardiaque, Home, pi. LXIX, et Blainville, p. 98, pi. 6, fig. 2, ont décrit et figuré, chez le Pèlerin, deux grandes valvules en triangle dirigées d'a- vant en arrière, saillantes, sur le sujet disséqué au Muséum, de près de 0'".11, et certainement destinées aussi à fermer l'ou- verture. Le boyau pylorique du même Squale, contrairement h ce qui se voit dans toutes les autres espèces, est étranglé vers son ex- trémité terminale, puis s'élargit et forme une sorte de poche ou- verte dans l'intestin oii il fait saillie (Bl., loc. cit., p. 101, pi. 6, fig. 2F; Home, loc. cit., p. 350, pi. LXIX, e). Le sphincter et la valvule pylorique sont plus ou moins pro- noncés suivant les espèces. La membrane interne de l'estomac est munie de glandes en tube extrêmement nombreuses, comparables à celles des autres animauxvertébrés, et d'oii s'écoule le suc gastrique. M. Leydig, qui a étudié ces glandules sur différents Plagios- tomes [Beitr. zurmikr. Anat., etc., Roch. undHaie), fait ob- server (p. 55) qu'il est difficile de les reconnaître quelques jours après la mort; mais sur la membrane muqueuse de poissons frais soumise à l'ébullition, qui, devenant alors gri- sâtre, prend un aspect gélatiniforme , on les distingue aisé- ment sous le microscope, par leur forme et par leur couleur blanchâtre. La portion du tube digestif dans laquelle s'ouvre le boyau pylorique est le commencement de l'intestin grêle, et précède immédiatement l'intestin valvulaire. Elle a généralement peu de longueur chez les Squales, mais en offre davantage chez quelques Raies, et en particulier chez les Myliobates. C'est dans son intérieur, et près du commencement delà valvule, que sont versés le suc pancréatique et la bile : elle représente donc le duodénum des autres animaux, et là, également, s'ou- NUTRJTION. APPAREIL DIGESTIF. CANAL INTESTINAL. 153 vre le canal intestino-vitcllaire. Comme dans les Squales, elle est un peu renflée et constitue une sorte de poche, elle a été décrite sous le nom de Bursa par Tanatomiste anglais G. Ent [Mantissa anatomica ad piscium cartilag. planor, classent spectans, in Gualt. Charleton Exercitationes, Oxf., édit. 1677, p. 84, avec fig.). De là, est provenue la dénomination de Bursa Entiana qui, évidemment, comme J. Muller Ta démontré [Ueber den glatten Hai des Aristot., 1842, p. 43 et 44, et Mém. sur les Ganoïdes et la classificat, des Poiss., trad. fr. par Vogt, Ann. se. nat., 3** série, t. IV, p. 24) ne peut être appliquée, d'après la description même de Ent, qu'à la région du tube di- gestif dont il s'agit. Il n'est pas inutile de rappeler ici cette particularité intéres- sante signalée par le célèbre anatomiste de Berlin {Ueber den glatten Hai, etc., p. 45, pi. III, fig. 3 et 4), que sur les fœtus de Squales cotylophores, c'est-à-dire à placenta bien développé, on ne trouve jamais, dans le point où le conduit vitellin va tra- verser les parois de la Bourse de Ent, le petit rentlement dit vésicule ombilicale interne, qui est caractérisque, au contraire, de l'embryon des Squales acotylédones. Un reste de la vésicule ombilicale se remarquait encore près de l'embouchure du canal pancréatique, chez une Squa- tine longue de 1"\30, étudiée par M, Leydig [Beitr. mi- krosk. Anat., etc., Rock. undHaie, p. 5o, § 37). C'était un petit sac long de 0'".013, large de 0'".004 à 0"'.006, fixé à l'intestin par un court pédicule de 0'".002 à 0'".003, et renfermant une masse granuleuse qui, par sa couleur et par son aspect, repré- sentait bien le résidu du jaune. Il a également vu sur un Spinax adulte, un vestige du conduit vitellin. De plus, il a constaté que la membrane muqueuse duodénale, chez la Torp. mar- morata, contient des glandules semblables à celles de l'esto- mac, mais plus courtes et plus grêles. La portion du tube digestif faisant suite au duodénum, est très-remarquable par l'étendue de sa membrane muqueuse : c'est Vintestin valvulaire. Claude Perrault, qui a parfaitement saisi son analogie avec l'intestin grêle proprement dit, et celle que présente avec le duodénum, la région comprise entre le pylore et la valvule, pa- raît avoir été le premier à observer la conformation singulière du vaste repli de la membrane muqueuse. Il en a donné une bonne représentation d'après le Squale renard, oh elle forme 12 tours de spire [Mém. pour servir à l'hist, nat. des Anim., 154 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. iii-fol. 1671, p. 56, planche 16, annexée au texte). Il en com- pare les cloisons transversales et incomplètes, aux marches d'un escalier tournant, sans noyau. Les recherches ultérieures des anatomistes ont appris que cette valvule existe chez un très-grand nombre de Plagiosto- mes. Elle présente des différences dans le nombre de tours de spire dont elle se compose, suivant les espèces. Par opposition à la courte valvule du Sq. renard, je citerai comme l'une des plus longues, celle du Lamna cornubica, où je compte o8 tours fort régulièrement espacés et très-peu distants les uns des autres, à l'exception des 6 derniers qui sont séparés par des intervalles inégaux, et d'autant plus considérables qu'ils se rapprochent davantage du rectum. Les Squales privés de la valvule spiroïde offrent une dispo- sition particulière. C'est encore à Cl. Perrault qu'on en doit la connaissance. Après avoir décrit la valvule spirale du Sq. renard [Essais de phys. 1680, in-12, t. III, p. 218, pi. XV, fig. 2, il dit : « En d'autres animaux, il n'y a qu'une large mem- brane enroulée comme un cornet de petit métier. Le poisson appelé Morgast, qui est le Galeus glaucus (c'est-à-dire le Car- charias [Prionodon] glaucus) l'a de cette manière. » Et il la montre dans une coupe de l'intestin, pi. XV, fig. 3. Meckel, suivant une indication de Duvernoy, aurait décrit le premier ce singulier enroulement de la membrane muqueuse intestinale chez le Zygœna. Des notions précises sur ce sujet n'ont cependant été données que par Duvernoy lui-même [Ann. se. nat., 2*-' série, 1835, t. III, p. 274, pi. 10 et 11), à la suite d'une dissection faite en com- mun avec M. Valenciennes, d'un Galéen, type du genre Thalas- sorJiinus [Th. vulpecula. Val.). Ici, contrairement à ce qui se voit chez les autres Plagiostomes, la membrane muqueuse se détache de chaque côté d'une ligne longitudinale. Elle con- stitue un repli fort étendu, à bord libre, demi-circulaire et enroulé, qui, présentant sa plus grande largeur au milieu, figure, par son enroulement, non pas précisément un cylindre, mais plutôt deux cônes adossés ]3ase à base, et formés, l'un par la moitié antérieure de la valvule, et l'autre par la moitié postérieure. Ce qui contribue à rendre tout-à-fail remarquable l'organisa- tion de cette valvule, si différente de celle en escalier tournant, c'est qu'elle renferme dans l'épaisseur de son bord libre, l'ar- tère et la veine mésentériques ; celle-ci reçoit les veines de la NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. CANAL INTESTINAL. 155 valvule, sorte de mésentère intérieur auquel Tartère fournit des branches. Le tronc veineux, en s'approcliant du pylore, devient de plus en plus considérable. Des fibres musculaires se dé- veloppent dans ses parois et constituent une sorte de cœur contractile (1). Le trajet du sang se trouve ainsi facilité dans la veine porte qui, hors de l'intestin, est simplement membra- neuse. Cette curieuse disposition anatomique, dont la descrip- tion a été résumée par Duvernoy dans les Leç. Anat. comp. de Cuvier, 2''édit., t. IV, 2*^ partie,- p. 401, est très-nettement représentée sur la pi. 10, fig. 2, annexée k son mémoire [Aîin. se, nat., loc. cit.). Chez les Plagiostomes îi valvule spirale, le tronc de la veine mésentérique est, comme à l'ordinaire, situé hors du tube digestif. Les genres Galeocerdo et Thalassorhinus qui font exception dans la famille de Galéens, elles Zygènes, ne sont pas les seuls Squales à valvule enroulée dans le sens de la longueur. Ceux de la famille des Carcharicns (Mûller, NacIUrag zur dcr Abhandl. iiberdie Wundernetz an dcr Lcber des Thunfisch. , in Abhandlung . der Akad. Wissensch., Berlin, 1835, p. 326) et les Triaenodon- tes présentent le même caractère anatomique signalé, pour la première fois, comme je l'ai déjà dit, par Cl. Perrault sur un Carcharias [Priunodon glaucus ou Sq. bleu). La valvule intestinale de cette même espèce a été examinée par M. Stccnstra Toussaint, qui en a fait une description détail- lée, à laquelle il a joint une planche où l'on voit la valvule en partie déroulée [Over de Danncn van eenen H ai [Sq. glaucus], in : Tijdschrift voor natuurlijke Geschiedenis en Pliysiologie, Leyde, 1843, t. X, p. 103-107, pi. III). Ses indications sont conformes à celles de Duvernoy, si ce n'est peut-être, comme j'ai pu m'en assurer sur l'intestin de ce même Squale bleu, que la valvule n'est pas aussi manifestement enroulée en cor- net à pointe antérieure ; elle offre davantage la forme d'un cy- lindre quand elle n'est pas encore déployée; lorsqu'elle est étendue, son bord libre est convexe, parce qu'elle est retenue h peu près également par ses deux extrémités. Ce sont là des (1) Ces fibres musculaires manquaient sur les parois de la veine mésen- térique d'un Squale à valvule enroulée, imparfaitement déterminé, mais différent des espèces connues, et dont les intestins, rapportés par Mcycn de son voyage autour du monde, ont été étudiés par J. MùUer {Uniersuch. die Eingeiv. Fische, II, Ahschnit : f^erdaaungsorg. , p. 17). La valvule était fendue dans le sens de la longueur près de son insertion à la paroi intes- tinale. 156 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. différences peu importantes. Il faut se rappeler, en lisant le travail de M. Steenstra Toussaint, qu'il nomme intestin grêle le boyau pylorique de Testomac, et gros intestin la portion val- vulaire. Dans tous les Squales autres que ceux qui viennent d'être nommés, et dans toutes les Raies, la valvule est en spirale; on ne sait cependant pas quelle est sa conformation dans le Loxo- dori (fam. des GaUens)^ ni dans les Odontaspidcs. Les collec- tions du Muséum ne possèdent pas d'individus de ces deux groupes conservés dans Talcool ; mais j'ai constaté sur un Ces- tracion Pliilippi dont, à ce que je sache, on n'avait pas encore fait connaître la disposition du tube digestif, que la valvule forme huit tours de spire. Quelle que soit la forme du prolongement de la membrane muqueuse, il est évident que cette modilication de la structure habituelle (1) a pour but de ralentir la marche des matières ali- mentaires dans leur trajet à travers l'intestin, et de permettre, par là même, l'absorption du chyle. Aussi, toute la portion val- vulaire est-elle abondamment pourvue devillositésqm lui don- nent l'aspect du velours. On doit à Hewson [An account of the lymphat. syst. infish: Transact. roy.Soc. Lond., 4769, t. LIX, p. 212) une indication exacte de leur structure. Ses injections sur les oiseaux, les tortues de mer et les poissons, lui ont dé- montré qu'elles consistent, contrairement à l'opinion émise par Lieberkûhn, non en des ampoules ou vésicules ovoïdes, mais en un réseau de vaisseaux chylifères. On sait maintenant cjue des veines se rencontrent aussi dans les organes d'absorp- tion. Chez une Torp. marmor., M. Leydig [Beitr. mikr. Anat., etc., p. 56) a vu les villosités de la région postérieure de l'intestin remplies par les corpuscules graisseux du chyle, qui les faisait paraître blanches, tandis qu'au commencement de la valvule, la graisse recouvrait simplement l'épi ihélium, l'absorption ne s'effectuant pas encore sur ce point. De plus, comme M. Rich. Owen le fait observer [Lcct. comp. anat. and phys. fish., p. 240), le poids des organes contenus dans la cavité abdominale, se trouve très-notablement diminué par suite du grand raccourcissement du tube digestif, qui (1) Outre les Chimères, que foute leur organisation rattache si intime- ment aux Plagiostomes, et qui forment le second ordre de la sous-classe des Elasmobranches, les Esturgeons, les Polyodons et les Polyptères ont une valvule spirale. NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. CANAL INTESTINAL. 187 résulte de sa structure toute spéciale. Or, il était nécessaire qu'il en fût ainsi chez des animaux appelés à déployer une ex- trême énergie musculaire pour leur progression dans Teau, et privés du puissant auxiliaire fourni à un grand nombre de poissons par la vessie natatoire. Il faut cependant noter l'excep- tion offerte par les Sturioniens et le Polyptère, qui ont cette poche hydrostatique en même temps que la valvule. Après l'intestin grêle ou valvulaire, il n'y a ni cœcum, ni côlon ; il se continue sans intermédiaire avec le rectum, der- nière portion du canal digestif, qui s'élargit d'avant en arrière et s'ouvre dans le cloaque. Sa membrane muqueuse ne porte ni villosités, ni giandulcs, et, comme celle de l'œsophage, elle est revêtue d'un épithélium pavimenteux, tandis que, dans l'intestin valvulaire, cette membrane est protégée par un épithélium à cylindres. Près de l'origine du rectum, un appendice digiti forme glan- dulaire, dont la cavité est fort étroite, s'ouvre à sa région su- périeure par un petit canal dontl'orilice est très-resserré. On en voit une représentation chez une Raie en E, en D et n" 46 sur les pi. III, XI et XVIII, pi. IX, fig. 1 et 2, de Monro [Struct. andphys. fisli.), et sur la pi. XCVII, de Ev. Home [Lectures], chez un Spinax; sur la pi. 75 de M. R, Owen [Lect., p. 291); puis chez la Squatine (Roursse Wils, Diss. de Squat., fig. 5 et 6), où l'intestin et l'appendice sont ouverts de manière à montrer leur communication. La structure de cet organe, qui ne manque jamais, a pu être bien étudiée sur le Sq. pèlerin, h cause de la taille du poisson. Ev. Home l'a figuré pi. XCVIII, i. Ses parois avaient une grande épaisseur, de sorte que sa ca- vité ne pouvait pas renfermer plus de la moitié du liquide qu'on aurait supposé devoir y être contenu, à en juger d'après le vo- lume de l'appendice. Sa substance glandulaire était comme ré- ticulée. Elle offrait également une apparence spongieuse sur le grand Squale de même espèce disséqué par Blainville. L'organe contenait, dans sa cavité intérieure, un liquide san- guinolent. Il avait une longueur de 0'".19, et une largeur de 0"'.094; ses parois, sur le point le plus épais, mesuraient 0"'.02. Il se terminait par une sorte de col long de 0'".027, du diamètre de 0"'.020 environ, recourbé d'arrière en avant, et qui débouchait dans le rectum, vers la moitié de la longueur de cet intestin [Ami. Mus., t. XVIII, p. 108). En raison de l'a- nalogie signalée par Ev. Home [Lect., t. I, p. 404) entre l'ap- pendice et les poches cœcales des oiseaux [Bursa Fabricii), il 158 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. a reçu de Rctzius [Ohfiervat. in Anat. Chondr., p. 25) la déno- niinatiou de Bursa cloacœ. C'est un véritable organe sécréteur. Monro l'a bien démon- tré par la figure 2 de sa pi. IX, et dans l'explication qu'il en a donnée. M. Leydig [Beitr. rnikrosk., RocJi., etc., p. 56, § 38) a constaté que son tissu, riche en vaisseaux sanguins, est formé, comme dans les glandes en grappe, de vésicules glanduleuses appcndues à des conduits excréteurs très-courts, et offre une apparence fort analogue à colle des glandes de Brunner, de l'intestin grêle des autres animaux; et, peut-être, en remplit-il les fonctions. Il n'est pas sans intérêt de noter, avec M. Leydig, que, chez les Chimères où l'appendice man- que, l'élément glandulaire qui en tient lieu est contenu dans l'épaisseur des parois delà première portion du rectum. Toutes les parties du tube digestif sont faiblement mainte- nues dans leurs rapports par le péritoine, que sa couleur noi- râtre, chez les Pristiums vielanost. et Spinax niger, rend très- distinct des organes qu'il recouvre. La disposition générale de cette tunique séreuse est beaucoup plus simple dans les pois- sons ordinaires et dans les Plagiostomes que chez les vertébrés supérieurs. Ses replis ne constituent que des mésentères im- parfaits (voy. Blainv. Pèlerin in : A^in. Mus., t. XVIII, p. 110); et, sur certains points, ce ne sont que des brides, ou bien même ils manquent, par exemple, au niveau de l'extrémité postérieure de l'intestin valvulaire; mais il y a un méso-rectum. On peut considérer comme un mésentère interne, puisqu'elle sert de support aux vaisseaux, la valvule enroulée qui, chez quelques Squales (p. 154), remplace la valvule en spirale. Deux faits curieux p:iraissent avoir été observés pour la pre- mière fois par M. Leydig [Beitr. mikrosk. Anat. Rock., etc., p. 57). 1" Il a vu, dans le péritoine, des fibres élastiques, et les a trouvées surtout nombreuses et fortes chez le Mustelus vul- garis, au niveau de l'estomac et dans le prolongement qui, de ce dernier organe, se porte sur la rate. 2" Il a constaté dans les mésentères de l'estomac et de l'intestin, des fibres muscu- laires non striées, et, par conséquent, de même nature que celles du tube digestif, chez VAnge, VÈmissole vulg. et nos Roussettes. Dès 1785, Monro a représenté (S//'2u7. and plujsiol. fish., etc., pi. II, n"' 22 et 23), la communication entre le péricarde et le péritoine qui est lui-même accessible au liquide ambiant. Les deux petits oriiices par lesquels celui qui est contenu dans NUTRITION. APPAREIL DIGESTIF. CANAL INTESTINAL. 159 l'enveloppe séreuse du cœur peut gagner la cavité abdominale, sont la terminaison de deux conduits très-étroits qui résultent de la bifurcation d'un court prolongement infundibuliforme du péricarde (p. 23, 4). De l'obliquité des conduits et de leur adhérence avec l'œsophage, Monro conclut qu'ils peuvent seu- lement permettre l'entrée du liquide péricardique dans le pé- ritoine. Selon Meckel, au contraire, par suite de cette communica- tion, qui manque chez les poissons osseux et les Lamproies, et qu'il regarde, avec raison, comme constante chez les Plagio- stomes, l'ayant trouvée sur onze espèces différentes, le péri- toine et le péricarde formeraient, en quelque sorte, une seule cavité. L'eau baignant le péritoine peut arriver, dit-il, jusqu'au cœur {Anat. comp., trad. fr., t. IX. p. 245). Elle pénètre, en effet, dans la cavité péritonéale par deux ouvertures situées sur les côtés du cloaque, permettant l'introduction, sans diffi- culté, d'un stylet à l'intérieur du ventre. Elles étaient connues de Rondelet (De^^isc, p. 357), et sont décrites par Monro (p. 23, 3) qui les a représentées chez les Raies cf et 9, pi. XII, L,M; pi. XIII, D,D; pi. XVIII, 29 et 30, et pi. XIX, 26. Des des- sins en sont également donnés d'après le Sq. pèlerin, par Ev. Home [Lect.], pi. XCVIII, P,P, et d'après le Spinax niger o^ et 9, par M. Rich. Owen [Lect., fish., fig.73 et 75, /, /, p. 288 et 291, mais signalées p. 231). Il y a lieu d'admettre avec Cuvier [Leç. Anat. comp., i'" édit., t. IV, p. 74) « que l'eau de mer peut, sans doute, entrer par ces orifices du péritoine et en sortir h volonté, comme l'air entre dans les cellules péritonéales des oiseaux. « Fr. Dela- roche, pendant son séjour aux îles Raléares, où il fit un grand nombre d'observations intéressantes sur les poissons, étudia chez différents Plagiostomes la disposition dont il s'agit [Nouv. Bull. Soc. se. philomath., 1808, 1. 1, p. 197). La communication de la membrane séreuse avec l'extérieur n'est pas, au reste, une exception très-rare. Elle se voit aussi sur les Chimères, les Esturgeons, les Anguilliformes, les Sal- monoïdes et les Cyclostomes (voy. Rich. Owen, loc. df.,p.289, pi. 74, /, Pétromyzon). Dans ces trois derniers groupes, les orifices du péritoine servent à la sortie soit des œufs, soit de la liqueur fécondante du mâle. Isid. Geoffroy Saint-IIilaire et M. Martin St-Ange, en décri- vant les canaux péritonéaux ouverts h l'extérieur des Croco- diliens {Ann. des Se. nat., 1828, t. XIII, p. 191 et 196, Rech. 160 ORGANISATIOÎS DES PLAGIOSTOMES, sur deux canaux^ etc.), ont fait ressortir les analogies qu'il y a, sous ce rapport, entre ces Reptiles et les Plagiostomes. Enfin, chez les femelles des animaux vertébrés supérieurs, bien qu'elles n'aient pas de semblables canaux, le péritoine, comme M. Milne Edwards le rappelle [Ler. Physiologie, t. VI, p. 6, note 1), est ouvert par suite de rindépendancc entre les ovaires et les trompes de l'utérus ou les oviductes. ORGANES ANNEXES DE l'aPPAUEIL DIGESTIF. Le foie est remarquable chez les Poissons, mais spécialement chez les Plagiostomes, par son volume souvent considérable. Le pesage de cet organe comparé à celui de tout le corps de l'a- nimal, a été fait par M. Jos. Joncs, et il a dressé un tableau dans lequel les chiffres suivants indiquent combien de fois le poids du corps représente le poids de la glande [Investigations chemic. and physiolog. Amer, vertebr., 1856, p. 113). T?'?/^on sa//iHa (femelle) 18 /d. fœtus, 16 (1) Zygœna malleus 25 /rf. 41 Lepidosteus osseus 75 /c?. 62 Le foie est donc plus lourd chez les Plagiostomes que chez les autres poissons, où son poids est plus considérable, en gé- néral, que chez les mammifères et chez les oiseaux. Le foie a une forme en rapport avec celle du corps. Ainsi, il est allongé dans les Squales et les Squatinoraies, où il at- teint presque l'extrémité postérieure de la cavité abdominale, et plus élargi, au contraire, chez les Raies proprement dites. Il est profondément divisé en deux lobes et présente, le plus ordinairement, chez ces dernières, un troisième lobe médian de dimensions variables, mais toujours moins long que les la- téraux. Des exemples de différences dans la confornuition ont été réunis dans les Leç. Anat. comp. de Cuv., t. IV, 2'' part., p. 501-503, et M. Rleeker a fait connaître la disposition de la glande chez tous les Plagiostomes de l'Inde qu'il a décrits; mais les dissemblances assez peu notables que l'on constate ne fournissent pas, contrairement à la supposition de Duvernoy [Leç. p. 503), des données importantes pour l'étude zoologique de ces animaux. (l) Le foie du grand Sq. pèlerin disséqué par Blainville, ne fut pas pesé; mais, après Favoir coupé en morceaux, on put en remplir quatre à cinq tonneaux, et son poids, approximativement cslimi' l,ni)0 kilogrammes, représentait le 1/8 environ du poids total (AJtn. Mus, t. XVIII, p. lOG). NUTRITION. ANiNEXES DE l'aPPAREIL DIGESTIF. 161 Les fonctions du foie sont multiples. Il est essentiellement un dépurateur du sang, chargé de le débarrasser des matériaux inutiles ou nuisibles même à Tentretien de la vie. Il est donc un organe accessoire de la respiration. Aux dépens du sang revenant de l'intestin par la veine-porte, il sécrète la bile né- cessaire h la digestion et forme le sucre dont la décomposition se produit pendant Taccomplissement des phénomènes respi- ratoires. De plus, il peut être considéré comme le siège de la production des corpuscules sanguins. Ici, la matière sucrée ne se trouve qu'en petite quantité; M. Cl. Bernard, cependant, a constaté sa présence, quand les poissons avaient été péchés au moment de la digestion, chez les Roussettes et chez une Raie très-fraîche [RecJi. sur une nouv. fonct. du foie, etc.. Thèse Fac. des se, 1853, p. 46 et 49). Elle n'a pas été dosée, mais la formation d'alcool par la fermenta- tion de la décoction sucrée provenant du foie, ne laisse aucun doute sur la similitude à établir, à ce point de vue particulier, entre les Plagiostomes et les autres animaux vertébrés (1). Les corpuscules et le sucre étant particulièrement abondants chez les animaux dont la température, à cause de l'activité des phénomènes respiratoires, reste invariable, on pourrait s'éton- ner de la petitesse relative de leur foie, si l'on ne se rappelait une remarque faite par M. Rathke [Mém. sur le foie et la veiner- porte des Poiss., in Archiv. filr Anat. und PhysioL, 1826, trad., Ann.sc. nat., 1826, t. IX). Cet habile anatomistc, en effet, dit [Ann., p. 165) que cette glande se montrant d'autant plus lâche et plus molle qu'elle est plus grosse, on ne voit pas que sa fonction , comme organe sécréteur, ait pris un développement proportionné à l'augmentation de son volume. Il ajoute que le produit de sécrétion est toujours d'autant moins travaillé que l'organe est plus considérable, car le perfectionnement de sa structure est en raison inverse de l'espace qu'il occupe : ce qui est bien d'accord avec cette loi énoncée par Meckel et rappelée par M. Rathke, savoir, « qu'en remontant dans l'échelle ani- male, les systèmes et les organes paraissent de plus en plus concentrés en eux-mêmes. » Une des particularités les plus intéressantes de l'histoire de (1) M. Cl. Bernard a observé, l'altération du foie amenant la destruction des cellules hépatiques ou IViliaires, que, par là même, la quantité de sucre dinninue. Chez les Raies, cette altération est beaucoup plus prompte que chez tous les autres poissons, de sorte que, pour obtenir des résultats, il faut opérer sur du tissu glandulaire encore frais. Poissons. Tome I. 11 162 ORGANISATION DES TLAGIOSTOMES. cette glande chez les poissons, et spécialement chez les Pla- giostomcs, est relative à la quantité considérable de graisse li- quide OU, pour mieux dire, àliuile qu elle contient. A chaque section du foie du Sq. pèlerin, elle coulait très-abondam- ment de la surface entamée (Blainv., Ann. Mus., t. XVIII, p. 106). On en trouve, mais beaucoup moins, dans le foie de tous les animaux. Les reptiles seuls, et surtout les Chéloniens peuvent être, jusqu'à un certain point, comparés, sous ce rap- port, aux poissons. Les Grecs savaient mettre à profit ce produit de sécrétion, car du temps d'Aristote déjà [Hist. anim., trad. de Camus, livre III, chap. XVII, t. I, p. 155), « on tirait de Fhuile du foie des Sélaques en le faisant fondre. » De nos jours, tous les peuples pêcheurs, quelque rivage qu'ils habitent, recherchent activement les Squales et les Raies dans le but de se procurer cette utile substance. Certaines espèces même, dont on ne mange pas la chair, sont cependant estimées à cause de leur huile. L'industrie, particulièrement celle du chamoisage des peaux, et la médecine, en tirent un parti très-avantageux. On l'emploie souvent avec succès dans le traitement des maladies où l'huile de foie de morue produit des effets salutaires sur la santé gé- nérale. Pour combattre à son début le rachitisme, elle semble préférable à cette dernière. Les huiles de poissons agissent sur l'ensemble de l'économie et impriment à toute la constitu- tion des modifications profondes. Aussi, la thérapeutique des maladies de l'enfance et de la jeunesse y puise-t-elle de pré- cieuses ressources contre les conséquences fâcheuses du tem- pérament lymphatique et contre les ravages des vices rachiti- que et scrofuleux. Ce n'est pas seulement à l'intérieur que les médecins en font un fréquent usage, et, en particulier, M. le docteur Collas, chirurgien de la marine, chef du service de santé des établissements français dans l'Inde, se loue beaucoup de l'emploi externe de la matière grasse, blanche, granuleuse, véritable stéarine, que l'huile de Requin laisse toujours dé- poser, même après plusieurs filtrations successives. Pour la distinguer de la stéarine ordinaire, il la nomme squalin. Or, dans les ulcérations si fréquentes chez les habitants des pays chauds, et si tenaces, l'application de cette matière, comme topique, a donné des succès qui ont dépassé toutes les espé- rances et que rhuilr de fuie de Morue ne semble pas pouvoir procurer. [Siu- remploi méd. et ehirurg. de l'huile de foie de Requin, in -.Revue coloniale, 1856, p. 266-27:2). NUTRITION. ANNEXES DE l'APPAREIL DIGESTIF. 163 C'est à la petite quantité d'iode uni à Thuile de la façon la plus intime, sous forme d'iodure de potassium, et dontrassimi- lation est plus facile et incontestablemertt plus complète, en raison môme de cette union, que sont dues, en grande partie, les modifications favorables apportées k toute Téconomie par remploi de ce médicament naturel. Des quantités semblables ou même plus fortes du même iodure , habilement associées à de rhuile végétale, n'exercent pas la môme influence, comme on s'en est assuré par des expérimentations directes. L'huile ne doit pas rester étrangère à l'action de cette substance, car elle fournit à la respiration, suivant la remarque de M. Gui- bourt [Hist. nat. des drogues simples, 4^^ édit., t. IV, p. 169), l'élément combustible sans qu'il en coûte rien à un corps amai- gri, et peut, par conséquent, contribuer pour une certaine part aux résultats obtenus; et le principe ticre et aromatique de l'huile de poisson doit produire une action particulière. Dans l'huile de foie de Raie, MM. Girardin et Preissier (C. rendus Ac. se, 1842, t. XIV, p. 618-621) ont trouvé Ogr.18 d'iodure de potassium par litre, tandis que celle du foie de Morue ne leur en a fourni que Ogr.15. A l'avantage d'une plus grande richesse en iode, il faut joindre celui d'être moins désagréable à la vue et à l'odorat. Cependant, d'après des recherches ultéi-ieures de M. Personne, signalées par M. Gui- bourt [Hist. nat. loc. cit. t. IV, p. 167), c'est l'huile de Morue qui, au contraire, contiendrait le plus d'iode; mais je crois devoir renvoyer, pour de plus amples détails, à son savant ou- vrage (p. 166-169), à la p. 618 du Suppl. de Mérat ou t. VII de son Dict. iiniv. de mat. méd. et de thérap. et à un rapport de M. Devergie sur les travaux de M. Delattre relatifs aux huiles de foies de Morue, de Raie et de Squale [Bullet. Acad. de méd., Paris, t. XXIV, p. 820, 1859-60). Il faut aussi mentionner une note de Vauquelin [Examen chimique du foie de Raie, in Ann. de Chimie, 1791, t. X, p. 193-203). De la grande abondance de l'huile contenue dans la glande hépatique, il a tiré des conséquences physiologiques très-justes touchant la relation établie chez les animaux entre les fonctions des organes respiratoires et les fonctions du foie, celles-ci prenant d'autant plus d'importance que les premières s'accomplissent avec moins de perfection. La structure intime et très-compliquée du foie des animaux vertébrés, et particulièrement de l'homme, a été l'objet d'étu- des nombreuses, mais on s'est peu occupé de celle du foie des 164 ORGANISATIOW DES PLAGIOSTOMES. poissons. Cependant, M. Lcrcboiilet, dans un travail sur la structure de cet organe [Mém. Acad. méd. de Paris, 18o3, t. XVII, p. 387 et suiv.), a présente quelques remarques sur le foie des poissons, mais ne concernant que les osseux. Je men- tionnerai néanmoins une de ses observations. Après avoir dit que les utricules biliaires ou véritables cellules sécrétoires qui, avec les réseaux capillaires sanguins afférents et efférents, consti- tuent chaque lobule, contiennent des vésicules graisseuses d'un très-faible diamètre, Tiiabile professeui- de Strasbourg ajoute (p. 472, 16") : « C'est dans le foie des poissons, seulement, que j'ai trouvé des cellules graisseuses distinctes des cellules bi- liaires; encore les vésicules graisseuses contenues dans ces cellules étaient-elles petites et peu nombreuses. » Les cellules graisseuses, dit-il encore (17"), se rencontrent aussi et en grand nombre dans le foie de fœtus de mammifères. Il con- clut ainsi (20°) : « La prédominance des cellules graisseuses dans le foie des fœtus non encore à terme et Vexistcnce de ces cellules dans le foie des poissons et dans celui des animaux sans vertèbres, me contirment dans l'opinion que ces cellules graisseuses sont le premier état des cellules biliaires. » Les observations de M. Leydig sur la texture du foie de dif- férents Plagiostomes, et plus particulièrement du M^istelus vuUjaris [Beitr. Z4ir mikr. Anat., etc., p. 59), démontrent qu'il y a une grande analogie entre ces poissons et les autres ani- maux vertébrés, relativement à la disposition des éléments dont chaque lobule est formé. La charpente de la glande con- siste en un tissu conjonctif lâche; par suite delà pénétration des vaisseaux dans son intérieur, il se divise en lobules dont chacun est circonscrit par de petites branches de la veine-porte et renferme, dans son intérieur, une radicule des veines sus- hépathiqucs. Quant au tissu conjonctif lui-même, qui constitue le parenchyme du lobule, il est comme spongieux et offre des lacunes qui contiennent les cellules hépatiques, et sont le commencement des conduits excréteurs de la bile. La vésicule biliaire est plus ou moins engagée dans la sub- stance même du foie. Elle manque rarement. Son absence a cependant été constatée chez un Pristis et chez un Zygieua (espèces non indiquées) par M. Rich. Owen (Led. comp. anal, andplnjs. fish., p. 243), (ït la bile est alors dirigée vers l'inleslin par un seul conduit hépatique, résultant de la réunion de j)lu- sieurs canaux (p. 244). Manque-t-elle au Sclachc maxima? Chez l'individu étudié par NUTRITION. ANNEXES DE I/aPPAREIL DIGESTIF. 165 Blaiiivillc et qui appartient, sans nul doute, à la même es- pèce que le grand Squale disséqué par Ev. Home, Tanatomiste français décrit comme telle une dilatation de O'^.IO à O'^.IS de diamètre, située au-dessous du duodénum, contre la paroi in- férieure duquel elle était immédiatement collée, à 2 mètres environ de la sortie des vaisseaux hépatiques du foie. Ceux- ci, qu'il nomme hépato-cystiques, étaient au nombre de huit à leur origine; mais se réunissant dans leur trajet et pénétrant obliquement à travers les parois de cette poche, ilsn y versaient leur contenu que par trois oritices. « La vésicule s'ouvrait di- rectement, et sans canal intermédiaire, par une ouverture si- tuée à sa partie gauche et supérieure, évasée en entonnoir et saillante sous forme de mamelon dans le duodénum » [Mém. sur le Sq. peler, in Ann. mus. t. XVIII, p. 407 et 108). Il n'y avait donc point, suivant ses propres expressions, de canal cholédoque. Ev. Home a vu une disposition très-analogue et l'a représen- tée [Lect. on compar. anatom., pi. LXIX), mais en a donné une autre interprétation. Il appelle simplement « dilatation dans laquelle se terminent les canaux biliaires » (tig. 1, h) ce que Blainville a décrit commme une véritable vésicule qui, on le voit parles particularités qu'il a signalées et que je viens de rappeler, offrirait de bien singulières anomalies. On peut donc admettre, à l'exemple de M. Rich. Owen [Lect. fish., p. 243, fig. 65, à la p. 240, d'après Home), que, chez le Sq. pèlerin, il n'y a pas de réservoir du fiel et que la dilatation des canaux destinés à amener la bile dans l'intestin en tient lieu. Le Pancréas se présente chez tous les Plagiostomes, avec les apparences d'une glande formée tantôt d'un seul lobe, tan- tôt de deux, et il en a la structure. Il est placé à la droite de la rate, contre l'extrémité terminale de l'estomac et le commen- cement de l'intestin ; il verse son produit dans le duodénum par un canal ouvert très-près de celui, plus long, qui amène la bile. Jamais leur intestin ne porte les petits prolongements en cœcum qui, venant déboucher à sa région antérieure, très- près de l'orifice stomacal, ont reçu le nom d'appendices pylori- ques (1). (1) Chez rEsturgeoD;, cependant, et chez le Brochet, il y a non-seule- ment ces appendices, modifiés, à la vérité, et formant un organe spongieux (Voy. Monro, Struct. and j)hys. fish.,ts.lo. IX), mais, en outre, un véritable pancréas (Alessandrini, Descr. veri pancreatis, etc., in Nov. Comment. Acad. scient. I/isf. Bononiensis,i. II, p. 335, pi. XIV, et Ann. se. nat., 1833, ^QQ ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Il me semble peu nécessaire de m'arrêter à rindication des différences de forme et de volume que cet organe pré- sente (1), son aspect et sa couleur jaunâtre ou un peu rougea- tre permettant de le reconnaître avec facilité. Il est, au con- traire, intéressant de pouvoir signaler Fidentité parfaite de fonctions entre cette glande pancréatique et celle des autres animaux. On est en droit de conclure cette identité des faits suivants. M. Cl. Bernard a trouvé que le tissu de l'organe provenant d'animaux vertébrés quelconques, lavé au moyen de l'alcool, et traité ensuite par une solution éthérée de beurre, puis mis en contact avec de la teinture de tournesol très-concentrée, fait passer au rouge cette teinture. Avec le pancréas des poissons, le résultat est exactement le même que chez les mammifères et les oiseaux, mais il est obtenu plus len- tement. En outre, ce tissu, mis en infusion avec de l'amidon. Fa transformé en dextrine et en glucose. Enfin, au moment oi^i la putréfaction s'est manifestée dans un mélange d'eau et de pancréas qu'on y avait fait dissoudre, le chlore, comme tou- jours, l'a coloré en rouge. Les réactions sur la graisse et sur la fécule sont donc produites ici comme chez les autres verté- brés, et, à défaut d'expériences directes sur des animaux vi- vants, on a ainsi la preuve du rôle que le liquide pancréatique joue pendant la digestion intestinale des poissons. Evidem- ment, chez eux, comme chez les autres animaux, il exerce une action très-générale. Sans être exclusivement destiné à modi- fier soit les corps gras, soit les féculents, il concourt, par l'in- fluence qu'il exerce sur ces matières, à l'accomplissement des phénomènes chimiques indispensables pour amener les sub- stances alimentaires à l'état qui en permette l'assimilation. Plus t. XXIXj p. 193). Parmi les poissons osseux, diverses espèces possèdent et les appendices et l'organe dont il s'agit, sous sa forme glandulaire, mais réduit à un très-petit volume. La dissertation de M. Brookmann (De pan- create piscium, 1816), où sont consignées les recherches de M. Stannius et les siennes propres, a très-utilement fixe l'attention des anatomistes sur ce sujet. (1) Ces particularités sont mentionnées, pour diverses espèces, par Du- vernoy {Leç. Anat. camp., Cuv., 2« édit., t. IV, partie 2, p. 008 et 609). L'enveloppe péritonéale du pancréas, chez la Raie ronce, où elle forme, comme Duvernoy le fait remarquer (p. 008), un mésentère, renferme, dans son épaisseur, des fibres musculaires non striées, rouges, constituant un plan charnu qui, de la colonne vertébrale, se porte à l'estomac, em- brasse la glande et supporte les vaisseaux (Cl. Bernard, Sur le Pancréas in Suppl. C. rendus Acad. des Se, 1. 1, p. 539J. NUTRITION. ANNEXES DE l'aPPAREIL DIGESTIF. 167 les matériaux de la nutrition sont réfractaires à cette action chimique, plus le pancréas est développé (1). Il paraît activer la digestion en raison de son volume, et, par conséquent, de la plus grande abondance de sa sécrétion. Aussi, n'y a-t-il pas lieu de s'étonner, la digestion des poissons s'accoraplissant avec lenteur, que leur pancréas soit petit; et encore, importe-t-il de noter que, précisément chez les Plagio- stomes qui digèrent plus vite que les autres poissons, il est plus volumineux. Néanmoins, il est toujours assez peu consi- dérable. M. Jos. Jones l'a pesé chez deux espèces [loc, cit., p. 107) (2). Sa structure intime est semblable à celle des autres glan- des en grappe. La Rate ne manque jamais. Elle est toujours située près de l'estomac ou vers le commencement de l'intestin grêle. Sa forme et son volume varient suivant les genres. Chez les Raies, elle est, ou k peu près discoïdale, ou un peu allongée et pla- cée dans la courbure de l'estomac formée par l'inflexion de la portion pylorique sur le sac stomacal. Monro l'a représentée ainsi sur ses pi. II, 12; III, h; XVIII, 23; XIX, 19; et M. Jos.' Jones sur le Trygoîi sahina [Investigat. chem. andphijsiolog.^ p. 100, fig. 12 et 13). Elle est égalem.ent simple, mais semi- lunaire chez YAcanthias (Retzius, Obs. anat. Cliondr., p. 10). Son apparence est tout autre dans le plus grand nombre des Squales, car elle est divisée soit en deux lobes, comme chez la Squatinc (Boursse yV'ûs, De Squat, lœvi, p. 7, avec citation des anatomistes qui ont parlé de la rate de ce poisson), soit en lobes plus ou moins nombreux. Un des exemples les plus re- marquables de leur multiplicité est fourni par le Sq. [Carcha- rias) glaucus (Retzius, loc. cit. p. 7). Elle y est composée de plu- sieurs lobules arrondis : les supérieurs, disposés sur six rangs, se voient le long du dernier tiers du sac stomacal; les autres (1) Par suite d'expérimentations variées, cette explication des fonctions du pancréas a été vivement discutée en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis, mais appuyée et fortement corroborée par les recherches du professeur américain Samuel Jackson, que cite son compatriote, le profes- seur Jos. Jones, et par ce dernier (Investigat. chemic. ond physiolog. relut, io certain Amer, vertebrata, 1856, p. 105 et 109). (2) Divisant parle poids du pancréas celui du corps, il indique combien de fois ce dernier contient le poids de la glande : Trygon sabina 1071 fois. Zygœna maliens 1045 — — 1563 168 ORGANISATION DES PI.Af.IOSTOMES. sont dispersés sans ordre au niveau du pylore et s'étendent jusqu'au commencement de Fiiitestin valvulaire. Une disposi- tion analogue se remarque chez Vnc.i'aiicJius giineus (Leydig, Beitr. mikr., y). 61); chez \c Lamna cornubica, et parmi les espèces à troisième paupière, dite clignotante, chez les Carcha- rias; chez le grand Rhinodon typicus, où elle ressemble beau- coup à la rate àcVAIopiasTuIpcs (Smith, Illustr.zool. S. Africa, Expl. pi. XXVI), Ce sont là des rates ncccssuires. Dans le Sq. pèlerin disséqué par Blainville [Ann. Mus. t. XVIII, p. 104), cet organe mesurait, avec ses appendices, 0"'.5i4; il était di- visé en un très-grand nombre de mamelons arrondis, de gros- seur variable, séparés par des sillons assez profonds, ce qui lui donnait un peu l'aspect d'une grappe de raisin; mais tous étaient réunis par le parenchyme commun. La rate est parfois soudée, en quelque sorte, au pancréas {Spinax niger), mais toujours elle est fixée à l'estomac par des vaisseaux et par un ligament péritonéal. Son poids a été comparé par M. Jos. Jones [lac. cit., p. 119 et 120) à celui de la totalité du corps. D'après un assez grand nombre de pesées, la rate des poissons qu'il a étudiés [Trijgon, Zygama, Lepisosteus) a. un\)Oids, toute proportion gardée, assez analogue à celui qu'elle présente chez les mammifères, tandis qu'il est beaucoup moindre chez les oiseaux et chez les rep- tiles, La structure ressemble beaucoup à celle de la rate des autres animaux. Ainsi, on y trouve un appareil sanguin abondant, et comme dépendance de la gaîne des vaisseaux, les petits corps creux nommés coi'puscules de Malpighi, logés dans l'é- paisseur du parenchyme, qui est enveloppé par une membrane fibreuse comparée à la capsule de Glisson du foie et nommée capsule de Malpighi. Sur la rate d'un Hexanche, étudiée presque immédiatement après la mort, M. Leydig [Beitr., p. 61 et62) a trouvé les coriius- cules surtout abondants vers la surface externe de l'organe. Ils y recevaient une enveloppe provenant de la gaîne des vais- seaux sur lesquels ils étaient posés et qui constituaient les ra- dicules veineuses de la veine spléni(iue. Ces corpuscules con- tenaient, comme le lui a démontré leur examen microscopique, de gros noyaux, de petites cellules claires et une masse fine- ment ponctuée. Quant au parenchyme, il était essentiellement fornu"^ par du tissu cellulaire ou conjonctif délicat, entremêlé de fibres élasliqucs. On y voyait des amas nombreux de corpus- NUTRITION. ANNEXES DE L'aPPAREIL DIGESTIF. 469 Cilles sanguins, de noyaux clairs, soil libres, soit enveloppés par une membi-ane, de cellules arrondies renfermant une ma- tière granuleuse, et enfin de grandes vésicules où Ton rencon- trait soit une, soit plusieurs cellules analogues à celles qui restaient isolées. Dans les corpuscules de Malpighi de la rate du Scymnus li- chia, le même observateur a trouvé des vésicules graisseuses. De plus, il a vu de petits corps jaunes ou bruns, soit isolés, soit réunis, et qui lui ont paru être des corpuscules de sang modifiés. Quelles sont les fonctions de la rate? En raison de sa situa- tion auprès de Testomac et de ses liens vasculaires qui en font une dépendance de l'un des principaux troncs artériels desti- nés à l'appareil digestif et du vaste système de la veine-porte, la rate peut être, jusqu'à un certain point, considérée comme une annexe de cet appareil. Elle sert, en effet, de réservoir au sang pendant la digestion et augmente alors beaucoup de vo- lume. Les expériences de M. Goubaux, sur des chevaux et des chiens, citées par M. Longet [Traité de PItys., 2" édit., t. I, p. 986), ne laissent aucun doute sur l'ampliation très-rapide et considérable de cet organe, le pylore ayant été préalablement lié, quand de l'eau est injectée dans l'estomac. Quelle que soit l'explication qu'on cherche de ce phénomène, on ne voit pas de relation immédiate entre la fonction de la digestion et le rôle de la rate, appelée, dans cette circonstance, à remplir un emploi presque exclusivement mécanique. Elle sert alors, en effet, de diverticulum au sang qui, ne pouvant, à cause de son abondance momentanée, pénétrer en totalité dans le foie, re- flue vers la rate. Ce n'est donc là qu'une fonction secondaire. La principale est, sans doute, de fournir un produit de sécré- tion dont le rôle et la nature sont inconnus, mais qui, ne pou- vant être versé au dehors, puisqu'il n'y a point de canaux excréteurs, pénètre dans les vaisseaux sanguins et lymphati- ques par voie d'absorption. Telle est la conclusion déduite par M. Longet [loc. cit., p. 988) de l'étude de la structure de cet organe, qu'il nomme glande vasculaire sanguine et que M. Milne Edwards, dans scsLeç. dePhys. comp., t. VII, p. 233, range parmi les glandes imparfaites. C'est là, au reste, l'opi- nion prédominante aujourd'hui; et si l'on a de fortes raisons de croire qu'il est un des sièges principaux de la formation des globules blancs du sang (Edwards, id. p. 352-354), on ne peut cependant pas le considérer comme étant l'organe géné- rateur par excellence de ces corpuscules. 170 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Je dois dire que les recherches de M. Lcydig, sur la raie des Plagioslomes, fournissent un argument contre la théorie qui attribuait au tissu splénique la fonction de détruire les cor- puscules du sang. Dans les rates accessoires du Spinax niger, il a trouvé, à la vérité, des cellules granuleuses qui lui parais- sent être le produit final de la métamorphose des corpuscules; mais elles ne sont pas exclusivement propres à cet organe, car il en a vu de semblables dans le sang veineux du foie chez le même poisson. Jamais, et c'est Tobservation importante à con- signer, il n'a constaté dans la rate des divers Sélaciens étu- diés par lui, la production de cellules contenant des globules sanguins. Le développement de ces cellules avait été d'abord considéré par M. Rolliker comme le résultat d'un phénomène physiologique ayant pour but la destruction des corpuscules et leur passage, par des modifications successives, à l'état de granulations pigmentaires. Aujourd'hui, pour cet anatomiste, éclairé par de nouvelles recherches, ces changements ne sont que la conséquence d'un état morbide. Si donc elle paraît être sans influence particulière sur les corpuscules sanguins, la rate est-elle un agent d'impulsion propre à pousser, vers les organes auxquels il est destiné, le sang contenu dans son propre tissu? D'après des expériences variées faites sur des mammifères, et dont M. Longet [Pliy- sioL, t, I, p. 987) donne le récit abrégé, on a vu sa con- tractilité se manifester sous l'influence de la strychnine ou des excitations produites par l'électricité. Cependant, les ob- servations de M. Leydig [Beitr. etc., p. 62) sur un Hexanche vivant ne sont nullement contlrmatives des précédentes, caria rate de ce Plagiostome, soumise aux irritations mécaniques, ne présentait pas le moindre phénomène de contractilité, ne de- venait même point rigide et ne subissait aucun changement de couleur. L'examen microscopique lui a, d'ailleurs, donné la preuve que, non-seulement chez ce Notidanien, mais chez la Squatine et chez les Torpilles (p. 63), il n'y a pas de fibres musculaires, soit dans l'enveloppe de l'organe, soit dans sa pulpe, abstraction faite, toutefois, de celles qui appartiennent aux vaisseaux. IL ABSORPTION. Après avoir passé en revue les différents actes dont la fonc- tion de la digestion se compose, il me reste maintenant à indi- NUTRITION. APPAREIL d'aBSORPTION. 171 quer comment les matériaux destinés à la nutrition pénètrent dans le torrent circulatoire où se jette également la lymphe. Une certaine portion des substances alimentaires, réfractaire à l'action des forces digcstives, vient, peu à peu, prendre place dans la région postérieure à l'intestin valvulaire, et compara- ble au rectum, d'où elles sont rejetées au dehors, sous forme de fœces. Les éléments nutritifs, au contraire, ne sortent que par les vaisseaux veineux et chylifères pour aller se mélan- ger plus ou moins rapidement avec le sang. Les recherches expérimentales des physiologistes ont peu h. peu agrandi le cercle de nos connaissances sur le pouvoir absorbant des vaisseaux, depuis l'époque où Aselli, en 1622, Rudbeck et Th. Bartholin, en 1651 et en 1652, fournirent les premières notions sur le système lymphatique, soit gé- néral, soit chylifère. On sait maintenant combien avaient été méconnues et la force d'absorption des veines et la part qu'elles prennent à la répartition, dans l'appareil vasculaire, des matériaux dont le jeu de la vie nécessite le renouvellement continuel. Par cela même, le champ des études qui ont pour objet l'absorption, non-seulement dans toutes les parties de l'économie, mais dans le tube alimentaire, se trouve très-élargi. Je n'ai point à aborder une question de physiologie géné- rale pour la solution de laquelle, d'ailleurs, les études sur les poissons n'ont été jusqu'ici que d'un faible secours. Elle a été traitée récemment, au reste, avec tous les détails que la science moderne comporte, par M. Milne Edwards, dans ses Lexons Phijs. et Anat. comp. t. V, p. 1-243, et t. VIL p. 161- 195. Dès 1653, Th. Bartholin signala la présence des vaisseaux lymphatiques chez un poisson dans une Dissertation [Vasa lymphat. nuper Hafniœ in animantibùs inventa et hepatis exse- qniœ) réimprimée dans le volume in-12 où il renferma, en 1670, tous ses écrits sur le système lymphatique. On y lit, à la page 88 : In orbe pisce idipsum visus sum mihi olim videre [lacteas venas). Cependant, il faut arriver jusqu'à l'année 1769 pour trouver des indications précises sur ce sujet. Cette an- née-là, Hewson {Philosnph. Trans. roy. Soc, Lond., t. LIX, p. 204) donna un mémoire (1) intitulé : A71 account of tlie lym- phat. syst. infisli. Il fut précédé, à la vérité, dans la découverte (1) Ce travail a été reproduit textuellement par Hewson, dans son livre : Expérimental Inquiries in to tfie lymphat. syst. 1774, chap. VI, p. 83-99, imprimé Fannce même de sa mort. 172 ORGAISISATION DES PLAf.IOSTOMES. de cos vaisseaux chez les poissons, par Monro, comme on doit radiiietlre d'après les assertions de ce dernier (i), qui n'avait publié, avant Timpression du travail du jeune Jinalomiste an- glais, aucun des faits observés par lui-même et exposés dans ses cours (2). Parmi les préparations que Hewson présenta à l'appui du mémoire qu'il lut devant la Société royale, se trouvait une pièce où les vaisseaux lactés de l'intestin d'une Raie étaient injectés au mercure, et les artères, ainsi que les veines, à la cire rouge et à la cire verte. C'est chez ce Plagiostome d'abord et chez la Morue, après de difficiles et inutiles recherches sur le mésentère de différentes espèces lluviatiles et marines, qu'il parvint ;\ découvrir les vaisseaux lactés et à les rendre appa- rents par le procédé anatomiqne dont Fohmann, plus tard, a obtenu les meilleurs résultats. Hewson a donné une descrip- tion des chylifères et des lymphatiques superticiels des pois- sons, mais sans l'accompagner detigures. Monro, au contraire, sur les pi. III, XVIII et XIX [Struct. and phija.fif^h.), a montré l'abondance de ces vaisseaux chez la Raie. En 1827, Fohmann fournit des détails plus précis encore d'après l'étude de différents poissons, et particulièrement de la Torpille, seule espèce dont j'aie à m'occuper ici. La fig. 1 de sa pi. VII [Das Saur/adi'rsijst. Wirbcltliiere : Fiscfte) montre la disposition des vaisseaux cfiylifrres à la face interne de la portion valvulaire de Vintestin de la Torpille marbrée. On voit, quand le mercure a pénétré dans leur intérieur, combien ils sont remarquables par leur volume et leur nombre extraor- dinaire dans cette région du tube digestif dont ils recouvrent complètement toute la paroi interne, c'est-à-dire les portions comprises entre les valvules et les deux surfaces des valvules elles-mêmes, ainsi que le bord libre de ces replis oii des vais- seaux beaucoup plus gros, renflés de distance en distance par des nodosités, forment une sorte de bourrelet. (1) State of faits conccrninrj the flrst proposai and on hjmphatic ves- sels in uvip. anim. 1770. — Hewfon a répondu à cotte réclamation, dans un Appendix reluting tothe discovery ofthe lyniphat. syst. in birds, fish., etc., imprimé p. 133-201 à la suite de son ouvrage ayant pour titre : An ex- perimcnt. inquiry into the properiies ofthe blood, 1771, in-l'i. (2) Fohmann [Das Saugadersyst. Wirhclthiere, p. 18) a exposé les prin- cipaux détails de cette discussion de priorité, en insistant sur ce fait que c'est Hcwson qui a, le premier, par son mémoire de 1769, donne des indi- cations très-précises sur le système absorbant des poissons. NUTRITION. APPAREIL d'ABSORPTION. 173 Outre ces lymphatiques, il y a, dans la même portion de Fintestin, des vaisseaux sanguins dont les troncs artériels et veineux suivent le contour de la spire et dont les ramifications revêtent les replis valvulaires et les espaces qui les séparent. Une injection heureuse des artères et des veines est représen- tée par Fohmann (pi. VII, fig. 2) sur un intestin où, dans le but de laisser voir leurs réseaux et les branches dont ils dépen- dent, il a enlevé une partie des lymphatiques remplis par le mercure. Les recherches très-multipliées de cet habile ana- tomiste lui ont donné la preuve que, contrairement à ce qui se voit chez les animaux vertébrés supérieurs, il n'y a pas indé- pendance complète entre ces deux ordres de vaisseaux, puisque le mercure, avant que les lymphatiques fussent remplis par rinjection, passait de ceux-ci dans les veines. Il fait observer que cette pénétration n'est pas le résultat d'une déchirure, car si, en pareil cas, les tissus viennent à se rompre, une extrava- sation se produit aussitôt, favorisée par le poids même du li- quide qui, alors, ne pénètre pas dans les vaisseaux. Les lymphatiques sortant du tube digestif Un-moni da^ réseaux très-serrés. Monro les a figurés sur ses pi. XVIII et XIX, mais Fohmann a fait des injections beaucoup plus riches et les a représentées sur sa pi. I, qui montre l'abdomen ouvert de la Torpille avec les organes qu'il renferme. On y voit les nom- breux vaisseaux des grande et petite courbures de l'estomac et du réseau de l'intestin valvulaire. De chacun des deux lobes du foie, ainsi que de la vésicule biliaire, partent des lympha- tiques dont la réunion forme un faisceau avec lequel se confond celui qui provient des réseaux du tube digestif. Ce faisceau complexe, puis un autre émané de la portion in- férieure de l'intestin et de Foviducte, constituent une masse de vaisseaux assez comparable au réservoir de Pecquet [Cisterna diyli) qui, située derrière l'œsophage, se divise en deux bran- ches ouvertes l'une à droite, l'autre à gauche, dans le sinus des veines-caves ou sinus de Cuvier, par plusieurs petits orifices munis de valvules disposées de façon à laisser libre le passage de la lymphe dans la veine, mais à empêcher son retour et, par conséquent, l'entrée du sang dans les lymphatiques. Cette disposition est très-nettement indiquée sur la pi. II de Fohmann où le tube digestif, ses annexes et les oviductes sont enlevés et laissent voir ce mode de terminaison. Il n'y a, chez les Raies, qu'une seule ouverture également bordée de valvules; Monro l'a montrée (pi. XIX, R). 174 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. Les vaisseaux lactés offrent une particularité curieuse, notée par M. Leydig sur la Raif bâtis [Beitr. mikrosk., etc., Rochen und Haie,\^. 68, § 44) et déjà vue précédemment chez d'autres poissons,'comme M. Stannius le rappelle [Handbuch Zoot. : Fis- che, 2'-'édit., p. 252,|§i08). Ils constituent unegaîne d\in blanc grisâtre à des vaisseaux qui, des grande et petite courbures de Testomac, se portent vers le foie. Il a constaté aussi que de rintérieur du lymphatique partent de petites brides tixées sur la tunique extérieure du vaisseau sanguin qu^il entoure, et, sans doute, destinées à maintenir ce dernier. Le sinus des veines-caves est recouvert par un grand nom- bre de lymphatiques. Outre les vaisseaux que je viens de men- tionner et qui ont été décrits avec soin par M. Ch. Robin, sous le nom de vaisseaux sous-péritonéaux {Ylnstitut, Ib^S, n" 590 et Rev. zooL, juin 1845, p. 225), il en reçoit d\autres destinés à apporter la lymphe des régions antérieures et celle des parties inférieures et latérales du tronc par des vaisseaux bien vus d'abord par Hewson surlaMorue [Experim. inqmnes hjmphat. syst., p. 86-89), mais dont M. Ch. Robin [loc. cit., p. 228-232) a fait une étude spéciale sur les Raies et sur les ' aLsI* chez la Roussette {Scyllium canicula), TAiguillat et FEmissole, et sur les Raies bouclée et bâtis, il a constate la présence de trois troncs qui reçoivent la lymphe et la versent dans le torrent de la circulation veineuse. Ils sont situes sur les parties latérales et médiane du corps. ^ ,, tt ,i 10 Deux de ces troncs sont très-analogues a ceux que M. Hyrtl a décrits dans les poissons osseux et nommés vaisseaux laté- raux iUeber die caudal und Ko7>f-Smu,s . gj viennent s'y ouvrir, antérieure vers le sinus de la \emc utvb ; , -. 2^ Un tronc ,ne7/ian:sous-aponévrotiquejnfeiieui est place da;sl interstice des muscles de l'abdomen. Il reçoit les vais- seaux sous-cutanés et commumque par son exti-emite i oste- • 'uTe au moyen d'une branche qui s'en détache de chaque côtlav 'c l'ui/et l'autre vaisseau latéral dont .^e viens de parler. SANG. 175 En avant, il se bifurque au niveau des nageoires pectorales et s'abouche ainsi en deux points correspondants du sinus mé- dian, l'un à droite et l'autre à gauche, par des ouvertures mu- nies de valvules. Avant d'y pénétrer, les divisions terminales reçoivent les lymphatiques de la tête. Tous ces vaisseaux offrent dans leur structure, chez les poissons cartilagineux, comme chez les osseux, une grande analogie avec les vaisseaux veineux les plus fins; mais avec cette différence qu'ils commencent par des réseaux. Leur sur- face interne est revêtue d'un épithélium, mais ne présente pas de valvules, à l'exception du point où ils entrent en communi- cation avec le système veineux. Dans l'iHtérieur de plusieurs vaisseaux lymphatiques, M. Ley- dig [Beitr. mikrosk., etc., Roclien und Haie, p. 69, § 44) a con- staté la présence de petits corps vasculaires tout-à-fait parti- culiers. Ce sont comme de petits boutons saillants en forme de turbans ; ils ont à l'intérieur une étroite cavité en entonnoir. Le micrographe les a représentés très-grossis sur sa pi. I, fig.ll. Leur volume est tellement peu considérable, que dans l'étendue d'une demi-ligne, on en compte environ 120. Ils appartiennent au système des capillaires sanguins, qui sont pelotonnés avec une régularité extrême et baignent ainsi dans la lymphe. Les lignes et les noyaux qu'on y voit se rapportent aux muscles lisses de ces capillaires. J'ajoute, pour terminer ce qui concerne l'histoire des vais- seaux absorbants, qu'ils sont, comme chez les autres poissons, privés de ganglions. DU SANG. Les recherches peu nombreuses auxquelles l'analyse du sang des Plagiostomes a donné lieu, et que l'on doit particulière- ment à M. Jos. Jones [Investig. chemical and pJiysiol. relat. to cert. Amer, vertebrata, chap. II, p. 6-39) qui a étudié sa composition chez des animaux de toutes les classes, ne mon- trent, quand on le compare à celui des autres poissons, que des différences sans importance. Les corpuscules du sang chez les Plagiostomes sont plus vo- lumineux que chez les poissons osseux. Bien qu'ils soient el- lipti(iues comme ceux de ces derniers, la différence entre les diamètres longitudinal et transversal (voy. les chiffres ci-après), est souvent peu considérable : aussi, leur forme semble-t-elle 176 ORGAMSATIO>i DES TLAGIOSTOMES. presque discoïdale. Cette apparence, mais un peu exagérée, a été représentée par M. Jos. Jones dans la figure 1 de ses Investig., p. 31, où il montre les corpuscules du Zijgœna mal- iens; il a trouvé la même conformation dans le sang du Caret [Chelonia imbricata) (1). M. Rich. Owen [Lect. conip. anat. fisli.) a figuré les corpuscules d'une Raie comi)arativenient à ceux des autres vertébrés, p. 18, fig. 4, //. Les corpuscules de plusieurs Plagiostomes ont été mesurés par MM. Wagner, J. Davy et Alph. Milne Edwards. Leurs mensurations ramenées aux fractions de millimètres font partie des listes données par M. Milne Edwards {Leç. Phijs. camp., t. I) d'oi!i j'extrais (p. 90) les chiffres suivants : Gr. diamètie. Pet. diamètre. Squalus {calulus?), Davy 1;>2 1/70 — acanthias, id 1/58 1/70 — (indéterminé), id 1/39 l/io — {canicula?), id 1/30 1/70 Squaliva angclux, A\\)h. M. Edw l/iO '1/63 Zygœna maliens, \d l/iS l/CG Torpcdo oculata, Davy 1/31 1/39 /îrt/a r/«f'«/a, Wagner 1,3:) i/00 — bâtis, Alph. M. Edw 1/W 1/63 Grand diamètre, maximum 1/31, minimum l/o2 (on moyenne). Petit diamètre, — 1/30, — 4/79 ( » » ) La preuve que les corpuscules du sang des poissons osseux sont plus petits est fournie par les moyennes suivantes, em- pruntées aux mêmes listes : Grand diamètre maximum l/Ol, minimum 1/110 Petit diamètre, — 1/93, — l/lo7 Hewson, dès 1773 [On the fig. and compoail. red ^articles blood, etc., in : Vhihmph. Trans., t. LXllï, part. I), avait si- gnalé (p. 308) et représenté cette dissemblance (pi. XIII, fig. X, Raie). M. J. Davy [Ann. and Magaz. nat. hist., 1846, t. XVIII, p. 57 et 58) a fait des observations confirmatives de celles de Hewson et de R. Wagner {Beitr. zurvergleicli. PInjs. Blutes, S'' livrais, p. 35-39). De plus, il a constaté chez des fa'lus d'A- (i) Il ne faut pas perdre de vue, au reste, comme M. Gulliver le fait ob- server avec raison (On the red corpusdes blood f^crf. nml %Gol. iniport. of the Nucleiis with plans slriid. form and size, c\c.,\n : l'roceed Zool. Soc. 1862, p. 99), que la déformation des corpuscules est assez rapide, et que, peu d'iicures après la mort, on eu trouve iirescpic aufriut de circulaires que d'elliptiques. SAING. 177 caïUhias et de Squatine {ici.), que le volume des corpuscules est plus considérable que chez les adultes. Leur différence de grandeur est surtout rendue manifeste par les dessins dont M. Gulliver a accompagné une récente communication sur ce sujet dont il s'occupe avec tant de per- sévérance et de succès depuis vingt-cinq ans environ {On the red corpusclcs blood Vi'rt('l)r.,elc., in : Proceed. zool. Soc, 1862, 91-103), La figure 18, qui représente les corpuscules de cinq poissons osseux, montre combien, chez le Sq. acan- thias [Ac. vulgcnis), ils remportent par leurs dimensions, môme sur ceux déjà fort gros du rhymallus vcxillifer et du Gymnotiis electriciis. Outre les corpuscules dont je viens de parler, le sang con- tient des globules blancs remplis de petites granulations sphé- riques. Ils y sont apportés de toutes les régions du corps par la lymphe, et du tube digestif par le liquide que charrient les vaisseaux chylifères. On les désigne le plus ordinairement sous les noms de globules lymphatiques et chyleux. Ils ont été étudiés avec grand soin par M. T. Whartou Jones, chez divers animaux, et en particulier chez la Raie [The blood corpusde consideredin ils diffcr. phases of dcvelopm. in the anim. séries : Philos. Trans., 1846, part. II, p. 63-66, pi. I). Il est arrivé à la conclusion que, par suite de changements successifs sur- venus dans ces globules blancs pendant la vie, ils se transfor- ment en corpuscules colorés. Ainsi, pour parler seulement de la Raie, dont il a examiné le sang très-peu de temps après la mort, il a été amené par ses observations, à la supposition suivante. Chacun de ces globules granulés deviendrait, à la suite de la disparition normale des petits corpuscules qu'il contenait d'abord en abondance et qui cachaient presque com- plètement le noyau, une cellule circulaire, nucléolée et in- colore, se présentant ensuite sous la forme ovalairc propre aux corpuscules du sang. Enfin , pour achever sa métamor- phose, elle prendrait la coloration rouge caractéristique des corpuscules. Celte théorie de leur évolution étant fondée sur l'examen du sang de tous les animaux, offre un caractère de généralité qui n'en permet pas la discussion h propos de l'étude du sang des Plagiostomes. Je me bornerai donc à dire, quelle que soit l'opinion qu'on adopte sur le rôle des globules blancs relati- vement à la formation des corpuscules rouges, que le sang des Raies contient trois sortes au moins de corps flottants : 1° les Poissons. Tome 1. 12 178 ORGANISATIO?i DES PLAGIOSTOMES. globules blancs granuleux, plus gros que les suivants et sem- blables, par leur structure comme par leur volume, aux cel- lules à granules de la rate, selon la remarque de M. Leydig [Beitr. z^ur mikrosk. Anat Rochoi, p. 69, dernier alinéa); 2" des corpuscules incolores et à noyau, plus semblables, par conséquent, aux corpuscules sanguins qu'aux globules blancs et granuleux; 3° enlin, les corpuscules colorés. Chez les poissons osseux ei chez les Sélaciens, la fibrine du sang y est en quantité variable et trop i'aiblc pour qu'il soit possible de l'évaluer d'une manière certaine. Aussi, M. Jos. Jones, sur les tables où il a mentionné la proportion de fibrine trouvée par lui dans ses analyses du sang des animaux de toutes les classes [Investiy., p. 37), n'a-t-il donné aucun chiffre pour ces deux groupes. III. CIRCULATION. Les matériaux du sang étant renouvelés par son mélange avec la lymphe et avec les produits du travail digestif, il semble convenable, quand on veut connaître son mouvement général dans l'économie, d'étudier d'abord sa marche de la périphérie au centre. Il faut, conformément à ce point de départ, et pour débuter par l'examen de la circulation veineuse, suivre le sang ramené au cœur de toutes les régions du corps par les veines, traversant en premier lieu cet agent d'impulsion, ensuite les branchies, et arrivant ainsi jusqu'aux origines de l'arbre ar- tériel. Le sang étant alors hématose, il circule en parcourant des vaisseaux d'un autre ordre qui le versent dans l'aorte et, par ses ramifications, dans tous les organes, où, après avoir joué le rôle de liquide viviliant et nutritif, il est reçu par les radicules veineuses et dirigé de nouveau vers l'appareil central. La circulation du sang veineux chargé de substan('(!s impro- pres à la vie, et dont il doit se débarrasser par son passage h travers des organes dépurateurs et l'appareil respiratoire, s'accomplit dans des vaisseaux à parois minces, munies d'un très-petit nombre de valvules et dilatées sur plusieurs points de manière à former des sinus analogues à ceux des poissons ordinaires. Le sang noir rapporté des régions situées en ar- rière du cœur y parvient seulement après avoir, presque en totalité, traversé soit les reins, soit le foie. Il y est conduit par CIRCULATION VEINEUSE. 179 des vaisseaux particuliers constituant les systèmes des veines- portes rénale et hépatique. Celui de la veine-porte rénale doit être décrit le premier. M. Jourdain, qui a publié en 1860 d'intéressantes Recherches [Thèse pour le doctorat ès-sciences, in-4''pl. elAnn. se. natuv. ¥ série, t. XII, p. 134-188 et 321-369, pi. 4-8) sur Fanatomie de cette portion de Tappareil vasculaire veineux chez les qua- tre dernières classes d'animaux vertébrés, a soumis à ses in- vestigations, parmi les poissons cartilagineux dont on s'était très-peu occupé jusqu'alors à ce point de vue, trois types [Raie, Squatine, Squale). Il a pu ainsi, non-seulement revoir ce qui avait été dit sur ce sujet par Jacobson d'abord, puis par plu- sieurs anatomistes,et il en a présenté le court historique (p. 60), mais, en outre, rendre plus précise la connaissance de la manière dont s'accomplit le passage d'une partie du sang noir à travers les organes urinaires. C'est à leur face dorsale ou supérieure que se voit la veine afférente qui y pénètre et s'y ramifie à la manière des artères. Elle provient de la bifurcation de la veine caudale à son entrée dans la cavité de l'abdomen, et reçoit, par une branche assez volumineuse, le sang des nageoires ventrales. L'aftlux du sang- est augmenté par l'arrivée de plusieurs branches émanées des parois musculaires du tronc. Néanmoins, le tiers antérieur ou même la première moitié des reins ne serait pas le siège de ce mode particulier de circulation, la veine afférente s'épuisant bien avant d'avoir parcouru toute l'étendue des glandes, si un nouveau tronc , formé par des veines pariéto-musculaires antérieures ne venait, en gagnant leur face dorsale, se porter à la rencontre du tronc de la veine afférente postérieure. Il s'y réunit, non pas immédiatement, mais par l'intermédiaire d'a- nastomoses que forment entre eux les vaisseaux veineux des régions latérales du tronc, lesquels envoient des ramuscules en avant et en arrière, vers l'une et l'autre veine afférente. Le sang arrive donc aux reins 1" par une veine dirigée d'arrière en avant, qui est la plus volumineuse; 2° par une autre dirigée, au contraire, d'avant en arrière; 3" enfin par des veines laté- rales établissant une communication entre les deux précéden- tes. Cette disposition, qui paraît être générale chez les Plagio- stomes, est très-nettement représentée par M. Jourdain [loc. cit., pi. 3, Thèse [pi. 6, t. XII, Ann. se. nat., ¥ série] tig. 2). Le sang noir, après avoir parcouru les ramitications des vei- nes qui le répandent dans le tissu glandulaire, et apporté, avec 180 ORGANISATION DES TLAGIOSTOMES. Tartère rénale, peu développée au reste, les matériaux de la sé- crétion urinaire, en se débarrassant des produits inutiles, nui- sibles même à Téconomie, dont il s'était chargé, entre dans les radicules de la veine efférente. Celles-ci occupent la face infé- rieure des reins ; quand on ouvre la cavité du ventre et qu'on écarte les organes au-dessus desquels ils sont situés, elles se montrent quelquefois en partie, sans injection préalable. Toutes ces veinules emportent donc le sang qui vient de se modifier pendant la circulation rénale et le jettent dans le tronc efférent principal ou véritable veine rénale, mais souvent dite veine cardinale postérieure. Réunie à celle du côté opposé, elle forme, tout-à-fait en arrière, une anse à concavité antérieure, et qui, de chaque côté, longe le bord interne du rein. Ce tronc se continuant en avant de la glande', est désigné alors par le nom ù.(i veine-cave postérieure, dénomination que M. Milne Edwards [Leç. Phijs. comp., t. III, p. 357) propose de remplacer par celle de veine abdominale, car, ainsi qu'il le fait remar- quer, la portion du système vasculaire dont il s'agit représente non pas la veine-cave postérieure, mais bien plutôt la veine azygos. Elle établit, en effet, dans les poissons osseux, une communication qui manque, il est vrai, chez les Plagiostomes et chez les Esturgeons, entre le sang des régions antérieures et le sang ramené des régions postérieures, par le fait même de son anastomose avec la veine jugulaire ou cardinale anté- rieure du même côté avant l'entrée de cette dernière dans le sinus veineux cardiaque ou de Cuvier. Les veines abdominales offrent presque toujours, vers leur terminaison (Monro, Stnict. and phys. fîsli., p. 17, pi. II, 24, 26, 27, 31, 32), une anastomose. Elles s'élargissent beaucoup et forment ainsi un réservoir nommé si)ius de Monro. Il se trouve également chez les Squales. M. Ch. Robin en a donné une description détaillée [Institut, 1845, t. XIII, n" 623, p. 429 el 1846, t. XIV, p. 272, C. rendus Soc. philomath.). Ses parois sont très-minces, et l'on voit à son intérieur des filaments fi- breux établissant des cloisons incomplètes, d'où résulte sa séparation en deux lobes inégaux qui communiquent entre eux et se composent de cellules de fornie et de gi-andeur varia- bles. Aussi, M. Nal. Guillot qui a étudié d'une manière parti- culière, chez les Raies, ce réservoir lacuneux, jinur me servir de ses propres expressions, a-t-il insisté sur sa division en cellules représentant, dit-il, une sorte de lacis que baigne le sang [C. rendus xic. des se, 1845, t. XXI, p. 1179). Déjà, du CIRCULATION VEINEUSE. 181 reste, en 1819, Retzius [Observât, in Anat. Cliondr.], en parlant de la dilatation de ces veines [ven. cavce abdominales) chez la R. bâtis (p. 21), mais surtout chez la R. fullonica (p. 15), et de leur communication mutuelle, les avait comparées, à cause de leur disposition celluleuse, aux poumons des grenouilles « Sacci hi spongiosi et cellulis repleti, ut inflati pulmonibiis ra- narum similes sunt » (p. 15, fig. 6, n"' 9 et 10). On ne saurait méconnaître, comme mon père Ta fait observer dans une note lue devant FAcadémie des sciences, à Foccasion du mémoire de M. Guillot (C. rendus, 1845, t. XXI, p. 1185), l'analogie que présente ce réservoir de la circulation abdomi- nale avec les sinus bien plus nombreux et plus considérables, il est vrai, des Lamproies qu il a mentionnés dans sa Dissertât, sur les Poiss. qui se rapproch. le plus des anim. sans vert.., 1812, in-4°, p. 39, et dans son Recueil de mém. de Zool. et Anat. camp., p. 144. J'ajoute, pour compléter l'histoire du système de la veine- porte rénale, que les corps surrénaux qui se voient, le long du bord interne des reins, sous forme de petits corps jaunâtres, paraissent être eux-mêmes le siège d'une circulation veineuse, semblable à celle de ces glandes. Les vaisseaux qu'ils reçoivent et ceux qui en sortent pour se jeter dans le tronc de la veine efférente, sont indiqués sur la figure 2, pi. 3 de M. Jourdain déjà citée, et la tlg. 1, montrant les reins par la face inférieure, donne une représentation des veines chargées de ramener le sang au retour de la circulation rénale. Chez les Squales, où les reins sont confondus dans leur por- tion postérieure et semblent ainsi former un organe unique divisé en avant, le système efférent offre une disposition qui est en rapport avec cette particularité : toutes les ramitications veineuses, celles de droite, comme celles de gauche, vien- nent verser leur contenu dans une veine médiane, qu'on peut nommer, avec M. Jourdain, veine cardinale commune. Elle reçoit en arrière quelques branches de la portion la plus re- culée des organes génitaux, se continue le long du bord interne de la portion libre du rein du côté droit, et devient ainsi veine cardinale droite. Au niveau du point où la masse glandulaire se sépare en deux organes distincts, une branche partant du tronc médian constitue, le long du bord interne de l'autre rein, une veine cardinale gauche moins volumineuse que la droite. L'une et l'autre, continuées comme veines abdominales jus- qu'au sinus cardiaque ou de Cuvier, présentent, avant de s'y 482 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES. ouvrir, les communications et les lacunes veineuses que j'ai signalées plus haut. Outre le système de veine-porte rénale, il y a encore, pour le retour au cœur du sang qui ne suit pas cette route, c'est-à- dire du sang veineux de l'appareil digestif, le système de la veine-porte hépatique, dont les racines sont les veines de l'es- tomac, de l'intestin, du pancréas et de la rate. La mésentéri- que, comme je l'ai indiqué en parlant des Squales à valvule enroulée dans le sens de la longueur (p. 154), est contenue à l'intérieur môme de l'intestin, le long du bord libre de la valvule. Chez les autres Sélaciens, ses racines forment à la paroi interne du tube digestif, avec les artérioles correspon- dantes, les réseaux abondants déjà signalés (p. 173). Les vais- seaux veineux se réunissent peu à peu, de manière à constituer des branches volumineuses qui viennent s'ouvrir directement dans la veine-porte. Une exception, cependant, a été constatée par J. MiUler {Abhandl. Akad. Wissensch., Berlin, 1835, p. 326, dans un supplém. au mémoire publié en commun par lui et par Es- chricht : Ueber die arter. und venus. Wundenietz^ der Leber des Thunfische). Elle a été offerte par le Sq. renard [Alopias vulpes) et uniquement par cette espèce. Elle consiste en ce que sur l'estomac, il y a un grand réseau {rete mirabile] en forme de houppes constitué par une multitude de vaisseaux disposés en étoiles qui se rencontrent de tous côtés. Le sang qu'ils con- tiennent se concentre à une petite distance du foie dans la veine-porte qui, immédiatement au-dessous du point où elle pénètre dans la glande, reçoit encore le sang d'un petit réseau admirable situé à l'extrémité inférieure de l'œsophage et à l'ori- gine de l'estomac. Un autre réseau aussi volumineux que le premier, occupe les parois de l'intestin valvulaire, et y produit une sorte de renflement. Les vaisseaux qui en sortent consti- tuent la veine mésentérique. Le tronc de la veine-porte, ordinairement simple, mais double dans la Torpille, ou multiple, comme chez le Zijgœna (Meck., Anat. compar,, tr. fr., t. IX, p. 269), se partage, chez les Raies, lorsqu'il arrive à la face inférieure du foie, en trois branches de volume à peu près égal, destinées chacune à l'un des lobes de cette glande, ainsi que Monro l'a bien figuré [Struct. and physioL fishes, pi. III, c, d, c, /"). Chez presque tous les Squales, la disposition est la même, si ce n'est que, par suite de l'ab- sence ou du peu de développement du lobe médian, l'une des CIRCULATION VEINEUSE. 183 branches reste beaucoup plus petite que les deux autres. Pé- nétrant dans le parenchyme à la manière des artères, elle s'y divise et envoie des rameaux h tous les lobules. Le sang veineux, après qu'il a déposé dans le tissu sécréteur les matériau:; de la bile, est reçu par les racines des veines sus-hépatiques chargées, en outre, du sang qui a servi à la nu- trition du foie. Elles forment un tronc hépatique court, mais dilaté en un sinus (Monro, Struct. andphys. fish., p. 17, pi. II, 31) analogue à la veine-cave postérieure des animaux vertébrés supérieurs. Il verse son contenu dans le sinus de Cuvier. Chez le Lamna cormibica (1), on trouve une disposition rap- pelant, jusqu'à un certain point, celle qui caractérise le Thon et sur laquelle J. Millier a appelé l'attention dans le mémoire publié en commun avec Eschricht [Ueber die arter. und ven. Wundcrnetze cm der Leber, etc., in : Abhandl. kôn. akad. Wissenschaft., Berlin [1835], 1837, p. 21). Il est revenu sur ce sujet et avec plus de détails dans le S'' § de Gefàss-syst. in : Vergleich. Anat. Mijxin., p. 99-103, tab. V), Il y a, en effet, chez ce poisson, de singuliers amas de vais- seaux auxquels convient, comme h. d'autres agglomérations analogues, le nom de reseaux admirables, car ils résultent de l'enchevêtrement d'un nombre considérable de divisions arté- rielles et veineuses que l'on distingue à l'œil nu, sans qu'il soit nécessaire de les injecter. Ces réseaux, que J. Mûller dé- signe aussi par les dénominations de gâteaux ou de labyrinthes vasculaires, sont au nombre de deux, placés à la partie supé- rieure de la cavité abdominale, de chaque côté de la ligne médiane et très-rapprochés l'un de l'autre, de sorte que par leur face interne, ils se touchent presque. Ils s'attachent en avant à la cloison diaphragmatique, en arrière aux lobes du foie ainsi qu'aux oviductes, et par leur région supérieure à l'œ- sophage; à leurs faces inférieure et latérale, ils sont libres et recouverts seulement par le péritoine. Ils ont une longueur qui est à peu près le sixième ou le septième de celle du lobe droit du foie, et sont un peu comparables, par leur forme, à des coussins quadrangalaires, aplatis d'avant en arrière. Les vais- seaux qui les composent sont tout-îi-fait entremêlés, mais entre les artères et les veines il n'y a pas de communication. Tout le sang qui, par les artères intestinales, va au tube (1) Dans aucun des nombreux genres de Squales et de Raies étudiés par J. Millier, qui les énumère nominativement (p. 2"^ du Méra. cité), une dis- position semblable à celle que je décris ici n'a été vue. 184 ORC.AMSATION DES n.AGlOSTOMES. digestif et à ses annexes, traverse les rrsoaux avant de se rendre ;\ ces organes et presque tous les vaisseaux efférents du foie, forment la portion veineuse des réseaux avant de verser leur contenu dans la dilatation voisine de roreillctte et dite sinus de Guvier. Les artères; afférentes des réseaux sont au nombre de quatre. 1" Il y en a deux principales : ce sont les artères intestinales dont Torigine est ici bien plus antérieure que chez les autres Plagiostonies, car elles naissent, non de l'aorte, mais des ra- meaux émanés des artères qui, sorties des branchies, vont porter la vie à différents organes avant de former le tronc aor- tique ; elles marchent au-dessus du péricarde et viennent se rendre, l'une au réseau du côté droit, l'autre k celui du côté opposé. 2" En outre, il y a deux artères plus petites et acces- soires (artères thoraciques) : elles amènent aux réseaux le sang des parois latérales du corps. Les artères efférentes, destinées à conduire le sang aux or- ganes de la cavité abdominale, sortent en s'anastomosant, les unes du côté externe du réseau, les autres du côté interne. Elles forment deux troncs qui sont les véritables artères intestinales. 1" Celle du réseau droit, parvenue h la région stomacale, se divise en trois branches : l'une, pour la face inférieure de cet organe; la deuxième, pour le côté droit de l'intestin valvulaii-e ; la troisième arrive à la partie antérieure du foie, contracte là quelques nouvelles anastomoses avec le réseau et se divise en deux branches pour les deux lobes de la glande. 2'' La gauche, après sa sortie du réseau, marche au-dessus du lobe du foie de son côté, puis se bifurque pour gagner la face- supérieure de l'estomac et le côté gauche de l'intestin valvulaire. Les veines des réseaux, complètement indépendantes de celles du système de la veine-porte, particularité qui établit une différence avec ce que J. Mûller et Eschricht ont vu chez le Thon, sont les veines sus-hépatiques. En sortant du foie, elles contribuent à la formation des réseaux, puis elles les quittent pour traverser la cloison diaphragmatique et apporter leur contenu dans le sinus de Cuvier, où se rend directement, par deux veines, une petite portion du sang de la glande qui ne passe point par les réseaux (1). (1) On voit, d'aprùs les détails descriptifs qui précèdent, pourquoi J. Millier, dans les considérations générales qu'il a présentées sur les ré- seaux vasculaires admirables (rcta viirabilUi) des difl'érents animaux, a rangé ceux dont il s'agit et ceux fortanrdogues qu'il a décrits avec Eschriclit, CIRCULATION VEINEUSE. 185 Les vaisseaux qiii apportent au cœur le sang des régions an- térieurt?s, ve dilatent et l'ornient sur certains points, de véritables sinus. Monro a figuré [Stnict. andphys. fish.,\^\. II, p. 33 et 34) cet élargissement des veines jugulaires qu'on peut nommer, avec lui, interne et externe, par corapai'aison avec leur position chez les autres animaux vertébrés. Ces vaisseaux, qui reçoi- vent tout le sang revenant et des organes situés au-devant du cœur, et des nageoires pectorales, débouchent, de chaque côté, dans le sinus des veines abdominales chez les Squales, et s'ou- vrent, au contraire, directement dans le sinus cardiaque chez les Raies. Avant d'arriver dans les veines jugulaires proprement dites, le sang, au retour des régions antérieures, trouve un sinus pair et symétrique, peu distant des narines et contenu en partie dans les cavités orbitaires. M. Robin (C. rendus Ac. se, 1845, t. XXI, p. 1282) a fait connaître ces dilatations veineuses d'une manière succincte. Elles ne sont pas exclusivement propres aux Plagiostomes. Cuvier les avait signalées, presque en pas- sant, chez les poissons osseux, sous le nom de sinus de l'arrière du crâne [Hist. Poiss., t. I, p. 511, pi. VII, fig. 1, mais sans la lettre indicative mentionnée dans le texte). Du cœur et de ses dépendances. — La cavité dans laquelle vient, en déhnitive, se jeter tout le sang veineux, est le sinus cardiaque ou de Cuvier. Par sa situation chez les Plagiostomes, il contracte avec le cœur des rapports plus intimes que chez les Poissons osseux, car au lieu d'être placé hors du péricarde, il est, au contraire, logé à son intérieur. Cette enveloppe sé- reuse est fortifiée par des fibres aponévrotiques formant une clicz le Tlion, dans le groupe des réseaux les plus compliqués {Vergleich. Anat. Myxin. : Gefœsssystem, § VI, Allgemeine Ikmerkung. ueber Wun- dernetze). Ce groupe, et c'est le 4", comprend la disposition des vaisseaux qu'il indique par ces mots : Bcte mirabile Ijipolare yeminum. Le réseau est bipolaire, en effet, puisqu'il se compose de vaisseaux de deux ordres et qu'il est amphicentriquc, pour me servir d'une autre expression du même anatomiste, qui veut dire par là que le réseau est le siège d'une double circulation, celle des artères intestinales et celle des veines sus-hépatiques. De plus, ce réseau est double, puisqu'il y en a un de chaque côté de la colonne vertébrale. Le réseau que forment certains vaisseaux, en se répandant sur les or- ganes, est-il uniquement composé, soit de divisions artérielles comme ce- lui qui est fourni, par l'artère cœliaque, à l'intestin valvulaire du Squale renard, soit de radicules veineuses, ainsi que les veines sus-hépatiques et la veine-porte de ce même Squale nous en offrent des exemples, le ré- seau alors est uni-polaire. 186 ORGA?